Morphologie du Mésorectum Antérieur : Un Nouveau Prédicteur de la Récidive Locale chez les Patients Atteints d’un Cancer du Rectum

Morphologie du Mésorectum Antérieur : Un Nouveau Prédicteur de la Récidive Locale chez les Patients Atteints d’un Cancer du Rectum

Le cancer colorectal reste un fardeau sanitaire mondial important, en particulier dans les pays ayant un indice de développement humain élevé. En Chine, le cancer du rectum constitue une proportion significative des cas de cancer colorectal, et son traitement est complexe. Malgré les avancées dans les techniques chirurgicales telles que l’excision totale du mésorectum (ETM) et l’utilisation de la radiothérapie néoadjuvante, les taux de récidive locale (RL) persistent entre 10 % et 20 %. Cette récidive est une préoccupation majeure car elle impacte significativement les résultats des patients. L’un des prédicteurs les plus forts de la RL est l’atteinte de la marge de résection circonférentielle (MRC). Cependant, il est nécessaire d’explorer des prédicteurs préopératoires supplémentaires pouvant être évalués par imagerie par résonance magnétique (IRM) pour améliorer les stratégies chirurgicales et les thérapies adjuvantes.

L’IRM préopératoire à haute résolution est un outil précieux pour évaluer le risque de RL et la survie des patients atteints d’un cancer du rectum. Elle est particulièrement utile pour évaluer l’atteinte de la MRC, qui est significativement associée à une maladie métastatique à distance. De plus, le volume tumoral mesuré par IRM pelvienne préopératoire a été identifié comme un prédicteur important de la RL. La quantité de graisse mésorectale, qu’elle soit quantifiée par tomodensitométrie (TDM) ou IRM, sert également de biomarqueur indépendant pour prédire la RL chez les patients subissant une chirurgie à visée curative pour un cancer du rectum moyen/inférieur. Étant donné que la partie antérieure du mésorectum est plus fine et plus petite que la partie non antérieure, le risque d’atteinte de la MRC et de RL peut être plus élevé pour les cancers antérieurs. Cependant, la signification clinique de la morphologie du mésorectum antérieur, en particulier chez les patients atteints d’un cancer antérieur, n’a pas été largement étudiée.

Cette étude visait à investiguer l’impact de la morphologie du mésorectum antérieur sur la RL chez les patients atteints d’un cancer primitif du rectum. Les chercheurs ont classé le mésorectum antérieur en deux types basés sur l’IRM sagittale : (1) type linéaire, caractérisé par un mésorectum antérieur mince et linéaire, et (2) type triangulaire, caractérisé par un mésorectum antérieur plus épais et de forme triangulaire unique. L’étude cherchait à déterminer si ces différences morphologiques pouvaient prédire la RL et aider à la stratification des risques et à la sélection du traitement.

L’étude a analysé rétrospectivement 176 patients ayant reçu un traitement néoadjuvant et une chirurgie à visée curative. Les patients ont été divisés en deux groupes selon la morphologie du mésorectum antérieur observée sur l’IRM sagittale. Le type linéaire a été identifié chez 90 patients (51,1 %), tandis que le type triangulaire a été trouvé chez 86 patients (48,9 %). Les caractéristiques cliniques et pathologiques de ces patients ont été comparées pour évaluer l’impact de la morphologie du mésorectum antérieur sur la RL.

Les résultats ont révélé que la morphologie du mésorectum antérieur de type linéaire était plus fréquente chez les femmes et était associée à un risque plus élevé d’atteinte de la MRC mesurée par IRM (35,6 % vs 16,3 %, P = 0,004) et à un taux de RL à 5 ans plus élevé (12,2 % vs 3,5 %, P = 0,030). De plus, la combinaison de la morphologie du mésorectum antérieur de type linéaire et des tumeurs antérieures a été confirmée comme un facteur de risque indépendant de RL (rapport de cotes = 4,283, P = 0,014).

L’étude a également montré que les femmes avaient un taux statistiquement plus élevé de morphologie du mésorectum antérieur de type linéaire que les hommes (P = 0,023). Cette constatation est en accord avec des recherches antérieures indiquant que le tampon de graisse mésorectale antérieure est plus fin chez les femmes. Les chirurgiens de l’étude avaient tendance à utiliser des approches ouvertes et des procédures d’abdominopérinéale plus fréquemment pour les patients avec une morphologie du mésorectum antérieur de type linéaire, bien que ces différences n’atteignent pas une signification statistique.

En termes de données pathologiques, les patients avec une morphologie du mésorectum antérieur de type linéaire avaient un stade N plus avancé que ceux avec une morphologie de type triangulaire (P = 0,041). La durée médiane de suivi était de 60 mois, pendant lesquels 14 patients ont développé une RL. Parmi ceux-ci, 11 avaient une morphologie du mésorectum antérieur de type linéaire, et 10 de ces 11 patients avaient des tumeurs antérieures. Le taux de RL à 5 ans était significativement plus élevé chez les patients avec une morphologie du mésorectum antérieur de type linéaire que chez ceux avec une morphologie de type triangulaire (12,2 % vs 3,5 %, P = 0,030). Lors de l’évaluation de l’effet combiné des tumeurs antérieures et de la morphologie du mésorectum antérieur de type linéaire, le taux de RL à 5 ans était encore plus élevé (16,9 % vs 3,4 %, P = 0,002).

L’analyse univariée a identifié plusieurs variables clinicopathologiques associées à la RL, y compris l’âge, la morphologie mésentérique antérieure, la combinaison de la morphologie du mésorectum antérieur de type linéaire et des tumeurs antérieures, les niveaux sériques de CEA post-CRT, le stade T clinique avant CRT, le stade pT, le stade pN, et le grade de régression tumorale. L’analyse multivariée a confirmé que la combinaison de la morphologie du mésorectum antérieur de type linéaire et des tumeurs antérieures (RC = 4,283, P = 0,014) et un stade pN plus avancé (RC = 9,291, P < 0,001) étaient des facteurs de risque indépendants de RL.

Les résultats de cette étude suggèrent que la morphologie du mésorectum antérieur, en particulier le type linéaire, est associée à un risque plus élevé d’atteinte de la MRC et de RL, surtout chez les patients avec des tumeurs antérieures. La combinaison de la morphologie du mésorectum antérieur de type linéaire et des tumeurs antérieures a été identifiée comme un facteur de risque indépendant de RL, ce qui pourrait être un outil précieux pour la stratification des risques et la sélection du traitement chez les patients atteints d’un cancer du rectum.

Les limites de l’étude incluent la nature rétrospective de l’analyse, des données manquantes pour certains patients, et l’exclusion des patients sans chimiothérapie néoadjuvante. De plus, la taille de l’échantillon était relativement petite, et des recherches supplémentaires avec une population plus large sont nécessaires pour valider ces résultats.

En conclusion, cette étude introduit une nouvelle approche pour classer la morphologie du mésorectum antérieur basée sur l’IRM sagittale. La morphologie du mésorectum antérieur de type linéaire, en particulier lorsqu’elle est combinée à des tumeurs antérieures, est associée à un risque plus élevé de RL et d’atteinte de la MRC. Cette classification pourrait servir d’outil utile pour l’évaluation préopératoire, la stratification des risques et la planification du traitement chez les patients atteints d’un cancer du rectum. Les résultats soulignent l’importance de considérer la morphologie du mésorectum antérieur dans la gestion du cancer du rectum pour améliorer les résultats des patients.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002024

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