La transplantation pulmonaire en Chine de 2015 à 2018 : Analyse des développements et des résultats
La transplantation pulmonaire (TP) constitue l’unique thérapie efficace pour les patients atteints de pathologies pulmonaires terminales. En Chine, l’augmentation du nombre de candidats et l’expansion des centres de transplantation nécessitent des programmes structurés et une collecte de données centralisée. Cette étude analyse le développement de la TP en Chine, en examinant les types de greffe, les indications, les caractéristiques des donneurs et receveurs, les résultats postopératoires et les taux de survie. Les données, issues du Registre chinois de transplantation pulmonaire (CLuTR), offrent une perspective sur les défis et les progrès dans ce domaine.
Centres de transplantation pulmonaire et activité de transplantation
Entre le 1ᵉʳ janvier 2015 et le 31 décembre 2018, 1 053 transplantations ont été réalisées dans 18 centres enregistrés. Le volume annuel a progressé régulièrement, avec une prédominance de transplantations bilatérales (BLT) et unilatérales (SLT). Les centres à haut volume (>30 greffes/an) ont effectué 80 % des procédures, bien que représentant une minorité des établissements qualifiés. Le Centre de transplantation pulmonaire de Wuxi (WX) était le plus actif (>100 greffes/an), suivi de l’Hôpital d’amitié Chine-Japon (CJ), du Premier Hôpital affilié à l’Université médicale de Guangzhou (GZ) et de l’Hôpital pulmonaire de Shanghai (SHP).
L’âge médian des receveurs était de 55,0 ans, avec une prédominance masculine (83,2 %). La majorité présentait un IMC normal (18,5–24,0 kg/m²) et une répartition équilibrée des groupes sanguins. Les diagnostics prétransplantation incluaient principalement la pneumopathie interstitielle idiopathique (IIP, 39,0 %) et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO, 23,0 %). D’autres pathologies significatives étaient la pneumoconiose (9,2 %), la lymphangioléiomyomatose (LAM, 1,9 %) et la bronchectasie (4,8 %).
Indications et état prétransplantation
Le profil épidémiologique diffère des cohortes occidentales : des pathologies comme le déficit en alpha-1-antitrypsine, la mucoviscidose ou la sarcoïdose sont rares en Chine. Les SLT étaient privilégiées pour la pneumoconiose et les maladies interstitielles pulmonaires (MIP), tandis que les BLT étaient réservées à l’hypertension artérielle pulmonaire, la LAM ou les bronchectasies. Notamment, 46,6 % des receveurs avaient plus de 60 ans, nécessitant une sélection rigoureuse.
Selon la classification NYHA, 45,6 % des patients étaient de grade III et 52,9 % de grade IV, reflétant une dégradation fonctionnelle sévère. Les comorbidités incluaient le diabète (14,5 %) et l’hypertension (12,7 %), avec des antécédents de corticothérapie (39,5 %) ou de traitement vasoactif (10,1 %).
Caractéristiques des donneurs et processus de transplantation
Les greffons étaient attribués à l’échelle nationale, nécessitant des réseaux logistiques efficaces (aviation, trains à grande vitesse). L’âge médian des donneurs était de 36,0 ans, avec une augmentation des dons après mort encéphalique (66,7 % en 2018).
Le temps d’ischémie froide (CIT) médian était de 360,0 minutes pour les SLT et 480,0 minutes pour les BLT, ce dernier diminuant progressivement grâce à l’amélioration des techniques de préservation. La durée opératoire médiane était de 260,0 minutes (SLT) et 390,0 minutes (BLT), avec des pertes sanguines plus importantes pour les BLT.
L’ECMO peropératoire était utilisé chez 56,4 % des receveurs. Les complications peropératoires (arrêt cardiaque : 1,5 % ; hématome/lacération pulmonaire : 0,4 %) étaient rares. La durée médiane de séjour en réanimation était de 5,0 jours, et 64,0 % des patients restaient hospitalisés plus de 29 jours.
Résultats post-transplantation et survie
Les morbidités postopératoires incluaient les infections (68,3 %), le rejet aigu (17,4 %), la dysfonction rénale (16,0 %) et la dysfonction primaire du greffon (DPG, 15,6 %). Le taux d’infections dépassait les données internationales, soulignant la nécessité d’optimiser les mesures préventives.
Les taux de survie globaux étaient de 81,45 % à 30 jours, 70,11 % à 1 an et 61,16 % à 3 ans. Les BLT présentaient une survie légèrement inférieure aux SLT (différence non significative). Les patients atteints de LAM (95,00 % à 1 an) et de pneumoconiose (78,07 %) avaient les meilleurs pronostics.
L’âge avancé et le statut NYHA IV (survie à 1 an : 63,70 % vs 77,79 % pour NYHA III) influençaient négativement la survie. L’analyse multivariée de Cox a identifié comme facteurs de risque indépendants : le statut NYHA IV, l’utilisation d’ECMO, la DPG > grade 0 et l’insuffisance rénale (DFG <60 mL·min⁻¹·1,73 m⁻²).
Discussion
Cette étude souligne les progrès accomplis en Chine, malgré un taux d’utilisation des greffons inférieur aux standards internationaux. La prévalence élevée de l’IIP, de la BPCO et de la pneumoconiose exige des approches adaptées. La fréquence des infections post-transplantation appelle à renforcer les protocoles de prévention.
L’impact pronostique du statut fonctionnel et des comorbidités, notamment le NYHA IV et l’insuffisance rénale, guide la sélection des patients et l’optimisation des soins. La création de l’Alliance chinoise de transplantation pulmonaire et l’amélioration continue du CLuTR sont essentielles pour harmoniser les pratiques et améliorer les résultats.
En conclusion, cette analyse met en lumière les avancées et les défis persistants de la TP en Chine. Le renforcement des systèmes de don d’organes, la prévention des infections et le ciblage des populations à risque restent des priorités pour optimiser la survie des receveurs.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000543