Taux de réinfection chez les patients précédemment infectés par le SARS-CoV-2 : Revue systématique et méta-analyse
L’émergence du coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SARS-CoV-2), responsable de la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19), a eu des implications mondiales profondes. Au-delà de son impact sur la santé humaine, la pandémie a affecté la santé mentale, les économies et les structures sociales à l’échelle mondiale. En juin 2021, le SARS-CoV-2 avait causé plus de 174 millions de cas de COVID-19, entraînant plus de 3,7 millions de décès. Un aspect critique de la pandémie est la possibilité de réinfection par le SARS-CoV-2. Comprendre l’incidence de la réinfection et la protection conférée par une infection antérieure est essentiel pour guider les mesures de santé publique et les stratégies de vaccination.
Cette revue systématique et méta-analyse vise à évaluer l’incidence de la réinfection par le SARS-CoV-2 et l’effet protecteur d’une infection antérieure. L’étude analyse les données de 19 études incluant 1 096 patients réinfectés, offrant une vue d’ensemble des taux de réinfection et des facteurs les influençant.
Contexte et importance
La réinfection par le SARS-CoV-2 suscite des inquiétudes depuis le premier cas confirmé en août 2020. Ce cas présentait 24 différences nucléotidiques entre les virus des deux infections, suggérant une réinfection par une souche génétiquement distincte. Les rapports ultérieurs de réinfections soulèvent des questions sur la durabilité de l’immunité naturelle et l’évasion immunitaire par des mutations virales.
Comprendre l’incidence de la réinfection est crucial pour :
- Déterminer la protection conférée par une infection antérieure, guidant les stratégies vaccinales.
- Identifier les facteurs de risque (mutations virales, déclin immunitaire, susceptibilité individuelle).
- Éclairer les mesures de santé publique, notamment pour les populations à risque.
Méthodes
L’étude suit les directives PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses). Une recherche exhaustive a été menée dans PubMed, EMBASE, Cochrane Library, Scopus, Web of Science et ClinicalTrials.gov jusqu’au 1er mai 2021. Les critères d’inclusion incluaient les études rapportant des réinfections conformes aux critères du CDC américain :
- Intervalle ≥ 90 jours après un test positif initial.
- Ou intervalle ≥ 45 jours avec symptômes réapparus ou contact confirmé.
Les études sur le MERS-CoV ou d’autres sérotypes de SARS-CoV, ainsi que les revues, commentaires et séries de cas, ont été exclus. L’extraction des données et l’évaluation de la qualité ont été réalisées indépendamment par deux examinateurs, avec résolution des désaccords par un tiers.
Résultats
Parmi 325 225 patients COVID-19 initialement positifs, 19 études (17 cohortes, 1 écologique, 1 transversale) ont été incluses. Les patients variaient de <1 an à 99 ans.
- Taux de réinfection regroupé : 0,65 % (IC 95 % : 0,39–0,98 %).
- Taux de réinfection symptomatique : 0,37 % (IC 95 % : 0,11–0,78 %).
- Populations à risque élevé (soignants, résidents d’Ehpad) : 1,59 % (IC 95 % : 0,30–3,88 %).
La protection contre la réinfection était estimée à 87,02 % (IC 95 % : 83,22–89,96 %), similaire à l’efficacité vaccinale (62–95 %).
Analyses en sous-groupes
- Sexe : 0,38 % (femmes) vs 1,77 % (hommes).
- Géographie : Amérique du Nord (0,73 %) > Europe (0,54 %) > Asie (0,63 %).
- Intervalle d’infection : ≥90 jours (0,74 %) vs ≥45 jours (0,14 %).
Les analyses cumulatives et de sensibilité ont confirmé la robustesse des résultats.
Discussion
La réinfection par le SARS-CoV-2 reste rare dans la population générale, mais plus fréquente chez les personnes exposées. La protection par infection antérieure (≈87 %) est comparable aux vaccins, soutenant leur priorisation dans les zones à accès vaccinal limité.
Facteurs explicatifs possibles :
- Déclin de l’immunité naturelle.
- Mutations virales (ex. variants préoccupants).
- Surestimation liée aux faux positifs ou infections prolongées.
Les mesures préventives (distanciation, masques, hygiène) restent cruciales, particulièrement pour les groupes à risque. Les limites incluent le manque de confirmation génétique des souches et de données détaillées sur l’immunité ou les comorbidités.
Conclusion
Le taux de réinfection par le SARS-CoV-2 est faible, avec une protection naturelle robuste. Ces résultats éclairent les stratégies de santé publique et vaccinales. Des études futures devront explorer l’impact des variants, du statut immunitaire et des caractéristiques individuelles sur la réinfection.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001892