Association entre les niveaux d’hormones thyroïdiennes et la fragilité chez les personnes âgées de 80 ans et plus

Association entre les niveaux d’hormones thyroïdiennes et la fragilité chez les personnes âgées autonomes de 80 ans et plus : une étude transversale

La fragilité, syndrome multidimensionnel marqué par une diminution des réserves physiologiques et une vulnérabilité accrue aux stress, est de plus en plus prévalente chez les individus de 85 ans et plus, souvent qualifiés de « grands aînés ». Cette population, en croissance rapide, fait face à des défis uniques liés aux comorbidités liées à l’âge et au déclin fonctionnel. Des études récentes suggèrent qu’une dysrégulation endocrinienne, notamment thyroïdienne, pourrait accélérer la fragilité. Les hormones thyroïdiennes (HT), essentielles à la régulation métabolique, au maintien musculaire et à l’homéostasie, ont une relation encore mal élucidée avec la fragilité chez les grands aînés. Cette étude explore l’association entre les niveaux d’HT, l’hypothyroïdie infraclinique et la fragilité évaluée via l’échelle FRAIL dans une cohorte communautaire de personnes âgées de 80 ans ou plus.

L’étude a inclus 487 participants recrutés dans le district de Haidian (Pékin) entre avril 2019 et mai 2020. Les critères d’inclusion exigeaient une autonomie fonctionnelle, l’absence de déficience cognitive, aucun antécédent de pathologie ou traitement thyroïdien, et des dossiers médicaux complets. Les critères d’exclusion écartaient les hypothyroïdies ou hyperthyroïdies avérées. La fragilité a été évaluée à l’aide de l’échelle FRAIL, cotant cinq domaines : fatigue, résistance (monter des escaliers), mobilité (marcher 100 mètres), charge morbide (≥5 pathologies chroniques) et perte de poids involontaire (≥5 % en un an). Un score ≥3/5 définissait la fragilité.

Les paramètres thyroïdiens sériques (triiodothyronine libre [fT3], triiodothyronine [T3], thyroxine libre [fT4], thyroxine [T4], thyréostimuline [TSH]) ont été mesurés par immunoessais chimioluminescents. L’hypothyroïdie infraclinique était définie par une TSH >4,94 mUI/L avec une fT4 normale (9,01–19,05 pmol/L). Les données démographiques, les comorbidités, les habitudes de vie et le statut nutritionnel (via le Mini-Nutritional Assessment) ont été recueillis. Des modèles de régression logistique, ajustés pour l’âge, le sexe, l’éducation, le statut marital, le tabagisme, l’alcool et les pathologies chroniques, ont été utilisés.

Parmi les 487 participants (âge moyen 86,0 ± 2,9 ans), 12,3 % (n=60) présentaient une hypothyroïdie infraclinique et 22,6 % (n=110) étaient fragiles. Après ajustement complet, l’hypothyroïdie infraclinique était associée à un risque accru de fragilité (RC ajusté [RCA] : 2,18 ; IC à 95 % : 1,09–4,37). Une élévation de la TSH, même dans les normes, corrélait avec un risque accru (RCA : 1,06 par unité ; IC 95 % : 1,00–1,11). À l’inverse, des concentrations élevées de fT3 étaient protectrices (RCA : 0,54 ; IC 95 % : 0,35–0,83). Le ratio fT3/fT4, reflétant la conversion périphérique de T4 en T3 active, était inversement lié à la fragilité (RCA : 0,76 ; IC 95 % : 0,57–0,97). Aucune association significative n’a été observée pour la fT4 ou la T4.

L’analyse des sous-domaines de fragilité a montré qu’un faible fT3 augmentait les risques de fatigue (RCA : 0,51 ; IC 95 % : 0,32–0,79), de déficit de résistance (RCA : 0,73 ; IC 95 % : 0,59–0,90) et de perte de poids (RCA : 0,45 ; IC 95 % : 0,23–0,89). La T3 était protectrice contre les difficultés de mobilité (RCA : 0,38 ; IC 95 % : 0,17–0,82), la charge morbide élevée (RCA : 0,32 ; IC 95 % : 0,11–0,95) et la perte de poids (RCA : 0,09 ; IC 95 % : 0,02–0,42). Une TSH élevée était marginalement associée à la fatigue (RCA : 1,05 ; IC 95 % : 1,01–1,09).

Ces résultats soulignent le rôle central de la fonction thyroïdienne dans la pathogenèse de la fragilité chez les grands aînés. L’hypothyroïdie infraclinique, caractérisée par une TSH élevée et une fT4 normale, pourrait refléter un déséquilibre endocrinien subtil contribuant au déclin métabolique et musculosquelettique. L’association entre un faible fT3 et la fragilité corrobore son rôle dans la sarcopénie, marqueur clé de la fragilité. La T3 régule la synthèse de myosine et la contractilité musculaire ; son déficit pourrait aggraver l’atrophie musculaire liée à l’âge. Le ratio fT3/fT4 suggère une altération de la déiodination périphérique (conversion de T4 en T3), potentiellement influencée par l’inflammation chronique ou les comorbidités, mimant un « syndrome de maladie non thyroïdienne » avec baisse de T3 malgré une TSH normale.

La nature transversale de l’étude limite les inférences causales, et des données longitudinales sont nécessaires. L’échantillon homogène (retraités chinois) restreint la généralisation. Néanmoins, ces résultats plaident pour un suivi thyroïdien en gériatrie. Bien que le traitement de l’hypothyroïdie infraclinique soit débattu, le dépistage de la fragilité chez les sujets avec TSH limite ou fT3 bas permettrait des interventions précoces (nutrition, activité physique, gestion des comorbidités).

En conclusion, les dysfonctions thyroïdiennes (hypothyroïdie infraclinique, TSH élevée, fT3 bas) sont significativement associées à la fragilité des grands aînés. Le ratio fT3/fT4 émerge comme biomarqueur reflétant le métabolisme périphérique des HT lors du vieillissement. Ces insights justifient l’intégration du bilan thyroïdien dans l’évaluation gériatrique, orientant des stratégies personnalisées pour limiter le déclin fonctionnel chez cette population vulnérable.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002208

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