Efficacité des inhibiteurs de l’interleukine-17 sur la progression radiographique dans l’arthrite psoriasique : revue systématique et méta-analyse
L’arthrite psoriasique (APs) est une maladie inflammatoire chronique touchant jusqu’à 30 % des patients atteints de psoriasis, caractérisée par des manifestations hétérogènes impliquant les articulations périphériques, les structures axiales, les enthèses et la peau. La progression radiographique, évaluée à l’aide d’outils tels que le van der Heijde modified total Sharp score (vdH-mTSS), reste le critère de référence pour évaluer les lésions articulaires structurales dans l’APs. Bien que les thérapies biologiques, incluant les inhibiteurs du facteur de nécrose tumorale (TNFi) et les inhibiteurs de l’interleukine (IL)-12/23, aient transformé la prise en charge de l’APs, le rôle des inhibiteurs de l’IL-17 dans l’inhibition de la progression radiographique reste débattu en raison de résultats d’essais contradictoires. Cette revue systématique et méta-analyse synthétise les données d’essais contrôlés randomisés (ECR) pour évaluer l’efficacité des inhibiteurs de l’IL-17 sur la progression des lésions structurales dans l’APs.
Méthodologie et sélection des études
L’analyse a suivi les directives PRISMA et a été enregistrée dans PROSPERO (CRD42022301774). Une recherche approfondie dans PubMed, Embase, Cochrane Library et ClinicalTrials.gov a identifié les études publiées jusqu’au 20 janvier 2023. Les critères d’inclusion concernaient les ECR rapportant les résultats radiographiques via le vdH-mTSS chez des adultes atteints d’APs active. Dix articles issus de quatre ECR et leurs phases d’extension ont été retenus, incluant 2 630 patients. Parmi eux, 1 709 ont reçu un traitement continu par inhibiteurs de l’IL-17, tandis que 921 patients initialement randomisés vers le placebo ont été basculés vers ces inhibiteurs après 16 à 24 semaines. L’âge moyen des participants était de 48,9 ans, avec une légère prédominance féminine (52,7 %) et une durée moyenne d’APs de 5,6 à 8,2 ans. Les scores vdH-mTSS initiaux variaient de 12,9 à 28,1, reflétant des lésions structurales modérées à sévères.
L’évaluation de la qualité (outil Cochrane Collaboration’s Risk of Bias) a montré un faible risque de biais, attribuable à une randomisation rigoureuse, un double insu et de faibles taux d’attrition. Les principaux inhibiteurs de l’IL-17 évalués incluaient le sécukinumab, l’ixékizumab et le bimékizumab, administrés aux doses approuvées dans l’APs (ex. : sécukinumab 150 mg ou 300 mg par voie sous-cutanée toutes les 4 semaines).
Efficacité à court terme (24 semaines)
La progression radiographique à 24 semaines a été évaluée via deux critères : (1) le changement moyen du vdH-mTSS par rapport à la base (∆vdH-mTSS) et (2) la proportion de patients sans progression radiographique (∆vdH-mTSS ≤0,5). Les données regroupées de quatre essais (2 486 patients) ont montré un ∆vdH-mTSS moyen significativement plus faible sous inhibiteurs de l’IL-17 comparé au placebo (différence moyenne standardisée [DMS] –1,82 ; IC 95 % –3,05 à –0,60 ; P < 0,01). L’hétérogénéité était élevée (I² = 99 %), probablement due à la variabilité des lésions initiales et des réponses thérapeutiques.
Concernant l’absence de progression, 86,1 % (1 409/1 636) des patients sous inhibiteurs de l’IL-17 répondaient au critère versus 76,2 % (648/850) sous placebo (risque relatif [RR] 1,13 ; IC 95 % 1,08–1,18 ; P < 0,001), sans hétérogénéité significative (I² = 0 %). Les analyses en sous-groupes ont confirmé l’avantage des doses approuvées. Par exemple, le sécukinumab 150 mg réduisait le ∆vdH-mTSS (DMS –2,52 ; IC 95 % –4,89 à –1,06 ; P < 0,05) et augmentait les taux d’absence de progression (RR 1,12 ; IC 95 % 1,06–1,18 ; P < 0,001). Les diagrammes en entonnoir n’ont révélé aucun biais de publication.
