Caractéristiques cliniques des patients atteints de maladie du motoneurone et de tumeurs concomitantes
Résumé
La maladie du motoneurone (MMN) est un trouble neurodégénératif progressif et fatal affectant les motoneurones supérieurs, inférieurs et la voie pyramidale. Bien que le syndrome paranéoplasique (SPN), une forme rare de MMN associée à des cancers, ait été décrit, la prévalence des tumeurs chez les patients chinois atteints de MMN et leurs caractéristiques cliniques restent mal définies. Cette étude rétrospective, menée à l’Hôpital universitaire de Pékin III (2010–2016) sur 1751 patients diagnostiqués selon les critères révisés d’El Escorial, a identifié 28 cas (1,6%) avec tumeurs concomitantes. Les cancers les plus fréquents étaient le poumon (n=8), le lymphome (n=3), le sein (n=3) et la thyroïde (n=2). L’âge moyen d’apparition de la MMN était significativement plus élevé chez les patients avec tumeurs (61,9 ans) que sans (51,5 ans). Une analyse de survie a révélé une survie plus longue chez les patients avec tumeurs (médiane : 37 mois vs 25,5 mois ; P=0,006), potentiellement liée à des sous-types pronostiques favorables ou à une réponse aux traitements antitumoraux. Seul un cas répondait aux critères diagnostiques de SPN selon Graus. Ces résultats soulignent l’hétérogénéité clinique et la nécessité de biomarqueurs améliorés pour le dépistage précoce.
Méthodes
Les données de 1751 patients consécutifs atteints de MMN ont été analysées. Le suivi, réalisé trimestriellement par téléphone ou en consultation, incluait l’évaluation de la survie (décès ou ventilation invasive). Les tumeurs ont été confirmées histologiquement. Les analyses statistiques ont utilisé le test t de Student, le modèle de Cox et la méthode de Kaplan-Meier, avec appariement par score de propension (PSM) pour contrôler les biais d’âge et de sexe.
Résultats
Parmi les 28 patients avec tumeurs, 64,3% (n=18) ont développé un cancer après le diagnostic de MMN (intervalle médian : 20 mois). Des symptômes non moteurs (sensoriels, cognitifs ou dysautonomiques) étaient présents chez 35,7%. Le taux de positivité des marqueurs tumoraux (16,7%) et des anticorps onconeuronaux (5,3%) était faible. Après PSM, la survie médiane était de 37 mois (groupe avec tumeurs) contre 25,5 mois (groupe témoin ; P=0,006). Le modèle de Cox a confirmé un risque réduit de décès (HR : 0,216 ; IC95% : 0,065–0,715 ; P=0,012) associé à la présence de tumeurs.
Discussion
La faible prévalence tumorale observée (1,6% vs 8,7–10,1% dans d’autres études) suggère un sous-diagnostic potentiel, lié à l’absence de dépistage systématique. La survie prolongée chez les patients avec tumeurs pourrait s’expliquer par : 1) la présence de variants à progression lente (ex. syndrome du bras ballant) ; 2) une stabilisation post-traitement antitumoral (chirurgie, immunothérapie). Les mécanismes potentiels incluent l’auto-immunité, le stress oxydatif ou des modifications épigénétiques. Seul un cas répondait aux critères de SPN définitif, avec anticorps anti-amphiphysine détectés (sang) et aggravation post-chirurgicale.
Conclusion
Cette étude met en évidence des profils cliniques distincts chez les patients MMN avec tumeurs, incluant un âge de début plus tardif et une survie prolongée. Bien que rares, ces cas nécessitent une vigilance accrue pour les symptômes non moteurs et un dépistage tumoral renforcé. Des recherches futures devront explorer les interactions moléculaires entre tumorigenèse et neurodégénérescence.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001207