Toxicité Subaiguë de l’Extrait de Réglisse – Sargasse chez les Rats

Toxicité Subaiguë de l’Extrait de Réglisse-Sargasse chez les Rats Sprague-Dawley : Études Biochimiques, Histopathologiques et Pharmacocinétiques

La combinaison de réglisse (Glycyrrhiza uralensis) et de sargasse (Sargassum pallidum) suscite un intérêt en pharmacologie traditionnelle, malgré les « dix-huit antagonismes médicamenteux » de la pharmacopée orientale qui déconseillent leur administration simultanée. Paradoxalement, la formule classique « Hai-Zao-Yu-Hu-Tang » (HZYT), contenant ces deux plantes, reste utilisée. Cependant, son profil de sécurité n’étant pas clairement établi, une évaluation toxicologique approfondie s’avère nécessaire.

Cette étude a évalué la toxicité subaiguë de l’extrait réglisse-sargasse chez des rats Sprague-Dawley. Les composants actifs majeurs de la réglisse incluent la liquiritine, l’isoliquiritine, la liquiritigénine, l’isoliquiritigénine et l’acide glycyrrhizique (GL), ce dernier étant métabolisé en acide glycyrrhétinique (GA). Des études antérieures ont montré une augmentation des concentrations plasmatiques de GA après administration d’extrait laminaria-réglisse comparé à la réglisse seule. Une méthode UPLC-TQ/MS a été développée pour doser simultanément six composants de la réglisse dans le plasma.

Méthodologie
Sept groupes de rats ont reçu pendant quatre semaines :

  • Groupe témoin (sérum physiologique)
  • Extraits de sargasse à faible (2,66 g/kg) et haute dose (5,33 g/kg)
  • Extraits de réglisse à faible (2,42 g/kg) et haute dose (4,83 g/kg)
  • Combinaisons réglisse-sargasse à faible (4,37 g/kg) et haute dose (8,75 g/kg)

Les paramètres évalués incluaient :

  • Coefficients pondéraux cardiaques, hépatiques et rénaux
  • Marqueurs biochimiques sériques (créatine kinase, transaminases, urée, etc.)
  • Analyses histopathologiques (coloration H&E et immunohistochimie CD68)
  • Pharmacocinétique des composants après administrations unique et répétée

Résultats

  1. Toxicité organique

    • Cœur : Augmentation significative des coefficients pondéraux cardiaques (HLS : +28 %, p<0,01) et des marqueurs de lésion (CK-MB : +215 %, LDH : +89 % dans HLS vs témoin).
    • Foie : Hépatomégalie (HL : +19 %, LLS : +17 %) et élévation des ALAT (+132 %), ASAT (+76 %) dans HLS.
    • Rein : Augmentation de l’urée (+54 % dans HL) et créatinine (+38 % dans HLS).
  2. Histopathologie

    • Cœur : Infiltrats inflammatoires majeurs (HLS), dégénérescence myocardique (LS), nécrose focale (HS).
    • Foie : Infiltration lymphocytaire périportale (LLS), dégénérescence hépatocytaire (HLS).
    • Rein : Pyélonéphrite (HLS), épaississement tubulaire proximal.
  3. Pharmacocinétique

    • La co-administration avec la sargasse a :
      • Réduit l’AUC0-24h de la liquiritine (-42 %) et isoliquiritigénine (-58 %)
      • Augmenté le Cmax du GA (+217 %) et son AUC0-∞ (+189 %)
    • Phénomène de double pic pour GL/GA, suggérant une circulation entérohépatique.

Discussion
La toxicité multiorganique observée corrèle avec l’augmentation de la biodisponibilité du GA (inhibiteur de la 11β-HSD2), potentialisée par la sargasse via :

  • Modulation du métabolisme hépatique (induction CYP3A4)
  • Altération de l’excrétion biliaire
  • Synergie pro-inflammatoire (macrophages CD68+ ↑ 320 % dans HLS)

Les désordres métaboliques (hypertriglycéridémie +133 %, hyperglycémie +29 %) pourraient résulter de l’inhibition des récepteurs GR/MR par le GA.

Conclusion
Cette étude valide les craintes traditionnelles concernant l’association réglisse-sargasse, identifiant le GA comme médiateur clé de la toxicité via une pharmacocinétique altérée. Une révision des posologies dans les formulations de type HZYT est recommandée.

doi: 10.1097/CM9.0000000000001716

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