Caractéristiques cliniques et facteurs de risque de la pneumonie virale compliquée d’aspergillose pulmonaire invasive chez les patients adultes
La pneumonie virale a récemment été identifiée comme un facteur de risque majeur du développement d’une aspergillose pulmonaire invasive (API). Cette association a été soulignée dans plusieurs études, notamment chez les patients gravement malades admis en unités de soins intensifs (USI). L’incidence de l’API chez les patients atteints de pneumonie virale, particulièrement ceux infectés par des virus influenza, est alarmante, avec des taux de mortalité reflétant la gravité de cette complication. Cet article offre une vue d’ensemble complète des caractéristiques cliniques, des facteurs de risque et des pronostics associés à la pneumonie virale compliquée d’API, basée sur une étude rétrospective menée dans six hôpitaux chinois.
Introduction
L’aspergillose pulmonaire invasive (API) est une infection fongique grave touchant principalement les individus immunodéprimés. Cependant, des preuves récentes suggèrent que la pneumonie virale, notamment celle causée par les virus influenza, peut prédisposer les patients à l’API, même en l’absence de facteurs de risque traditionnels. L’incidence de l’API chez les patients grippaux a été rapportée jusqu’à 19 %, avec des taux encore plus élevés chez les immunodéprimés. La mortalité dans cette population est significativement accrue, soulignant la nécessité d’une identification précoce des facteurs de risque.
Conception et méthodologie de l’étude
Cette étude a analysé rétrospectivement les données de patients hospitalisés pour pneumonie virale dans six hôpitaux chinois entre août 2016 et décembre 2019. Les critères d’inclusion exigeaient la présence d’infiltrats nouveaux ou progressifs à la radiographie thoracique, associés à au moins deux symptômes de pneumonie (fièvre, toux, expectorations, rhinorrhée, pharyngite ou dyspnée). Les patients devaient également présenter un test PCR positif pour un virus respiratoire à partir d’écouvillons nasopharyngés, de crachats ou de liquide de lavage bronchoalvéolaire (LBA), ainsi qu’un test de galactomannane (GM) ou une culture fongique. Les patients de moins de 18 ans, ceux sans symptômes infectieux ou sans résultats de GM/culture fongique ont été exclus.
Critères diagnostiques
Le diagnostic d’API reposait sur les définitions révisées par l’European Organization for Research and Treatment of Cancer et le National Institute of Allergy and Infectious Diseases Mycoses Study Group. Les critères cliniques incluaient des anomalies radiologiques spécifiques (condensation avec halo sign, air crescent sign, cavitation, ou opacités segmentaires/lobaires). Les preuves microbiologiques exigeaient une culture positive d’Aspergillus ou un test GM positif dans le sérum ou le LBA.
Caractéristiques cliniques et pronostics
Parmi 617 patients adultes avec pneumonie virale, 91 ont développé une API. Comparés au groupe non-API, ces patients présentaient une dyspnée plus fréquente (79,1 % vs 65,8 %), une hyperleucocytose (10,7 vs 7,5 × 10⁹/L) et une neutrophilie élevée (8,0 vs 5,5 × 10⁹/L). Les comorbidités telles que le diabète (35,1 % vs 21,9 %), la BPCO (16,5 % vs 8,6 %) et les antécédents de transplantation d’organe (18,7 % vs 6,3 %) étaient plus fréquents.
Les anomalies radiologiques étaient plus sévères dans le groupe API : halo sign (4,4 % vs 0 %), air crescent sign (4,4 % vs 0,4 %), cavités (15,4 % vs 4,4 %) et consolidations péribronchiques (19,8 % vs 1,9 %). Le traitement était plus agressif dans le groupe API, avec une utilisation accrue de glucocorticoides avant (49,5 % vs 30,0 %) et après admission (49,5 % vs 28,5 %), ainsi qu’un recours plus fréquent à la ventilation invasive (51,6 % vs 26,6 %).
Les complications (insuffisance respiratoire : 69,2 % vs 44,5 %; choc septique : 40,7 % vs 17,3 %) et la mortalité hospitalière (34,1 % vs 18,4 %) étaient plus élevées dans le groupe API.
Facteurs de risque d’API
Les facteurs de risque indépendants identifiés incluaient l’utilisation post-admission de glucocorticoides (OR = 1,981; IC 95 % : 1,194–3,286), la ventilation invasive (OR = 3,115; IC 95 % : 1,905–5,094), la transplantation d’organe (OR = 3,142; IC 95 % : 1,506–6,554), le diabète (OR = 1,755; IC 95 % : 1,048–2,938), la BPCO (OR = 2,084; IC 95 % : 1,055–4,117) et l’infection par le virus influenza (OR = 1,981; IC 95 % : 1,194–3,286).
Discussion
Les résultats corroborent les données antérieures liant pneumonie virale et API. Les glucocorticoides altèrent la fonction des macrophages alvéolaires, favorisant l’invasion aspergillaire. La ventilation mécanique invasive facilite la pénétration des spores dans les voies respiratoires inférieures. Le diabète et la BPCO, via leurs effets immunosuppresseurs, augmentent également le risque.
La pathogenèse de l’influenza explique en partie cette association : l’atteinte épithéliale et l’immunoparalysie secondaire à l’ARDS créent un milieu propice à l’infection fongique.
Conclusion
Cette étude souligne la gravité de l’API compliquant les pneumonies virales, notamment grippales. L’identification des facteurs de risque (glucocorticoides, ventilation invasive, transplantation, diabète, BPCO, infection influenza) est essentielle pour un diagnostic précoce et une réduction de la mortalité. Une vigilance accrue s’impose chez les patients présentant ces profils.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002354