Traitement de la sclérose en plaques par la phytothérapie chinoise basée sur la différenciation des syndromes
Résumé
La sclérose en plaques (SEP) est une maladie auto-immune chronique du système nerveux central (SNC) touchant principalement les individus d’âge moyen. Son caractère invalidant engendre un fardeau socio-économique significatif. Bien que la médecine occidentale moderne ait progressé dans son traitement, elle s’accompagne souvent d’effets secondaires graves, tels que la leucoencéphalopathie multifocale progressive ou des infections sévères liées à l’immunosuppression généralisée. Pour atténuer ces effets, les médecines complémentaires et alternatives (MCA), notamment la phytothérapie chinoise (CHM), suscitent un intérêt croissant. Cet article explore l’application de la CHM dans le traitement de la SEP, en mettant l’accent sur son approche dialectique, offrant une perspective novatrice dans la gestion de cette pathologie complexe.
Pathogenèse de la SEP en médecine traditionnelle chinoise (MTC)
En MTC, la SEP est attribuée à un déficit de la moelle cérébrale, étroitement lié au rein, considéré comme le fondement de la constitution congénitale. Un vide rénal entraîne des symptômes tels que vertiges et dépression. Selon le Classique interne de l’Empereur Jaune, une moelle cérébrale insuffisante provoque fatigue, acouphènes et faiblesse. Les praticiens modernes soulignent que le syndrome de déficit congénital, marqué par un vide du vaisseau gouverneur et une atteinte du yang rénal et de la moelle cérébrale, est un facteur clé de la SEP.
La rate et l’estomac, responsables de la constitution acquise, nourrissent le sang et l’énergie vitale. Un déficit de la rate engendre une vision trouble ou une atrophie musculaire. Le foie, régulateur des liquides organiques, peut provoquer dépression ou démence en cas de stagnation énergétique. Son dysfonctionnement perturbe également la circulation sanguine, causant des arthralgies ou des troubles visuels.
Le poumon, source supérieure de l’eau, est vulnérable à la chaleur pathogène. La rate, contrôlant la peau, entraîne des démangeaisons en cas de malnutrition. Le cœur, siège de l’esprit, provoque fatigue mentale si son yang est affaibli, ainsi que des troubles du langage ou des douleurs.
Rôle des maladies exogènes et des produits pathologiques
Les facteurs exogènes, comme l’humidité-chaleur, le froid ou le vent, perturbent les cinq organes (cœur, foie, rate, poumon, rein). L’humidité-chaleur lèse la rate, altérant l’énergie et le sang, tandis que le froid bloque le yang. Le vent provoque vertiges et ataxie, symptômes typiques de la SEP.
Les produits pathologiques, tels que les glaires ou les stases sanguines, jouent également un rôle clé. Les glaires obstruent les méridiens, causant engourdissements ou paralysie, et perturbent l’esprit. Les stases sanguines (gore) entravent la circulation énergétique, menant à une malnutrition tissulaire.
Prescriptions de phytothérapie chinoise pour la SEP
Plusieurs formules ont démontré une efficacité contre la SEP et l’encéphalomyélite auto-immune expérimentale (EAE). Parmi elles, les décoctions Buyang Huanwu (BYHW), Bushen Yisui (BSYS) et les pilules Liuwei Dihuang (LWDH) sont prometteuses.
Décoction Buyang Huanwu (BYHW)
Composée de sept ingrédients, dont Astragalus mongholicus comme substance principale, cette décoction active la circulation sanguine. Des études sur des souris EAE montrent qu’elle réduit les scores neurologiques et module l’inflammation via l’inhibition de la voie ROCKII/TLR4/NF-κB.
Décoction Bushen Yisui (BSYS)
Anciennement Erhuang Fang, cette formule à dix ingrédients nourrit le yin rénal et protège la moelle. Elle atténue l’infiltration inflammatoire et les lésions axonales dans l’EAE, réduisant les rechutes en phase de rémission.
Pilules Liuwei Dihuang (LWDH)
Ces pilules, enrichissant le yin et le rein, diminuent l’expression de TNF-α et régulent l’équilibre Th1/Treg, offrant une protection neuronale.
Autres prescriptions notables
Hyungbangpaedok San (HBPDS) réduit la démyélinisation dans l’EAE. Yiguan Jian (YGJ), ciblant le déficit en yin du foie et du rein, retarde l’apparition des symptômes. Les décoctions Wendan et Huangqi Guizhi Wuwu modulent également l’immunité.
Conclusion
La pathogenèse de la SEP en MTC reflète une intégration complexe de la philosophie et de la médecine traditionnelles. Le traitement dialectique, en améliorant les symptômes et en prolongeant les rémissions, complète les approches occidentales. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour standardiser les critères d’évaluation et les protocoles thérapeutiques. Cette revue souligne le potentiel clinique de la CHM, ouvrant la voie à de futures applications dans la prise en charge de la SEP.
doi : 10.1097/CM9.0000000000001110