Association entre vaccination antigrippale et infection par SARS – CoV – 2

Association entre la vaccination antigrippale et l’infection par le SARS-CoV-2 ainsi que ses conséquences : revue systématique et méta-analyse

Introduction
La pandémie mondiale de COVID-19, causée par le coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SARS-CoV-2), a confronté les systèmes de santé à des défis sans précédent. Alors que la pandémie entrait dans sa troisième année, avec plus de 500 millions de cas confirmés en mai 2022, la recherche d’interventions pour réduire la gravité et la transmission des infections restait cruciale. Parmi celles-ci, le rôle potentiel de la vaccination antigrippale dans la diminution de la susceptibilité au SARS-CoV-2 et l’amélioration des résultats cliniques a suscité un intérêt marqué. Cette revue systématique et méta-analyse vise à évaluer l’association entre la vaccination antigrippale et le risque d’infection par le SARS-CoV-2, ainsi que les hospitalisations, les admissions en soins intensifs, le recours à la ventilation mécanique et la mortalité.

Cadre méthodologique
L’étude a suivi les directives PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses). Une recherche exhaustive dans quatre bases de données (Cochrane Library, PubMed, Embase et Web of Science) a identifié les études publiées jusqu’en mai 2022. Les critères d’inclusion concernaient les études observationnelles évaluant l’impact de la vaccination antigrippale 2019–2020 sur les issues du SARS-CoV-2 dans les 12 mois post-vaccination. Les études écologiques, les revues et les publications non anglophones ont été exclues.

Trente-six études, incluant 55 996 841 participants, ont été retenues. La qualité a été évaluée via l’échelle de Newcastle-Ottawa pour les études de cohorte et cas-témoins, et via l’outil de l’Agency for Healthcare Research and Quality pour les études transversales. Les analyses statistiques ont regroupé les rapports de cotes ajustés (OR) à l’aide de modèles à effets aléatoires, en tenant compte de l’hétérogénéité. Des analyses de sensibilité et des tests d’Egger ont évalué le biais de publication.

Principaux résultats

1. Vaccination antigrippale et risque d’infection par le SARS-CoV-2
La méta-analyse a révélé une réduction significative de 20 % du risque d’infection chez les personnes vaccinées contre la grippe (OR ajusté = 0,80, intervalle de confiance [IC] à 95 % : 0,73–0,87). Une hétérogénéité élevée (I² = 85 %) reflète des variations méthodologiques et populationnelles. Les analyses en sous-groupes ont confirmé cet effet protecteur :

  • Études de cohorte : OR = 0,83 (IC 95 % : 0,72–0,95).
  • Études cas-témoins : OR = 0,80 (IC 95 % : 0,67–0,94).
  • Études transversales : OR = 0,76 (IC 95 % : 0,75–0,77).

Les personnels de santé (OR = 0,74 ; IC 95 % : 0,59–0,93) et les personnes âgées (≥65 ans ; OR = 0,76 ; IC 95 % : 0,75–0,77) présentaient des réductions de risque respectives de 26 % et 24 %. Les vaccins quadrivalents (OR = 0,74 ; IC 95 % : 0,67–0,81) et inactivés (OR = 0,77 ; IC 95 % : 0,66–0,89) montraient une efficacité significative.

2. Impact sur les issues cliniques
La vaccination antigrippale était associée à une amélioration des résultats cliniques chez les patients infectés par le SARS-CoV-2 :

  • Admission en soins intensifs : réduction de 17 % (OR = 0,83 ; IC 95 % : 0,72–0,96).
  • Ventilation mécanique : réduction de 31 % (OR = 0,69 ; IC 95 % : 0,57–0,84).
  • Mortalité : réduction de 31 % (OR = 0,69 ; IC 95 % : 0,52–0,93).

Aucune association significative n’a été observée pour les hospitalisations (OR = 0,87 ; IC 95 % : 0,68–1,10). Des sous-groupes spécifiques présentaient des bénéfices notables :

  • Femmes enceintes : réduction de 65 % de la mortalité (OR = 0,35 ; IC 95 % : 0,25–0,48).
  • Personnes âgées : Bien que le risque d’infection diminue, aucun bénéfice significatif sur l’hospitalisation ou la mortalité n’a été constaté.

3. Hypothèses mécanistiques et hétérogénéité
Les résultats suggèrent un bénéfice immunitaire non spécifique, possiblement via l’immunité entraînée ou des réponses croisées. La réduction de la gravité du COVID-19, malgré un effet modeste sur l’infection, corrobore l’hypothèse d’une modulation de la réponse immunitaire. Les sources d’hétérogénéité incluent les différences de conception d’études, de méthodes diagnostiques (PCR vs sérologie) et de politiques vaccinales régionales.

Discussion et implications

Forces et robustesse
Cette méta-analyse inclut un large échantillon (55 millions de participants) et une méthodologie rigoureuse. L’exclusion des personnes vaccinées contre le COVID-19 a limité les confondants, tandis que la focalisation sur la saison grippale 2019–2020 a permis un alignement temporel avec les données pandémiques précoces.

Pertinence clinique et en santé publique
L’association protectrice soutient les stratégies de double vaccination lors des saisons de virus respiratoires. Pour les groupes à risque (personnes âgées, femmes enceintes), la vaccination antigrippale pourrait compléter les interventions spécifiques au COVID-19. Ces résultats sont pertinents dans les régions aux ressources limitées, où l’infrastructure vaccinale antigrippale peut être mobilisée.

Limites et orientations futures
La prédominance d’études observationnelles introduit des biais résiduels (comportements de santé, comorbidités non mesurées). Les facteurs socio-économiques pourraient également influencer les résultats. De plus, l’étude ne couvre pas les variants du SARS-CoV-2 ni les interactions avec les vaccins COVID-19.

Les recherches futures devraient explorer :

  • Les mécanismes sous-jacents des effets immunitaires non spécifiques.
  • Les résultats à long terme de l’administration concomitante des vaccins grippal et COVID-19.
  • L’efficacité dans des populations spécifiques, notamment immunodéprimées.

Conclusion
Cette méta-analyse démontre que la vaccination antigrippale est associée à une réduction du risque d’infection par le SARS-CoV-2 et à une amélioration des résultats cliniques, incluant des taux plus bas d’admission en soins intensifs, de recours à la ventilation et de mortalité. Bien qu’un lien de causalité ne puisse être établi, ces résultats soulignent l’importance de la vaccination antigrippale dans la préparation pandémique et la gestion des maladies respiratoires. Les stratégies de santé publique devraient prioriser cette vaccination, particulièrement chez les populations vulnérables, pour atténuer le double fardeau de la grippe et du COVID-19.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002427

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