Un cas novateur de blastomycose disséminée en Chine
La blastomycose est une infection fongique causée par Blastomyces dermatitidis, un champignon dimorphique présent dans les sols et les matières organiques en décomposition, notamment près des lacs et des rivières. Cette maladie est endémique dans certaines régions d’Amérique du Nord, en particulier autour des bassins des Grands Lacs, du Saint-Laurent et du Mississippi. Des cas sporadiques ont également été rapportés en Afrique et en Inde. L’infection débute généralement par l’inhalation de spores dans les poumons, mais elle peut se disséminer vers la peau, les os, le tractus génito-urinaire ou le système nerveux central. Elle touche autant les patients immunodéprimés qu’immunocompétents, et ses manifestations cliniques polymorphes compliquent son diagnostic, surtout dans les régions non endémiques.
Cet article décrit le cas d’un patient de 25 ans diagnostiqué avec une blastomycose disséminée en Chine. Ce dernier avait séjourné quatre ans dans le Vermont (États-Unis), une zone endémique, avant de revenir en Chine. Il présenta initialement une fièvre, une toux et des douleurs au genou gauche, d’abord attribuées à un rhume. Malgré un traitement par anti-inflammatoires non stéroïdiens et antibiotiques (moxifloxacine), son état s’aggrava : apparition d’un rash cutané sur les membres inférieurs, augmentation des marqueurs inflammatoires (CRP à 213 mg/dL) et élévation des transaminases (ALT à 191 U/L, AST à 121 U/L). Une imagerie révéla un œdème médullaire du fémur distal et un épanchement articulaire du genou. Une bronchoscopie mit en évidence une lésion tumorale dans la bronche lingulaire, avec biopsie montrant des spores évocateurs.
À son admission à l’hôpital universitaire du Zhejiang, les examens complémentaires écartèrent une tuberculose (test T-SPOT.TB négatif) ou d’autres mycoses (β-D-glucane, galactomannane et antigène cryptococcique négatifs). L’analyse du liquide articulaire et des prélèvements cutanés révéla des spores arrondies en microscopie. Le séquençage génomique (NGS) identifia 57 séquences spécifiques de Blastomyces dermatitidis, confirmé par culture sur milieu Sabouraud. Un traitement par posaconazole (400 mg × 2/j, puis adaptation) fut instauré, entraînant une amélioration clinique et radiologique en 10 jours. Le patient poursuivit le traitement pendant neuf mois, avec résolution progressive des lésions.
En Chine, neuf cas de blastomycose ont été rapportés, principalement chez des hommes jeunes (âge médian : 29 ans), souvent liés à des voyages en zones endémiques. Le retard diagnostique médian était de 2,5 mois, avec des erreurs initiales fréquentes (infections respiratoires, tuberculose, voire tumeurs). Le diagnostic définitif repose sur la culture, longue, ou sur l’histopathologie. Dans ce cas, l’utilisation du NGS permit un diagnostic rapide. Le posaconazole, bien que non recommandé en première intention, s’avéra efficace et bien toléré malgré une hépatotoxicité transitoire.
Ce cas souligne l’importance d’évoquer la blastomycose devant des symptômes multisystémiques chez des patients ayant séjourné en zones endémiques. Les techniques moléculaires, comme le NGS, facilitent un diagnostic précoce, limitant les complications. Le posaconazole représente une alternative thérapeutique prometteuse, notamment en cas d’intolérance aux traitements conventionnels.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000566