Santé cardiovasculaire idéale et mortalité : résultats groupés de trois cohortes prospectives chez des adultes chinois
Les maladies cardiovasculaires (MCV) demeurent une cause majeure de mortalité mondiale, et leur prévention constitue une priorité de santé publique. En 2010, l’American Heart Association (AHA) a défini le concept de santé cardiovasculaire idéale (ICH), comprenant sept critères : quatre facteurs comportementaux (non-tabagisme, activité physique, alimentation saine, indice de masse corporelle [IMC] <25 kg/m²) et trois facteurs médicaux (tension artérielle, glycémie à jeun et lipides sanguins non traités et dans les fourchettes optimales). Bien que de nombreuses études aient évalué cette association en Occident, les données restent limitées en Asie, notamment dans les pays à revenu intermédiaire comme la Chine. Cette étude a examiné le lien entre l’ICH et la mortalité dans trois cohortes chinoises, en explorant les effets indépendants et interactifs des facteurs comportementaux et médicaux.
Les données ont été regroupées de trois cohortes prospectives : l’étude China Kadoorie Biobank (CKB), la cohorte Dongfeng-Tongji (DFTJ) et l’étude Kailuan, incluant 198 164 participants sans antécédents de cancer ou de MCV. Le suivi total a atteint environ 2 millions d’années-personnes. Les paramètres de l’ICH ont été évalués via des questionnaires, examens physiques et tests sanguins. Le score ICH (0–14) regroupait les participants en trois catégories : santé cardiovasculaire inadéquate (0–6), moyenne (7–9) et optimale (10–14). La mortalité a été déterminée à partir de certificats de décès, dossiers hospitaliers et suivi actif, classifiés selon la CIM-10.
Au cours du suivi, 20 176 décès ont été enregistrés, dont 8 164 liés aux MCV. Les participants avec une santé cardiovasculaire optimale présentaient une réduction de 48 % du risque de mortalité toutes causes, 56 % pour les MCV et 46 % pour les maladies respiratoires, comparés à ceux avec une santé inadéquate. Aucune association significative n’a été observée avec la mortalité par cancer. Les analyses dose-réponse ont révélé des relations non linéaires pour les MCV et les AVC, et linéaires pour la mortalité globale, les cardiopathies ischémiques et respiratoires.
Les scores comportementaux (tabagisme, activité physique, alimentation, IMC) et médicaux (tension, glycémie, lipides) étaient indépendamment associés à une mortalité plus faible. Les scores comportementaux élevés (7–8 points) réduisaient de 21–27 % le risque de mortalité toutes causes, tandis que les scores médicaux élevés (5–6 points) le réduisaient de 38–44 %. Seuls les scores comportementaux étaient associés à une diminution de la mortalité respiratoire et cancéreuse. Aucune interaction significative n’a été observée entre les composantes comportementales et médicales.
Les analyses stratifiées ont confirmé la cohérence des résultats selon l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, la consommation d’alcool et les comorbidités. L’effet protecteur de l’ICH sur la mortalité cardiovasculaire était plus marqué chez les participants <60 ans (rapport de risque [HR] : 0,32) que chez les ≥60 ans (HR : 0,53), reflétant une possible atténuation des bénéfices avec l’âge.
Des analyses de sensibilité excluant les décès précoces ou ajustant pour les biais potentiels ont confirmé la robustesse des résultats. Les auteurs estiment que 25,0 % de la mortalité toutes causes, 31,9 % des MCV et 24,8 % des décès respiratoires pourraient être évités avec une santé cardiovasculaire optimale.
En conclusion, cette étude démontre que l’ICH est associée à une réduction significative de la mortalité globale, cardiovasculaire et respiratoire en Chine. Les facteurs comportementaux et médicaux contribuent indépendamment à ces effets, soulignant l’importance des politiques promouvant des modes de vie sains et un contrôle médical optimal pour réduire la mortalité prématurée.