Analyse quantitative du défocus rétinien périphérique dans la myopie chez les jeunes

Analyse quantitative du défocus rétinien périphérique évalué par topographie de réfraction multispectrale dans la myopie chez les jeunes

La myopie, caractérisée par un allongement excessif de la longueur axiale (LA) et une erreur réfractive, constitue un problème de santé publique mondial, particulièrement en Asie de l’Est et du Sud-Est, où 80 à 90 % des jeunes sont touchés. La myopie forte (équivalent sphérique, ES ≤ −6,00 D) augmente les risques de complications menaçant la vision, telles que le décollement de la rétine et la néovascularisation choroïdienne. Les méthodes traditionnelles d’évaluation du défocus rétinien périphérique, incluant la réfraction excentrique subjective et les mesures de front d’onde, présentent des limitations cliniques liées à la coopération des patients, au temps requis et à la couverture rétinienne restreinte. La topographie de réfraction multispectrale (TRM), une technologie innovante, surmonte ces obstacles en capturant des images du fond d’œil multispectrales et en calculant les valeurs de réfraction pour chaque pixel rétinien sur un champ de 45° autour du pôle postérieur. Cette étude a utilisé la TRM pour analyser les profils de défocus périphérique selon la sévérité de la myopie chez les jeunes, en explorant les liens entre le défocus rétinien, l’allongement de la LA et la progression myopique.

Cette étude transversale a inclus 256 étudiants (512 yeux) âgés de 6 à 18 ans, consultant dans une clinique ophtalmologique en Chine. Les participants ont subi une autoréfraction sous cycloplégie (AR-360A, NIDEK) et une mesure de la LA (IOL Master 2000, Zeiss). La TRM (version 1.0.5T05C ; Thondar, Inc.) a quantifié le défocus rétinien en comparant les différences de réfraction (DDR) entre la fovéa et les régions périphériques à 15°, 30° et 45° d’excentricité, subdivisées en quadrants nasal, temporal, supérieur et inférieur. Les yeux ont été classés en quatre groupes : emmétropie (EM, −0,50 D < ES < +0,50 D), myopie faible (MF, −3,00 D < ES ≤ −0,50 D), myopie modérée (MM, −6,00 D < ES ≤ −3,00 D) et myopie forte (MFo, ES ≤ −6,00 D).

Les résultats ont montré des variations systématiques du défocus périphérique selon la sévérité de la myopie. À 15° d’excentricité, les yeux MFo présentaient un défocus hypermétropique significativement plus faible (−0,010 ± 0,176 D) que les EM (−0,073 ± 0,065 D, P < 0,05) et MM (−0,061 ± 0,076 D, P < 0,05). À 30°, les MFo affichaient un défocus hypermétropique (0,038 ± 0,242 D), contrastant avec les EM (−0,102 ± 0,199 D, P < 0,05). À 45°, l’hypermétropie périphérique cumulative augmentait avec la sévérité : EM (0,013 ± 0,396 D), MF (0,056 ± 0,414 D), MM (0,168 ± 0,381 D, P < 0,05 vs EM et MF) et MFo (0,223 ± 0,475 D, P < 0,05 vs EM). L’analyse par quadrant a révélé un défocus myopique dans la rétine supérieure pour tous les groupes, diminuant avec la sévérité : EM (−0,715 ± 0,755 D) > MF (−0,491 ± 0,852 D) > MM (−0,346 ± 0,818 D) > MFo (−0,075 ± 0,978 D, P < 0,05). Le défocus hypermétropique nasal augmentait de la MF (0,336 ± 0,763 D) à la MM (0,566 ± 0,710 D, P < 0,05).

La LA s’allongeait progressivement avec la sévérité : EM (23,47 ± 0,68 mm), MF (24,89 ± 0,84 mm), MM (25,91 ± 1,05 mm) et MFo (27,09 ± 1,24 mm, P < 0,05). L’ES corrélait fortement avec la LA (r = −0,697, P < 0,05), confirmant son rôle dans la progression myopique. La DDR totale et régionale (30°, 45°, quadrant supérieur) corrélait négativement avec l’ES (r = −0,125 à −0,166, P < 0,05), indiquant qu’une myopie plus forte était associée à un défocus hypermétropique périphérique accru. Les yeux emmétropes présentaient un léger défocus hypermétropique à 45°, cohérent avec l’hypothèse d’une hypermétropie périphérique précédant l’apparition de la myopie.

La réduction du défocus myopique dans le quadrant supérieur corrélait avec l’allongement de la LA, suggérant que les modifications structurales de cette région influencent de manière disproportionnée la croissance axiale. Ceci rejoint les études décrivant un aplatissement supérieur de la rétine lors de la progression myopique. Mécaniquement, le défocus hypermétropique périphérique pourrait stimuler un allongement axial compensatoire, bien que la causalité reste débattue. L’augmentation du défocus hypermétropique avec la sévérité soutient son rôle de moteur plutôt que de conséquence de la croissance axiale.

Sur le plan méthodologique, la TRM permet une cartographie précise du défocus sur 45° et par quadrants, surpassant les techniques traditionnelles limitées à de plus petites zones. La validation antérieure de la TRM et les protocoles standardisés (mesures tripliquées, cycloplégie) renforcent la fiabilité. Cependant, la taille réduite du groupe MFo (70 yeux) nécessite une interprétation prudente, et des données longitudinales sont requises pour établir des relations temporelles entre les profils de défocus et la progression myopique.

En conclusion, cette étude valide la TRM comme outil pertinent pour caractériser le défocus périphérique dans la myopie. Les résultats clés incluent une hypermétropie périphérique accrue avec l’excentricité, des variations quadrant-spécifiques (notamment supérieure) et des corrélations entre l’ampleur du défocus, la LA et la sévérité myopique. Ces données soulignent l’importance de l’optique rétinienne périphérique dans la pathogenèse de la myopie et identifient des cibles potentielles pour les interventions visant à moduler les profils de défocus.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002606

Laisser un commentaire 0

Your email address will not be published. Required fields are marked *