Expression du récepteur aryl hydrocarbure dans la dermatite atopique

Expression du récepteur aryl hydrocarbure dans le sérum, les cellules mononucléées du sang périphérique et les lésions cutanées des patients atteints de dermatite atopique et sa corrélation avec la sévérité de la maladie

La dermatite atopique (DA) est une maladie cutanée inflammatoire chronique caractérisée par une dermatite récurrente et un prurit sévère. Sa pathogénie implique des réponses immunitaires anormales et une altération de la fonction barrière cutanée. Le récepteur aryl hydrocarbure (AhR), un facteur de transcription activé par des ligands, joue un rôle clé dans divers processus physiologiques, incluant la prolifération cellulaire, l’apoptose, la différenciation, l’adhésion et la migration. L’AhR répond à des composés exogènes et endogènes en induisant ou réprimant des gènes tels que le cytochrome P4501A1 (CYP1A1), impliqué dans la détoxification et la protection tissulaire. Des études récentes suggèrent une induction aberrante de l’AhR dans des dermatoses comme le psoriasis et le vitiligo. Cependant, son rôle dans la DA reste mal compris. Cette étude vise à explorer l’expression de l’AhR et de ses régulateurs en aval dans le sérum, les cellules mononucléées du sang périphérique (PBMC) et les lésions cutanées de patients DA, ainsi que leur corrélation avec la sévérité clinique.

Méthodes

L’étude a été menée au Département de Dermatologie de l’Hôpital populaire de l’Université de Pékin entre le 1er août et le 31 décembre 2018. Vingt-neuf patients adultes DA, diagnostiqués selon les critères de Hanifin et Rajka et les critères chinois de DA, ont été inclus. Les critères d’exclusion incluaient un traitement par glucocorticoïdes systémiques ou immunosuppresseurs dans les six semaines précédentes. Des témoins sains ont également été recrutés. La sévérité de la DA a été évaluée par le score EASI (Eczema Area and Severity Index).

Des échantillons sanguins ont été prélevés dans des conditions aseptiques. Les PBMC ont été isolées par centrifugation sur gradient de densité Ficoll Hypaque. L’ARN total a été extrait à l’aide du kit RNA blood mini, et les taux d’ARNm de l’AhR, CYP1A1, ARNT (AhR nuclear translocator) et AhRR (AhR repressor) ont été quantifiés par PCR quantitative en temps réel (RQ-PCR). Les taux sériques d’AhR ont été mesurés par ELISA. Des biopsies cutanées ont été analysées par immunohistochimie pour évaluer l’expression de l’AhR.

Résultats

L’expression de l’AhR était significativement élevée dans le sérum et les lésions cutanées des patients DA comparés aux témoins. Le taux sérique moyen d’AhR était de 41,26 ± 4,52 pmol/L chez les DA versus 33,73 ± 2,49 pmol/L chez les témoins (t = 6,507 ; p < 0,001). Dans les lésions cutanées, l'expression épidermique de l'AhR était plus élevée chez les DA (0,191 ± 0,041) que chez les témoins (0,087 ± 0,017) (t = 10,036 ; p < 0,001). Une expression était également observée dans les cellules endothéliales et les lymphocytes inflammatoires dermiques des DA.

Dans les PBMC, les niveaux d’ARNm de l’AhR, AhRR et CYP1A1 étaient significativement plus élevés chez les DA :

  • AhR : 1,572 ± 0,392 vs 1,000 ± 0,173 (t = 6,819 ; p < 0,001)
  • AhRR : 2,402 ± 1,716 vs 1,000 ± 0,788 (t = 3,722 ; p < 0,001)
  • CYP1A1 : 2,258 ± 1,598 vs 1,000 ± 0,796 (t = 3,400 ; p = 0,002)

Aucune différence significative n’a été observée pour l’ARNNT (1,383 ± 0,842 vs 1,000 ± 0,586 ; t = 1,653 ; p = 0,105).

Une corrélation positive a été identifiée entre :

  • L’ARNm de l’AhR dans les PBMC et le score EASI (r = 0,448 ; p = 0,019)
  • L’ARNm de l’AhR et les taux sériques d’IL-6 (r = 0,377 ; p = 0,046)
  • L’expression de l’AhRR et les taux d’IL-1β sérique (r = 0,467 ; p = 0,021)

Discussion

Ces résultats suggèrent une activation de la voie de signalisation AhR dans la DA, corrélée à la sévérité clinique. L’AhR, en régulant le métabolisme des xénobiotiques et les réponses immunitaires via des gènes comme CYP1A1 et AhRR, pourrait contribuer à la dysrégulation inflammatoire et à l’altération de la barrière cutanée observées dans la DA. L’expression accrue dans l’épiderme et les cellules endothéliales souligne son implication multifactorielle, potentiellement modulée par des ligands exogènes (polluants) ou endogènes (tryptophane).

Bien que cohérents avec des données sur le psoriasis, ces résultats doivent être interprétés avec prudence en raison de la petite taille de l’échantillon et de l’absence d’analyse des ligands de l’AhR. Des études mécanistiques complémentaires sont nécessaires pour explorer le potentiel thérapeutique de la modulation de l’AhR dans la DA.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000000591

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