COVID-19 chez les enfants : enjeux épidémiques et vaccins candidats

COVID-19 chez les enfants : enjeux épidémiques et vaccins candidats

La pandémie de COVID-19, causée par le syndrome respiratoire aigu sévère coronavirus 2 (SARS-CoV-2), a eu un impact profond sur la santé mondiale. Si l’attention initiale s’est concentrée sur les populations adultes, il est de plus en plus reconnu qu’il est essentiel de comprendre et de traiter la COVID-19 chez les enfants. Cet article propose une synthèse complète de la prévalence, de la transmission et des stratégies de vaccination contre la COVID-19 chez les enfants, en se concentrant sur les vaccins candidats, leur sécurité et leur immunogénicité.

Introduction

La pandémie de COVID-19, débutée en décembre 2019, a entraîné plus de 340 millions de cas confirmés et plus de 5,6 millions de décès dans le monde au 21 janvier 2022. Bien que la maladie ait principalement touché les adultes, les enfants ne sont pas immunisés contre l’infection par le SARS-CoV-2. Le rôle des enfants dans la transmission du virus reste un sujet de recherche active, mais des preuves suggèrent qu’ils jouent un rôle significatif, notamment dans les foyers et les écoles. La vaccination s’est imposée comme une stratégie clé pour endiguer la pandémie, d’où la nécessité urgente d’étendre ces efforts aux enfants.

Prévalence de la COVID-19 chez les enfants

Au début de la pandémie, les cas pédiatriques de COVID-19 étaient relativement rares par rapport à ceux des adultes. Cependant, avec la progression de la pandémie, leur nombre a considérablement augmenté. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus de 8,8 millions d’enfants de moins de 14 ans ont été confirmés infectés dans le monde entre le 30 décembre 2019 et le 25 octobre 2021.

Aux États-Unis, l’incidence de la COVID-19 chez les enfants a atteint un pic en janvier 2021, avec 34,3 cas pour 100 000 personnes âgées de 0 à 17 ans. Cette incidence a diminué dans les mois suivants, mais a de nouveau bondi avec l’émergence du variant Delta en juillet 2021. Pendant la période dominée par Delta, l’incidence hebdomadaire des cas pédiatriques aux États-Unis a atteint 174,5 cas pour 100 000 individus, contre 87,9 cas pour 100 000 individus avant Delta.

En Europe, une tendance similaire a été observée, avec une augmentation significative des cas pédiatriques pendant la vague Delta. L’émergence du variant Omicron fin novembre 2021 a entraîné une nouvelle flambée, le taux de croissance hebdomadaire des cas aux États-Unis pendant la période Omicron étant 13 fois supérieur à celui de la période Delta.

En Israël, où le taux de vaccination des adultes était élevé, une baisse initiale des cas pédiatriques a été observée après la vaccination des adolescents de 12 à 15 ans. Cependant, une hausse notable a été signalée début 2022, coïncidant avec la propagation d’Omicron. Malgré la disponibilité des vaccins pour les 5-11 ans, le taux de vaccination dans cette tranche d’âge restait faible : 3,4 % aux États-Unis et 19,64 % en Israël avaient reçu au moins une dose au 24 janvier 2022.

Rôle des enfants dans la transmission de la COVID-19

Les enfants ont été identifiés comme des vecteurs potentiels de transmission du SARS-CoV-2, en particulier dans les foyers et les écoles. Des études menées dans divers pays éclairent ce rôle.

Au Japon, une étude observationnelle rétrospective a révélé que 9,8 % des cas pédiatriques primaires généraient des cas secondaires, dont 77 % au sein des foyers. Une étude prospective anglaise a rapporté un taux d’attaque secondaire de 25 % pour les enfants de moins de 11 ans en milieu familial. À Wuhan (Chine), une étude a montré que les enfants et adolescents de moins de 20 ans présentaient une infectivité plus élevée que les autres groupes d’âge, avec un rapport de cotes (OR) de 1,58 pour la transmission aux contacts familiaux.

Les jeunes enfants semblent avoir un taux d’infectivité plus élevé que les plus âgés. En Ontario (Canada), l’OR de transmission aux contacts familiaux était de 1,43 pour les 0-3 ans par rapport aux 14-17 ans. En Norvège, les 0-6 ans généraient plus de cas secondaires (24 %) que les 7-12 ans (14 %) ou les 13-16 ans (14 %).

Des mesures préventives telles que le dépistage précoce, la distanciation physique et le port de masques médicaux ont permis de limiter la transmission. En Corée du Sud, le taux d’attaque secondaire des enfants était de 0,5 % sous mesures de distanciation. En Australie, il était de 0,4 % en milieu éducatif en début de pandémie.

