Valeur pronostique du second révision du Système international de stadification (R2-ISS) dans une cohorte en vie réelle de patients atteints de myélome multiple nouvellement diagnostiqué
Le myélome multiple (MM) est une prolifération plasmocytaire caractérisée par une hétérogénéité clinique. Une stratification précise du risque est essentielle pour prédire les pronostics variés des patients et guider les thérapies adaptées afin d’améliorer leur survie. Récemment, le European Myeloma Network (EMN) a développé le R2-ISS, un nouveau modèle pronostique issu d’une analyse rétrospective de plus de 7000 patients. Bien que validé en essais cliniques, son applicabilité en pratique réelle, notamment en Chine, restait incertaine. Cette étude vise à évaluer la performance du R2-ISS dans une cohorte chinoise de patients traités selon des schémas réels.
Méthodes
Le R2-ISS intègre des scores pondérés pour les facteurs suivants : stade ISS II (1,0 point), ISS III (1,5 points), dél(17p) (1,0 point), LDH élevée (1,0 point), t(4;14) (1,0 point) et 1q21+ (0,5 point). Les patients sont classés en quatre groupes selon le score cumulé : R2-ISS I (0 point), II (0,5–1,0), III (1,5–2,5) et IV (3,0–5,0).
Cette étude rétrospective a inclus 505 patients atteints de MM nouvellement diagnostiqué (NDMM), traités entre 2013 et 2019 dans un centre hospitalier chinois. Les patients ont reçu un traitement à base d’inhibiteurs du protéasome (PI), d’immunomodulateurs (IMiD) ou une combinaison. L’analyse cytogénétique a été réalisée par FISH sur cellules CD138+. La survie globale (OS) et sans progression (PFS) ont été estimées par la méthode de Kaplan-Meier.
Résultats
L’âge médian était de 58 ans, avec 19,2% de patients >65 ans. La répartition ISS était : I (18,0%), II (36,2%), III (45,7%). En première ligne, 63,8% ont reçu des PI et 26,1% une combinaison PI+IMiD ; 32,3% ont subi une greffe de cellules souches autologues (ASCT). Après un suivi médian de 38,3 mois, la PFS médiane était de 41,6 mois et l’OS de 71,5 mois.
La présence de 1q21+ était associée à une PFS (HR=1,42 ; p=0,015) et une OS (HR=1,65 ; p=0,004) réduites, validant son rôle dans le R2-ISS. Les patients se répartissaient en R2-ISS I (11,3%), II (20,8%), III (52,3%) et IV (15,6%). L’OS médiane n’était pas atteinte pour les groupes I et II, contre 63,8 mois (III) et 48,2 mois (IV). La PFS médiane variait de 76,6 mois (I) à 30,7 mois (IV). Les groupes R2-ISS III/IV présentaient un risque de décès significativement plus élevé que le groupe I (OS : HR=2,31 et 4,57 ; p<0,001).
Le R2-ISS a maintenu sa valeur discriminative dans les sous-groupes thérapeutiques (PI, IMiD, combinaison) et selon l’âge, mais a échoué à stratifier les patients ayant reçu une ASCT, probablement en raison d’un suivi court. Comparé au R-ISS, le R2-ISS a réduit l’hétérogénéité pronostique des patients R-ISS II en les redistribuant dans des sous-groupes au pronostic distinct (OS : p=0,001).
Discussion
Le R2-ISS démontre une meilleure stratification pronostique que le R-ISS dans une population chinoise, malgré une surreprésentation des stades III (45,7% vs 20–30% dans les cohortes européennes) et de 1q21+ (59,0% vs 35–40%), reflétant des différences régionales. La pondération de 1q21+ (0,5 point), optimisée pour des cohortes européennes, pourrait être sous-optimale pour les populations asiatiques, nécessitant des études multicentriques.
Les limites incluent le design monocentrique, un taux d’ASCT bas (32,3% vs >50% en Europe) et l’absence d’analyse des variants 1q21. Cependant, cette cohorte reflète les pratiques réelles dans un pays en développement.
Conclusion
Le R2-ISS est un outil fiable pour prédire la survie des patients chinois atteints de NDMM, offrant une stratification plus fine que le R-ISS. Son applicabilité universelle nécessite des validations multiculturelles, particulièrement concernant la pondération de 1q21+.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002735