L’âge et le statut ménopausique sont des facteurs importants influençant le taux sérique de la protéine HE4 : une étude transversale prospective chez des Chinoises en bonne santé
Introduction
Le cancer de l’ovaire est l’un des cancers les plus mortels du système reproducteur féminin. Sa mortalité élevée s’explique principalement par l’absence de symptômes détectables aux stades précoces et le manque de méthodes de dépistage efficaces. Plus de 70 % des patientes sont diagnostiquées à un stade avancé, où les taux de survie à 5 ans sont nettement inférieurs à ceux des stades précoces. Le dépistage précoce est crucial pour améliorer le pronostic, et les biomarqueurs jouent un rôle essentiel dans cet objectif.
L’antigène cancéreux 125 (CA125) est le biomarqueur le plus utilisé pour le cancer de l’ovaire. Cependant, sa sensibilité et sa spécificité sont limitées, notamment pour les cancers ovariens précoces. Environ 20 % des carcinomes épithéliaux de l’ovaire (CEO) n’expriment pas le CA125, et celui-ci peut également être élevé dans des affections gynécologiques bénignes ou d’autres cancers. Ces limites soulignent la nécessité de biomarqueurs plus fiables.
La protéine HE4 (Human Epididymis Secretory Protein 4) s’est imposée comme un biomarqueur prometteur. Elle est fortement exprimée dans les CEO, notamment les carcinomes séreux, endométrioïdes et à cellules claires. Comparée au CA125, la HE4 présente une spécificité et une sensibilité supérieures, en particulier pour les stades précoces. Malgré son utilisation croissante, il n’existe pas de valeurs de référence standardisées pour la HE4, et les facteurs influençant sa concentration chez les individus sains restent mal définis. Cette étude vise à évaluer l’impact de l’âge et du statut ménopausique sur les taux de HE4 et à établir des valeurs de référence pour les Chinoises en bonne santé.
Méthodes
L’étude a été menée conformément à la Déclaration d’Helsinki et approuvée par le comité d’éthique de l’Hôpital du Peuple de l’Université de Pékin. Un consentement éclairé a été obtenu de toutes les participantes.
Au total, 2 493 femmes chinoises en bonne santé âgées de 40 ans ou plus ont été recrutées entre mars 2013 et mars 2017 dans quatre institutions médicales de Pékin. Les participantes ayant subi une ovariectomie bilatérale ou ayant des antécédents de tumeurs malignes ont été exclues. Les données démographiques (âge, statut ménopausique, grossesses, etc.) ont été collectées. Les femmes ménopausées étaient définies comme n’ayant pas eu de menstruations depuis plus d’un an.
Des échantillons sanguins ont été prélevés et traités selon un protocole standardisé. Les taux sériques de HE4 et de CA125 ont été mesurés par test ELISA.
L’analyse statistique a été réalisée avec le logiciel SPSS. Le test de Wilcoxon a été utilisé pour étudier les relations entre l’âge, le statut ménopausique et les taux de HE4 ou CA125. Les valeurs de référence pour la HE4 ont été établies en utilisant les percentiles 5e à 95e.
Résultats
La population étudiée comprenait 2 493 femmes (325 pré-ménopausées et 2 168 ménopausées). L’âge moyen était de 58 ± 9 ans (40–91 ans), réparti en cinq groupes : 40–49, 50–59, 60–69, 70–79 et ≥80 ans.
Les taux médians de HE4 étaient significativement plus élevés chez les femmes ménopausées (36,46 pmol/L) que chez les pré-ménopausées (24,04 pmol/L). Les taux de HE4 augmentaient avec l’âge chez les ménopausées, mais restaient stables chez les pré-ménopausées. Le 95e percentile des taux de HE4 était de 44,63 pmol/L (pré-ménopausées), 78,17 pmol/L (ménopausées) et 73,3 pmol/L (ensemble des femmes). Chez les ménopausées, les plages de référence augmentaient avec l’âge, passant de 13,15–47,31 pmol/L (40–49 ans) à 35,71–212,37 pmol/L (≥80 ans).
Les taux de CA125 étaient principalement influencés par le statut ménopausique. La médiane de CA125 était plus élevée chez les pré-ménopausées (7,78 U/mL) que chez les ménopausées (4,72 U/mL).
Dix-neuf participantes présentaient des taux anormaux de HE4 (≥150 pmol/L), dont 18 étaient ménopausées. Le nombre de cas augmentait avec l’âge dans le groupe ménopausé. Dix-huit participantes avaient des taux anormaux de CA125 (≥35 U/mL), dont 12 étaient pré-ménopausées.
Discussion
Cette étude confirme que l’âge et le statut ménopausique influencent significativement les taux de HE4 chez les Chinoises en bonne santé. Les taux de HE4 augmentent avec l’âge chez les ménopausées, contrairement aux pré-ménopausées. Ces résultats concordent avec des études antérieures.
Les valeurs de référence établies diffèrent de celles des populations occidentales. Par exemple, le 95e percentile pour les ménopausées (78,17 pmol/L) est inférieur aux valeurs rapportées en Occident. Ces écarts pourraient s’expliquer par des facteurs génétiques, environnementaux ou liés au mode de vie.
Les limites du CA125 comme biomarqueur sont également soulignées. Bien que lié au statut ménopausique, le CA125 n’est pas influencé par l’âge, renforçant l’intérêt de la HE4 pour le dépistage précoce.
Conclusion
Cette étude démontre que l’âge et le statut ménopausique doivent être pris en compte pour interpréter les taux de HE4 en pratique clinique. Les valeurs de référence spécifiques à la population chinoise, différentes de celles des Occidentales, sont cruciales pour un diagnostic précis du cancer de l’ovaire.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000785