Un nouveau modèle murin d’hyperuricémie et de néphropathie goutteuse
L’hyperuricémie, caractérisée par des taux élevés d’acide urique sérique dus à une surproduction ou une sous-excrétion de ce dernier, constitue la deuxième maladie métabolique la plus fréquente en Chine après le diabète sucré. Des études récentes soulignent son rôle dans la lésion tubulaire rénale, la fibrose tubulo-interstitielle subséquente et le développement de la néphropathie goutteuse. Malgré son importance clinique, l’absence d’un modèle murin adapté et stable a entravé la recherche sur les mécanismes et les traitements de ces pathologies. Cette étude vise à développer un nouveau modèle murin pour combler cette lacune.
Des souris mâles C57BL/6J (environ 30 g) ont été réparties aléatoirement en trois groupes : un groupe témoin traité par carboxyméthylcellulose sodique (CMC-Na), un groupe recevant 100 mg/kg d’adénine et 500 mg/kg d’oxonate de potassium (Adé-100 + OXO-500), et un groupe recevant 150 mg/kg d’adénine et 300 mg/kg d’oxonate de potassium (Adé-150 + OXO-300). Les traitements ont été administrés par voie intragastrique quotidiennement pendant trois semaines. Les paramètres physiologiques (consommation alimentaire, hydrique et prise de poids) ont été mesurés avant l’administration. Des échantillons sanguins hebdomadaires ont permis de quantifier l’acide urique et la créatinine sériques. Au terme de l’expérience, des urines de 24 heures ont été collectées pour mesurer l’acide urique et les protéines urinaires. Les reins ont été prélevés pour des analyses biochimiques et histologiques.
Les résultats montrent que les souris traitées présentent une atteinte rénale sévère, avec une élévation de la créatinine sérique dès le 7ᵉ jour. L’hyperuricémie a été confirmée aux 2ᵉ et 3ᵉ semaines. Le traitement a réduit la prise de poids et l’appétit, tout en augmentant la consommation d’eau et le volume urinaire. L’activité de la xanthine oxydase (clé dans la production d’acide urique) a été significativement augmentée dans le groupe Adé-100 + OXO-500, entraînant une diminution de l’excrétion urinaire d’acide urique.
L’histologie rénale a révélé des tubules dilatés, des espaces de Bowman ectasiés, des cristaux d’urate en aiguille, une fibrose tubulo-interstitielle focale et des troubles glycométriques, particulièrement marqués dans le groupe Adé-100 + OXO-500. L’immunohistochimie a mis en évidence une accumulation de URAT1 et GLUT9 dans les tubules lésés, indiquant une réabsorption accrue d’acide urique. Le western blot a confirmé la surexpression rénale de ces transporteurs.
Les taux sériques de TNF-α et d’IL-1β, marqueurs d’inflammation systémique, étaient significativement élevés chez les souris traitées, avec une inflammation plus sévère dans le groupe Adé-100 + OXO-500. Ces résultats suggèrent que ce schéma thérapeutique génère plus efficacement les phénotypes pathologiques.
Ce modèle surmonte les limites des précédents (dosages imprécis, mortalité élevée, faible reproductibilité) en combinant adénine (augmentant l’apport en purines) et oxonate de potassium (inhibiteur de l’uricase). Il reproduit fidèlement l’hyperuricémie et ses complications rénales.
En conclusion, ce modèle murin validé par des paramètres sérologiques, histologiques, moléculaires et inflammatoires offre un outil précieux pour évaluer de nouvelles thérapies et étudier la pathogenèse de l’hyperuricémie et de la néphropathie goutteuse.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000964