Comparaison de l’oxycodone et du sufentanil dans l’analgésie postopératoire

Comparaison de l’oxycodone et du sufentanil dans l’analgésie intraveineuse contrôlée par le patient pour les patients postopératoires : une méta-analyse d’essais contrôlés randomisés

La gestion de la douleur postopératoire reste un défi majeur pour les anesthésistes, les chirurgiens et les patients, malgré les avancées considérables dans ce domaine. La douleur postopératoire aiguë peut entraîner des complications telles que l’atélectasie, l’activation sympathique, des séjours hospitaliers prolongés et une réduction de la satisfaction des patients. L’analgésie intraveineuse contrôlée par le patient (AICP) est une méthode largement recommandée pour la gestion de la douleur postopératoire. Parmi les opioïdes utilisés dans l’AICP, l’oxycodone a montré des avantages uniques ces dernières années, en particulier dans la gestion de la douleur viscérale. Cependant, son efficacité par rapport à d’autres opioïdes comme le sufentanil reste controversée. Cette méta-analyse vise à comparer l’efficacité de l’oxycodone et du sufentanil dans l’AICP pour les patients postopératoires, en se concentrant sur les effets analgésiques, les niveaux de sédation, la satisfaction des patients et les effets secondaires.

L’étude a réalisé une recherche documentaire exhaustive dans plusieurs bases de données, notamment PubMed, Embase, le registre Cochrane des essais contrôlés, Web of Science, la base de données nationale chinoise de connaissances, Wanfang et VIP, jusqu’en décembre 2020. La recherche visait à identifier des essais contrôlés randomisés (ECR) comparant l’oxycodone et le sufentanil dans l’AICP pour la gestion de la douleur postopératoire. Le critère de jugement principal était l’effet analgésique, évalué à l’aide de l’échelle numérique d’évaluation (NRS) et de l’échelle visuelle analogique (EVA). Les critères de jugement secondaires comprenaient la consommation d’AICP, l’échelle de sédation de Ramsay, la satisfaction des patients et les effets secondaires tels que les nausées et vomissements postopératoires (NVPO), les vertiges, le prurit et la dépression respiratoire.

Quinze ECR impliquant 1188 patients ont été inclus dans la méta-analyse. Les études, publiées entre 2015 et 2020, ont été menées en Chine et incluaient des patients subissant diverses interventions chirurgicales, telles que des procédures abdominales, thoraciques et orthopédiques. Les patients étaient classés de grade ASA I à III, et les tailles d’échantillon variaient de 50 à 154 participants. Les groupes expérimentaux recevaient de l’oxycodone dans l’AICP, tandis que les groupes témoins utilisaient du sufentanil.

La méta-analyse a révélé plusieurs résultats clés. Premièrement, l’oxycodone a démontré des effets analgésiques supérieurs à ceux du sufentanil, comme l’indiquent les scores NRS plus bas (différence moyenne [DM] = -0,71, intervalle de confiance [IC] à 95 % : -1,01 à -0,41 ; P < 0,001 ; I² = 93 %). Cette supériorité était évidente à la fois au repos (DM = -0,58, IC à 95 % : -0,93 à -0,22 ; P = 0,001 ; I² = 88 %) et lors de la mobilisation (DM = -0,84, IC à 95 % : -1,45 à -0,22 ; P = 0,008 ; I² = 93 %). De plus, l'oxycodone a fourni un meilleur soulagement de la douleur viscérale (DM = -1,22, IC à 95 % : -1,58 à -0,85 ; P < 0,001 ; I² = 90 %), ce qui est particulièrement pertinent pour les patients subissant des interventions chirurgicales abdominales.

