Utilisation de la protéine 73 du Golgi sérique pour le dépistage des patients atteints d’une infection chronique par le virus de l’hépatite B nécessitant un traitement antiviral en milieu communautaire
L’infection chronique par le virus de l’hépatite B (VHB) reste un fardeau sanitaire mondial majeur, responsable d’environ 887 000 décès annuels, principalement dus à des complications telles que la cirrhose et le carcinome hépatocellulaire (CHC). L’initiation rapide d’un traitement antiviral est essentielle pour réduire la progression de la maladie, mais une grande proportion de patients éligibles—particulièrement ceux en milieu communautaire—ne reçoivent pas de traitement. Les directives actuelles recommandent un traitement basé sur les niveaux d’ADN du VHB, l’activité de l’alanine aminotransférase (ALT) et la sévérité de la maladie hépatique, mais ces critères manquent souvent des patients ayant des niveaux d’ALT normaux ou une fibrose non détectée. Cette étude évalue la protéine 73 du Golgi sérique (GP73), un biomarqueur potentiel de lésion hépatique, comme outil pour identifier les patients chroniquement infectés par le VHB nécessitant un traitement antiviral lors de dépistages communautaires.
Conception et méthodologie de l’étude
Une étude transversale a été menée auprès de 1 529 individus positifs à l’AgHBs issus d’examens de santé communautaires à Pékin, en Chine, entre juillet 2017 et septembre 2019. Les participants étaient âgés de ≥18 ans, positifs à l’AgHBs depuis ≥6 mois, et exclus s’ils avaient d’autres maladies hépatiques, un traitement antiviral récent ou étaient enceintes. La fibrose et la cirrhose hépatiques ont été évaluées de manière non invasive par élastographie transitoire (FibroScan®), classant les patients en trois groupes : absence/fibrose légère, fibrose significative/avancée et cirrhose. Un processus de diagnostic a exclu 10 participants avec une ALT ≥200 U/L ou une bilirubine totale ≥51 μmol/L, mais ces individus ont tout de été signalés pour un traitement antiviral.
Les indications pour un traitement antiviral suivaient les directives chinoises pour l’hépatite B chronique : (1) ALT élevée (>40 U/L) avec ADN du VHB détectable, (2) cirrhose compensée/décompensée avec positivité à l’ADN du VHB/AgHBs, ou (3) inflammation/fibrose hépatique significative chez des patients >30 ans avec une ALT persistante normale. Les concentrations sériques de GP73 ont été mesurées et comparées entre les stades de fibrose et les groupes d’éligibilité au traitement.
Principaux résultats
La GP73 reflète la sévérité de la fibrose hépatique
Les niveaux sériques de GP73 ont augmenté significativement avec la progression de la fibrose : 54,57 ng/mL en cas d’absence/fibrose légère, 67,79 ng/mL en cas de fibrose significative/avancée et 67,70 ng/mL en cas de cirrhose (P <0,001). L’analyse par courbe ROC (Receiver Operating Characteristic) a démontré une utilité diagnostique modérée pour la fibrose significative/avancée et la cirrhose (AUC = 0,605 ; IC à 95 % : 0,58–0,64), avec une sensibilité de 62,6 % et une spécificité de 56,6 % au seuil optimal. La GP73 a performé de manière comparable aux indices non invasifs établis comme l’indice APRI (Aspartate Aminotransferase-to-Platelet Ratio Index) et l’indice FIB-4, sans différences significatives dans les valeurs AUC (P = 0,338 pour APRI ; P = 0,925 pour FIB-4).
La GP73 corrèle avec l’inflammation hépatique
Les concentrations de GP73 ont suivi les élévations de l’ALT. Chez les patients avec une ALT ≤40 U/L, 40–80 U/L et >80 U/L, les niveaux médians de GP73 étaient respectivement de 60,63 ng/mL, 78,46 ng/mL et 103,10 ng/mL (P <0,001). Une corrélation positive faible mais significative a été observée entre la GP73 et l’ALT (r = 0,275, P <0,001), indiquant le double rôle de la GP73 dans la réflexion de la fibrose et de l’inflammation.
Amélioration du dépistage avec la GP73 et l’ALT
Sur 1 529 participants, 422 (27,6 %) répondaient aux critères de traitement antiviral. Les niveaux de GP73 étaient significativement plus élevés dans ce groupe (68,99 ng/mL vs. 53,17 ng/mL ; P <0,001). En utilisant les seuils dérivés de la ROC, la GP73 seule (seuil : 59,08 ng/mL) a atteint un taux de vrais positifs (TVP) de 62,8 %, surpassant l’ALT >40 U/L seule (TVP : 50,2 %). La combinaison de la GP73 avec l’ALT a augmenté le TVP à 78,9 %, réduisant le taux de faux négatifs (TFN) de 37,2 % (GP73 seule) et 49,8 % (ALT seule) à 21,1 %. Cette combinaison a identifié 333 des 422 patients éligibles, contre 265 pour la GP73 et 212 pour l’ALT seule.
Implications cliniques
La dépendance actuelle à l’ALT et à l’ADN du VHB pour l’initiation du traitement ne détecte pas les patients avec une ALT normale mais une lésion hépatique active, qui représentent 13,8 %–47,5 % des individus positifs à l’AgHBs. La GP73 sérique comble cette lacune en reflétant à la fois la progression de la fibrose et l’inflammation subclinique. En milieu communautaire, où l’accès à l’élastographie transitoire ou à la biopsie est limité, la GP73 offre un outil de dépistage non invasif et scalable.
Bien que la performance diagnostique de la GP73 pour la fibrose (AUC = 0,605) soit modeste, son intégration avec l’ALT améliore l’identification des patients de près de 30 % par rapport à l’ALT seule. Cela s’aligne avec les recommandations de l’OMS pour simplifier les processus diagnostiques dans les zones à ressources limitées et pourrait renforcer les efforts mondiaux pour éliminer le VHB d’ici 2030 en élargissant l’accès au traitement.
Limites et directions futures
La conception transversale limite l’inférence causale, et l’élastographie transitoire, bien que validée, ne peut pas totalement remplacer la biopsie. Une validation supplémentaire dans des populations diverses et des études longitudinales sont nécessaires pour confirmer la valeur pronostique de la GP73 pour les résultats cliniques comme la cirrhose ou le CHC. De plus, des analyses de coût-efficacité dans les milieux à faibles ressources détermineront la faisabilité de la GP73 comme outil de dépistage à grande échelle.
Conclusion
La GP73 sérique démontre un potentiel prometteur comme biomarqueur pour identifier les patients atteints d’une infection chronique par le VHB nécessitant un traitement antiviral, particulièrement lorsqu’elle est combinée à l’ALT. Sa capacité à détecter à la fois la fibrose et l’inflammation répond aux limites critiques des stratégies de dépistage actuelles, permettant une intervention plus précoce en milieu communautaire. L’adoption généralisée du dépistage basé sur la GP73 pourrait améliorer les taux de traitement, réduire la morbidité liée au VHB et faire progresser les objectifs mondiaux d’élimination de l’hépatite.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002051