Cependant, le rôle exact des enfants dans la transmission demeure mal compris, nécessitant des recherches supplémentaires.

Vaccins candidats contre la COVID-19 pour les enfants

Au 24 janvier 2022, 140 candidats vaccins contre la COVID-19 étaient en essais cliniques dans le monde, dont 33 approuvés en usage d’urgence ou complet pour les adultes. Parmi eux, 16 incluaient des moins de 18 ans dans leurs essais.

Vaccins à ARN

Deux vaccins à ARN, le BNT162b2 (Pfizer-BioNTech) et le mRNA-1273 (Moderna), ont été évalués chez les adolescents et enfants. Le BNT162b2 a démontré un profil de sécurité favorable et une immunogénicité robuste chez les 12-15 ans, avec une efficacité vaccinale de 100 % contre les formes symptomatiques. Le titre géométrique moyen (TGM) d’anticorps neutralisants était de 1283,0.

Le mRNA-1273 a montré une efficacité de 93,3 % et un TGM de 1401,7 chez les 12-17 ans. Cependant, son profil de sécurité était moins favorable, avec 84,6 % d’effets indésirables sollicités dans les 7 jours suivant une dose.

Ces vaccins sont autorisés en urgence pour les adolescents dans plusieurs pays. Le BNT162b2 est aussi autorisé pour les 5-11 ans aux États-Unis depuis le 29 octobre 2021, avec une dose réduite à 10 µg (un tiers de la dose adulte), montrant une efficacité de 90,7 % pendant la période Delta.

Vaccins inactivés

Deux vaccins inactivés, CoronaVac (Sinovac) et BBIBP-CorV (Sinopharm), sont approuvés en urgence pour les 3-17 ans en Chine. CoronaVac a induit un TGM de 142,2. BBIBP-CorV a recommandé un schéma à deux doses de 4 µg, avec des TGM de 180,2 (3-5 ans), 168,6 (6-12 ans) et 155,7 (13-17 ans).

Autres candidats

Un vaccin à adénovirus recombinant de type 5 a montré une immunogénicité robuste dans un essai de phase 2b chez les enfants de 6 ans et plus, malgré un taux d’effets indésirables supérieur à celui des adultes.

Défis posés par les variants du SARS-CoV-2

L’émergence de variants préoccupants (VOC) complique la stratégie vaccinale pédiatrique. Le variant Delta, dominant mi-2021, a été associé à une transmissibilité accrue et à une susceptibilité plus élevée chez les enfants. Une étude américaine a rapporté une augmentation de 97 % de la transmissibilité par rapport aux lignées antérieures.

Le variant Omicron a entraîné une hausse marquée des cas et hospitalisations pédiatriques. Cependant, les vaccins restent efficaces : le BNT162b2 a montré 90,7 % d’efficacité contre Delta chez les 5-11 ans, et une protection contre Omicron a été observée chez les enfants vaccinés.

Problématiques de sécurité des vaccins candidats

La sécurité est un enjeu crucial. Dans les essais cliniques, le BNT162b2 et le mRNA-1273 ont montré des profils de sécurité acceptables chez les adolescents, avec des effets indésirables majoritairement légers à modérés. Toutefois, des événements indésirables graves rares ont été signalés en phase post-commercialisation, notamment des myocardites et péricardites, surtout chez les jeunes hommes après vaccination par ARN. Ces cas restent généralement bénins et résolutifs.

D’autres événements, comme le syndrome inflammatoire multisystémique ou la thrombopénie, ont aussi été rapportés. Une surveillance continue est nécessaire pour évaluer le rapport bénéfice-risque.

Discussion

La réponse immunitaire unique des enfants pourrait expliquer la moindre gravité de la COVID-19 dans cette population. Des hypothèses suggèrent une réponse innée plus robuste et une expression moins mature du récepteur ACE2. Néanmoins, leur rôle dans la transmission justifie la vaccination, surtout face aux variants hautement transmissibles.

Les essais vaccinaux pédiatriques ont permis d’étendre la vaccination aux enfants, mais des défis persistent, notamment l’accès équitable aux vaccins dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Conclusion

La pandémie a souligné l’importance de comprendre l’impact de la COVID-19 chez les enfants. Bien que généralement moins sévère, leur rôle dans la transmission, exacerbé par les variants, justifie une stratégie vaccinale inclusive. Les vaccins actuels montrent une efficacité contre les VOC, mais une surveillance continue de leur sécurité est essentielle. Prioriser un accès équitable et renforcer les efforts globaux restent des impératifs pour protéger toutes les populations, y compris les enfants.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002169

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