Valeur pronostique du statut calcique et phosphoré chez les patients âgés atteints de cardiopathie avec régurgitation tricuspide

Valeur pronostique du statut calcique et phosphoré chez les patients âgés atteints de cardiopathie avec régurgitation tricuspide

La régurgitation tricuspide (RT) associée aux valvulopathies constitue un problème médical majeur, avec une prévalence et un fardeau socio-économique croissants. Une RT modérée ou sévère est liée à un risque accru d’insuffisance cardiaque et de mortalité. Des études ont montré que les niveaux sériques de calcium et de phosphore influencent significativement l’organisme, notamment le système cardiovasculaire. L’hypercalcémie est considérée comme un facteur de risque cardiovasculaire, tandis qu’un apport calcique modéré pourrait réduire la mortalité, particulièrement chez les femmes. Comprendre les relations entre calcium, phosphore et mortalité toute cause confondue chez les patients atteints de RT est crucial pour optimiser leur prise en charge. Toutefois, les données actuelles restent insuffisantes. Cette étude visait à explorer l’impact du calcium sérique, du phosphore sérique, du calcium corrigé par l’albumine (CorCa) et du produit calcium-phosphore (CaP) sur le risque de mortalité chez ces patients.

Méthodes
Les patients provenaient de l’étude China-DVD, une cohorte prospective multicentrique incluant des patients âgés de ≥60 ans avec valvulopathie dégénérative. Les données de base, recueillies entre septembre et décembre 2016 dans 69 centres chinois, incluaient 8929 patients présentant une valvulopathie modérée à sévère évaluée par échocardiographie selon les recommandations ACC/AHA 2014. Les critères d’inclusion spécifiques à cette analyse étaient : (1) diagnostic de RT, (2) mesures échocardiographiques disponibles, et (3) dosages complets du calcium, phosphore et albumine. Les critères d’exclusion comprenaient l’endocardite infectieuse, les antécédents d’intervention valvulaire ou d’autres valvulopathies.

L’échocardiographie transthoracique a permis de mesurer les dimensions ventriculaires gauches, la fraction d’éjection (FEVG) et les paramètres hémodynamiques. Les dosages biochimiques ont été réalisés par analyseur biomédical. Le CorCa a été calculé via la formule : Calcium × 4 + 0,8 × (4 – albuminémie), et le CaP par Calcium × Phosphore. Le critère principal était la mortalité toute cause confondue à un an.

Résultats
Parmi 1527 patients avec RT, 710 ont été inclus (âge moyen : 72,9 ± 8,1 ans ; 48,7 % d’hommes). La calcémie moyenne était de 2,2 ± 0,3 mmol/L, la phosphorémie de 3,5 ± 0,8 mg/dL, et le CorCa de 8,8 ± 1,1 mg/dL. Après un suivi moyen de 273 jours, 57 décès (8 %) ont été enregistrés.

Les modèles restricted cubic spline (RCS) ont révélé une association en U entre la phosphorémie et la mortalité, avec des points d’inflexion à 3,4 mg/dL et 3,6 mg/dL. En analyse multivariée, les patients avec une phosphorémie ≤3,4 mg/dL ou ≥3,6 mg/dL présentaient un risque de mortalité significativement plus élevé que ceux avec des valeurs entre 3,4–3,6 mg/dL (HR = 2,45 [1,03–5,79] et HR = 2,60 [1,10–6,14]). Une relation similaire en U a été observée pour le CaP, avec des points d’inflexion à 2,4 et 2,8 mmol²/L². Les HR pour CaP ≤2,4 et ≥2,8 étaient respectivement de 2,83 [1,26–6,35] et 3,03 [1,25–7,32] par rapport à l’intervalle de référence (2,4–2,8 mmol²/L²).

Discussion
Cette étude met en évidence le rôle pronostique du phosphore et du CaP chez les patients âgés avec RT. L’association en U suggère qu’une régulation stricte de ces paramètres pourrait améliorer le pronostic. L’hyperphosphorémie favorise la rigidité vasculaire et la dysfonction endothéliale, expliquant en partie le risque accru. Bien que les mécanismes sous-jacents à l’hypophosphorémie nécessitent des investigations supplémentaires, un déséquilibre du métabolisme minéral semble critique.

En conclusion, le maintien de la phosphorémie entre 3,4–3,6 mg/dL et du CaP entre 2,4–2,8 mmol²/L² (29,7–34,7 mg²/dL²) est associé à une réduction de la mortalité. Ces données fournissent des valeurs cibles pour la prise en charge clinique, bien que des études supplémentaires soient nécessaires pour établir un lien de causalité.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002916

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