Traitement par déplacement hémipelvien artificiel de la maladie hydatique osseuse
La maladie hydatique, ou échinococcose, est une infection parasitaire causée par le ténia Echinococcus. Cette pathologie, une anthropozoonose rare transmissible des animaux à l’humain, affecte principalement le foie et les poumons. L’atteinte osseuse survient dans seulement 3 % des cas, touchant généralement les côtes, le bassin ou le crâne. Cet article présente le cas d’une patiente de 35 ans originaire de la province du Qinghai (Chine), traitée par déplacement hémipelvien artificiel pour une destruction sévère du bassin et de la tête fémorale due à des kystes hydatiques.
Présentation clinique
La patiente a été admise au Premier Hôpital de l’Université de Pékin pour des douleurs péri-articulaires de hanche gauche évoluant depuis 14 ans, associées à une faiblesse du membre inférieur. Ses symptômes ont débuté après une chute banale ayant provoqué une fracture pathologique du col fémoral. Malgré un traitement conservateur, la fracture a consolidé avec cal vicieux, entraînant une impotence fonctionnelle progressive. Quatre ans avant l’hospitalisation, l’augmentation de volume de masses péri-articulaires et l’échec des antalgiques ont motivé une biopsie confirmant l’origine hydatique.
Imagerie diagnostique
Les radiographies standards, la tomodensitométrie (TDM) et l’imagerie par résonance magnétique (IRM) ont révélé une destruction majeure de l’hémibassin et de la tête fémorale gauches, associée à une infiltration kystique des muscles pérarticulaires. Si l’imagerie est essentielle pour évaluer l’extension lésionnelle, le diagnostic différentiel avec d’autres lésions osseuses reste difficile sans confirmation histologique et sérologique (test de Casoni, hémagglutination indirecte).
Stratégie thérapeutique
La prise en charge associe habituellement exérèse chirurgicale et chimiothérapie prolongée. Face à l’ampleur des destructions, un traitement en deux temps a été retenu :
- Débridement initial des kystes musculaires pour réduire la charge parasitaire.
- Trois mois plus tard, résection monobloc des structures osseuses détruites et reconstruction par prothèse hémipelvienne et articulaire de hanche.
Procédure chirurgicale
L’intervention a consisté en une hémipelvectomie interne avec reconstruction prothétique sur mesure. La dissection a nécessité une exérèse complète des tissus parasités tout en préservant les structures vasculonerveuses. Une antibiothérapie prophylactique et un traitement antiparasitaire par albendazole (15 mg/kg/j) ont été instaurés pour prévenir les récidives.
Suivi et résultats
À six mois, la patiente a récupéré une marche autonome sans douleur. Après deux ans de suivi, aucun signe de récidive locale ou systémique n’a été observé. La prothèse a maintenu une stabilité biomécanique satisfaisante, permettant une reprise complète des activités quotidiennes.
Discussion
L’originalité de ce cas réside dans l’utilisation pionnière d’une prothèse hémipelvienne personnalisée pour une échinococcose osseuse compliquée. Bien que techniquement complexe, cette approche combine radicalité parasitologique et préservation fonctionnelle. L’albendazole demeure la pierre angulaire du traitement médical, nécessitant une administration prolongée (minimum deux ans) en raison du risque de réactivation larvaire.
Conclusion
Ce cas illustre l’intérêt d’une stratégie multidisciplinaire associant chirurgie radicale et traitement médical au long cours dans les formes invasives d’échinococcose osseuse. Le déplacement hémipelvien artificiel émerge comme une option valide pour les destructions pelviennes étendues, sous réserve d’une sélection rigoureuse des patients et d’un suivi parasitologique prolongé.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000281