En termes de sédation, l’oxycodone a favorisé un niveau de sédation plus profond que le sufentanil, comme l’a confirmé le score de Ramsay (DM = 0,77, IC à 95 % : 0,35–1,19 ; P < 0,001 ; I² = 97 %). Cette sédation plus profonde peut être bénéfique pour réduire l'irritation due à l'intubation et améliorer les résultats pour les patients. De plus, l'oxycodone était associée à moins d'effets secondaires (rapport de cotes [RC] = 0,46, IC à 95 % : 0,35–0,60 ; P < 0,001 ; I² = 11 %). Plus précisément, l'oxycodone a réduit l'incidence du prurit (RC = 0,36, IC à 95 % : 0,14–0,88 ; P = 0,03 ; I² = 0 %), des vertiges (RC = 0,67, IC à 95 % : 0,44–1,01 ; P = 0,05 ; I² = 0 %) et des NVPO (RC = 0,43, IC à 95 % : 0,28–0,65 ; P < 0,00001 ; I² = 44 %). Cependant, il n'y avait pas de différence significative dans l'incidence de la dépression respiratoire (RC = 0,19, IC à 95 % : 0,02–1,69 ; P = 0,14 ; I² = 0 %).

Malgré ces avantages, l’oxycodone n’a pas montré de différence significative en termes de satisfaction des patients (RC = 1,13, IC à 95 % : 0,88–1,44 ; P = 0,33 ; I² = 72 %) ou de consommation d’AICP (DM = -5,55, IC à 95 % : -14,18 à 3,08 ; P = 0,21 ; I² = 93 %). Cela suggère que bien que l’oxycodone puisse fournir un meilleur soulagement de la douleur et moins d’effets secondaires, elle ne conduit pas nécessairement à une satisfaction accrue des patients ou à une réduction de la consommation d’opioïdes.

Le mécanisme d’action de l’oxycodone implique la stimulation des récepteurs opioïdes mu (μ) et kappa (κ), qui sont significativement impliqués dans la douleur viscérale. Cette activité double sur les récepteurs contribue probablement aux effets analgésiques supérieurs de l’oxycodone, en particulier dans la gestion de la douleur viscérale, qui est une composante courante de la douleur postopératoire. En revanche, le sufentanil agit principalement sur les récepteurs μ-opioïdes, ce qui peut limiter son efficacité dans la gestion de la douleur viscérale. De plus, l’oxycodone a montré un effet analgésique accru sur la douleur neuropathique, ce qui soutient davantage son utilisation dans la gestion de la douleur postopératoire.

Les résultats de cette méta-analyse concordent avec des études antérieures suggérant que l’oxycodone fournit une meilleure analgésie et moins d’effets secondaires par rapport à d’autres opioïdes. Par exemple, l’oxycodone a montré qu’elle améliorait le contrôle de la douleur et la qualité de vie chez les patients souffrant de douleur neuropathique, et elle présente un profil pharmacocinétique et pharmacodynamique plus favorable dans le système nerveux central. Ces propriétés font de l’oxycodone une alternative prometteuse pour l’AICP, en particulier chez les patients subissant des interventions chirurgicales abdominales où la douleur viscérale est une préoccupation majeure.

Cependant, l’étude présente certaines limites. Toutes les études incluses ont été menées en Chine, ce qui peut limiter la généralisation des résultats à d’autres populations. De plus, la méta-analyse n’a pas exploré la posologie optimale, la vitesse de perfusion ou la durée de l’oxycodone et du sufentanil dans l’AICP en raison d’un manque de données connexes. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour aborder ces limites et déterminer les protocoles les plus efficaces pour l’utilisation de l’oxycodone dans la gestion de la douleur postopératoire.

En conclusion, cette méta-analyse démontre que l’oxycodone est plus efficace que le sufentanil pour fournir une analgésie postopératoire, en particulier pour la douleur viscérale, et est associée à moins d’effets secondaires. L’oxycodone favorise également un niveau de sédation plus profond, ce qui peut être bénéfique pour les résultats des patients. Cependant, elle n’améliore pas significativement la satisfaction des patients ou ne réduit pas la consommation d’opioïdes. Compte tenu de ces résultats, l’oxycodone peut être recommandée comme une alternative prometteuse pour l’AICP, en particulier chez les patients subissant des interventions chirurgicales abdominales. Des études supplémentaires sont nécessaires pour explorer l’utilisation optimale de l’oxycodone dans la gestion de la douleur postopératoire et confirmer ses avantages dans diverses populations de patients.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002259

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