Association entre l’hypertension de stade 1 définie par les recommandations ACC/AHA 2017 et les événements cardiovasculaires et la mortalité chez les adultes chinois
L’hypertension constitue un défi mondial majeur en raison de sa prévalence élevée et de son lien étroit avec les maladies cardiovasculaires (MCV), principale cause de mortalité mondiale. Les recommandations 2017 de l’American College of Cardiology (ACC)/American Heart Association (AHA) ont redéfini l’hypertension de stade 1 comme une pression artérielle systolique (PAS) de 130–139 mmHg ou une pression artérielle diastolique (PAD) de 80–89 mmHg, abaissant le seuil diagnostique précédent de 140/90 mmHg. Cette révision visait à répondre aux preuves croissantes associant une élévation même modérée de la pression artérielle (PA) à des risques cardiovasculaires. Toutefois, l’applicabilité de ce seuil en Chine—pays avec une forte charge d’hypertension et des caractéristiques épidémiologiques distinctes—reste débattue. Bien que les critères ACC/AHA 2017 doubleraient la prévalence de l’hypertension en Chine, les recommandations chinoises conservent le seuil traditionnel de 140/90 mmHg. Cette divergence souligne la nécessité de preuves spécifiques à la population pour déterminer si l’hypertension de stade 1, selon la définition ACC/AHA, prédit le risque cardiovasculaire chez les adultes chinois.
Conception de l’étude et population
Cette étude a utilisé les données de la Kailuan Cohort Study, une investigation prospective communautaire incluant 171 086 adultes de Tangshan, en Chine. Après exclusion des individus avec données incomplètes, antécédents cardiovasculaires, cancer ou traitement antihypertenseur initial, 103 651 participants ont été inclus : 69 509 avec une hypertension de stade 1 non traitée et 34 142 avec une PA normale (PAS <120 mmHg et PAD <80 mmHg). Le suivi (2006/2007–2020) incluait des évaluations sanitaires bisannuelles.
Les caractéristiques initiales montraient des différences significatives entre les groupes. Les participants avec hypertension de stade 1 étaient plus âgés (âge moyen 47,6 vs 41,6 ans) et majoritairement masculins (84,4 % vs 66,3 %). Ils présentaient également des facteurs de risque métabolique plus élevés : indice de masse corporelle (IMC), glycémie à jeun, LDL-cholestérol, triglycérides et acide urique. Des comportements tels que le tabagisme, la consommation d’alcool et un faible niveau d’éducation étaient plus fréquents dans le groupe hypertension de stade 1.
Résultats et analyses statistiques
Le critère principal combinait infarctus du myocarde (IDM), accident vasculaire cérébral (AVC) et mortalité toutes causes. Les critères secondaires incluaient chaque événement individuellement. Sur un suivi médian de 11,09 ans, 10 479 événements ont été recensés : 995 IDM, 3 408 AVC (2 490 ischémiques, 375 hémorragiques) et 7 094 décès.
L’hypertension de stade 1 était associée à des taux d’incidence significativement plus élevés que la PA normale :
- Critère principal : 10,89 vs 5,59 événements/1 000 personnes-années.
- IDM : 0,99 vs 0,49 événements/1 000 personnes-années.
- AVC : 3,50 vs 1,57 événements/1 000 personnes-années.
- Mortalité : 7,17 vs 3,83 décès/1 000 personnes-années.
Les modèles de risques proportionnels de Cox, ajustés pour les facteurs démographiques, comportementaux et biomarqueurs métaboliques, ont confirmé les risques. Après ajustement complet (Modèle 3), l’hypertension de stade 1 augmentait :
- Le risque combiné de 20 % (HR 1,20 ; IC 95 % : 1,13–1,25).
- Le risque d’IDM de 24 % (HR 1,24 ; IC 95 % : 1,05–1,46).
- Le risque d’AVC de 45 % (HR 1,45 ; IC 95 % : 1,33–1,59).
- La mortalité de 11 % (HR 1,11 ; IC 95 % : 1,04–1,17).
Les analyses de sous-groupes ont validé ces associations chez les jeunes (<45 ans), les non-diabétiques et les individus avec LDL-cholestérol ≥3,4 mmol/L. Un traitement antihypertenseur durant le suivi a réduit les risques : les participants traités présentaient un risque 10 % inférieur au groupe non traité (HR 0,90 ; IC 95 % : 0,85–0,96).
Sensibilité et implications cliniques
Les analyses de sensibilité excluant les participants sous antihypertenseurs, hypoglycémiants ou hypolipémiants ont corroboré les résultats. L’élévation de l’acide urique dans le groupe hypertension de stade 1 suggère un lien entre dysrégulation métabolique et risque cardiovasculaire, nécessitant des recherches complémentaires.
Ces résultats valident les critères ACC/AHA 2017 dans un contexte chinois, montrant que l’hypertension de stade 1 non traitée prédit indépendamment des événements indésirables. Ils plaident pour un dépistage et une intervention précoces, particulièrement chez les jeunes et les patients avec comorbidités métaboliques. Cependant, la nature observationnelle de l’étude limite les conclusions causales, et la surreprésentation masculine (78,4 %) peut affecter la généralisation.
Conclusion
Cette étude longitudinale à grande échelle démontre que l’hypertension de stade 1 selon les critères ACC/AHA 2017 identifie les adultes chinois à risque cardiovasculaire accru. Les données soulignent l’intérêt des stratégies de réduction de la PA en dessous du seuil traditionnel de 140/90 mmHg. Bien que des essais randomisés soient nécessaires pour établir l’efficacité des traitements, ces résultats militent pour une mise à jour des recommandations chinoises intégrant une stratification personnalisée du risque.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002669