Effets sur les mesures physiologiques de l’appétite du ballon intragastrique et de la gastroplastie endoscopique : résultats d’une étude prospective
L’obésité est une crise sanitaire mondiale croissante, nécessitant des stratégies efficaces et innovantes pour la gestion du poids. Les thérapies bariatriques endoscopiques (TBE) ont émergé comme des interventions prometteuses pour répondre à ce problème. Parmi celles-ci, le ballon intragastrique (BIG) et la gastroplastie endoscopique (GEE) sont deux techniques largement utilisées. Cette étude explore les mécanismes physiologiques sous-jacents aux effets de perte de poids de ces thérapies, en se concentrant sur leur impact sur les fonctions motrices gastriques telles que la vidange gastrique et l’accommodation.
Contexte et objectifs
La prévalence de l’obésité et des comorbidités associées continue d’augmenter, soulignant le besoin urgent d’options de traitement efficaces. Les TBE, y compris le BIG et la GEE, offrent des alternatives minimalement invasives aux interventions chirurgicales traditionnelles. Ces thérapies sont censées induire une perte de poids en influençant l’appétit par des modifications de la vidange gastrique et de l’accommodation. Cependant, les changements physiologiques spécifiques induits par ces traitements et leur corrélation avec les résultats de perte de poids restent sous-étudiés.
Cette étude prospective vise à évaluer les effets du BIG et de la GEE sur les fonctions motrices gastriques et leur relation avec la perte de poids. En comprenant ces mécanismes, les cliniciens peuvent mieux adapter les traitements aux patients individuels, améliorant ainsi l’efficacité et la tolérance.
Méthodes
L’étude a inclus des patients consécutifs ayant subi soit la pose d’un BIG (n = 18) soit une GEE (n = 23) dans un seul centre. Les poses de BIG ont été réalisées entre octobre 2016 et juin 2017, tandis que les procédures de GEE ont été effectuées de mars 2018 à juin 2018. Les patients ont subi des évaluations physiologiques à trois mois après la procédure, y compris un test respiratoire de vidange gastrique basé sur la spiruline au 13C pour déterminer le temps de demi-vidange (T50) et un test de boisson nutritive standard pour mesurer le volume maximal toléré (VMT).
Les changements dans le T50 et le VMT à trois mois ont été comparés au pourcentage de perte de poids corporel total (%PPCT) à trois et six mois à l’aide d’une analyse de régression linéaire. L’étude visait à identifier les corrélations entre les changements dans les fonctions motrices gastriques et les résultats de perte de poids, ainsi qu’à déterminer si ces changements pouvaient prédire une future perte de poids.
Résultats
Les caractéristiques de base ont révélé que le groupe GEE avait un poids moyen et un indice de masse corporelle (IMC) plus élevés que le groupe BIG. À trois mois, les deux groupes ont atteint un %PPCT similaire (13,35% pour le BIG et 13,30% pour la GEE). La vidange gastrique a été retardée dans les deux groupes, avec un retard plus important observé dans le groupe BIG (54,60 minutes) par rapport à la GEE (27,83 minutes). La GEE a été associée à une diminution plus significative du VMT (340,25 mL) que le BIG (183,00 mL), indiquant un impact plus important sur la satiété grâce à une réduction de l’accommodation gastrique.
Les changements dans le T50 à trois mois étaient corrélés avec le %PPCT à trois mois pour le BIG (P = 0,01) et la GEE (P = 0,01), avec une corrélation plus forte observée dans le groupe BIG (R² = 0,42 vs. 0,26). Pour le BIG, les changements dans le T50 à trois mois étaient prédictifs de la perte de poids à six mois (P = 0,01), mais ce n’était pas le cas pour la GEE (P = 0,11). Les changements dans le VMT à trois mois n’étaient pas corrélés avec le %PPCT pour aucun des groupes mais montraient une tendance vers la signification pour prédire la perte de poids à six mois pour la GEE (P = 0,06).
Discussion
Les résultats de cette étude suggèrent que le BIG et la GEE sont des interventions efficaces pour la perte de poids, mais elles opèrent probablement par des mécanismes physiologiques distincts. Le BIG semble induire une perte de poids principalement par un retard de la vidange gastrique, tandis que la GEE exerce ses effets à la fois par un retard de la vidange gastrique et une réduction de l’accommodation gastrique. Ces différences peuvent expliquer les profils de tolérance et de symptômes variés associés à chaque traitement.
La corrélation entre le retard de la vidange gastrique et la perte de poids dans le groupe BIG est en accord avec les études précédentes, qui ont montré que des retards plus importants dans la vidange gastrique sont associés à une perte de poids plus significative. Cette étude étend ces résultats en démontrant que les changements dans la vidange gastrique à trois mois peuvent prédire la perte de poids à six mois pour les patients sous BIG. Cette capacité prédictive pourrait être précieuse pour identifier les patients susceptibles de bénéficier du BIG et pour optimiser les stratégies de traitement.
Pour la GEE, la réduction observée du VMT suggère que cette procédure améliore la satiété en diminuant l’accommodation gastrique. Ce mécanisme peut contribuer à la perte de poids initiale observée chez les patients sous GEE. Cependant, l’absence de corrélation significative entre les changements dans le VMT et la perte de poids à long terme indique que d’autres facteurs, tels que des changements hormonaux ou des altérations de la signalisation intestin-cerveau, peuvent jouer un rôle dans le maintien de la perte de poids au-delà de trois mois.
Limites
L’étude présente plusieurs limites, notamment une taille d’échantillon relativement petite et des différences dans les caractéristiques de base entre les groupes BIG et GEE. Le groupe BIG était exclusivement composé de patientes, tandis que le groupe GEE était principalement féminin. Compte tenu des différences connues entre les sexes dans les fonctions motrices gastriques, ces résultats pourraient ne pas être généralisables aux patients masculins. De plus, le groupe GEE avait un IMC de base plus élevé, ce qui pourrait influencer les changements physiologiques observés et les résultats de perte de poids.
Des études futures avec des populations de patients plus grandes et plus diversifiées et des périodes de suivi plus longues sont nécessaires pour élucider davantage les mécanismes d’action du BIG et de la GEE. La répétition des évaluations physiologiques à six mois ou un an après la procédure pourrait fournir des informations sur la durabilité de ces changements et leur impact sur la perte de poids à long terme.
Conclusion
Le BIG et la GEE sont des thérapies bariatriques endoscopiques efficaces qui induisent une perte de poids par des mécanismes physiologiques distincts. Le BIG retarde principalement la vidange gastrique, tandis que la GEE affecte à la fois la vidange gastrique et l’accommodation. La compréhension de ces mécanismes peut aider les cliniciens à personnaliser les approches de traitement, optimisant ainsi l’efficacité et la tolérance pour les patients individuels. La capacité à prédire la perte de poids sur la base des changements précoces dans les fonctions motrices gastriques, en particulier pour le BIG, offre une voie prometteuse pour améliorer les résultats des patients dans la gestion de l’obésité.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002097