Efficacité à long terme (1–3 ans)
Les données à long terme provenaient de patients sous traitement continu, le groupe placebo ayant été basculé vers les inhibiteurs de l’IL-17 après 24 semaines. À un an, le ∆vdH-mTSS moyen était de +0,13 (IC 95 % +0,02 à +0,24 ; I² = 60 %), indiquant une progression minime. Les doses approuvées ont montré une progression encore plus faible (∆vdH-mTSS moyen +0,03 ; IC 95 % –0,12 à +0,17). La proportion de patients sans progression restait élevée (88 % ; IC 95 % 86–90 % ; I² = 22 %).
À deux ans, le ∆vdH-mTSS moyen atteignait +0,48 (IC 95 % +0,26 à +0,69), avec 84 % (IC 95 % 80–87 %) de non-progresseurs. Les doses approuvées étaient à nouveau supérieures (∆vdH-mTSS moyen +0,35 ; IC 95 % +0,03 à +0,67 ; non-progresseurs 86 % ; IC 95 % 80–91 %). À trois ans, les données de 389 patients montraient un ∆vdH-mTSS moyen de +1,45 (IC 95 % +0,90 à +1,99), avec 75 % (IC 95 % 71–79 %) de non-progresseurs. Ces résultats dépassaient les références historiques des traitements synthétiques conventionnels (csDMARDs) et des premières biologiques, où le ∆vdH-mTSS annuel dépassait souvent 1,0.
Résultats clés et implications cliniques
Cette analyse fournit des preuves solides que les inhibiteurs de l’IL-17 inhibent significativement la progression radiographique dans l’APs à court et long terme. Les données à 24 semaines soulignent une suppression rapide des lésions structurales, avec une quasi-absence de progression (∆vdH-mTSS proche de zéro) sous traitement continu. L’efficacité soutenue sur 1–3 ans met en évidence la durabilité de ces inhibiteurs, notamment aux doses approuvées, supérieures aux doses plus faibles dans les sous-analyses.
Sur le plan mécanistique, les inhibiteurs de l’IL-17 ciblent la cytokine IL-17A, responsable de l’activation des ostéoclastes et de l’érosion osseuse dans l’APs. Leur supériorité par rapport au placebo concorde avec leur efficacité dans la spondyloarthrite axiale et le psoriasis, maladies partageant des voies pathogéniques similaires. Notamment, les faibles taux de progression observés contrastent avec ceux des csDMARDs, où le ∆vdH-mTSS annuel dépassait souvent 5,0 chez les patients non traités.
Limites et perspectives
Malgré des données d’ECR de haute qualité synthétisées, certaines limites existent. Premièrement, les analyses à long terme concernaient uniquement les patients sous traitement continu, pouvant surestimer l’efficacité en conditions réelles (adhérence variable). Deuxièmement, l’hétérogénéité des scores vdH-mTSS initiaux et des traitements antérieurs pourrait influencer les résultats. Troisièmement, l’absence de comparaisons directes avec les TNFi ou les inhibiteurs de l’IL-23 nécessite des études complémentaires pour positionner optimalement les inhibiteurs de l’IL-17 dans les algorithmes thérapeutiques.
Conclusion
Les inhibiteurs de l’IL-17 représentent une avancée majeure dans la prise en charge de l’APs, offrant une suppression profonde et durable de la progression radiographique. Leur capacité à limiter les lésions structurales, combinée à leurs bénéfices sur la synovite et l’enthésite, en fait des biologiques de première intention pour les patients à risque élevé de destruction articulaire. Les recherches futures devraient explorer les thérapies combinées, les biomarqueurs de progression et le suivi au-delà de trois ans pour confirmer ces résultats.
doi.org/10.1097/cm9.0000000000002860