Tendances mondiales et différences régionales dans la mortalité due aux traumatismes non intentionnels non liés au transport chez les enfants et les adolescents, 1990 à 2019
Les traumatismes non intentionnels non liés au transport (TNINT) constituent un défi sanitaire mondial majeur, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire (PRFI). Cette étude analyse les tendances de mortalité, les disparités régionales et les déterminants socioéconomiques des TNINT chez les 5–24 ans à l’aide des données de l’étude Global Burden of Disease (GBD) 2019. Les résultats soulignent des schémas critiques et la nécessité d’interventions ciblées pour réduire les inégalités persistantes.
Tendances mondiales et disparités régionales
En 2019, les TNINT ont causé 205 000 décès chez les 5–24 ans, soit une baisse significative par rapport aux 375 000 décès en 1990. Le taux de mortalité standardisé selon l’âge (TMSA) mondial est passé de 17,49 à 8,13 pour 100 000 sur cette période. Cependant, d’importantes disparités régionales persistent. Les Îles Salomon présentaient le TMSA le plus élevé (29,34 pour 100 000), contre 0,90 pour 100 000 aux Pays-Bas. L’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud affichaient des taux disproportionnellement élevés, reflétant des défis systémiques d’accès aux soins, de prévention et de développement socioéconomique.
L’indice socio-démographique (SDI) a fortement influencé ces tendances. Le groupe de SDI faible-intermédiaire avait le TMSA le plus élevé en 2019 (10,46 pour 100 000), tandis que le groupe de SDI élevé avait le plus bas (2,59 pour 100 000). Bien que tous les groupes SDI aient connu une baisse de mortalité, le groupe à faible SDI a enregistré le déclin le plus lent (réduction de 42 % entre 1990 et 2019). Le nombre de décès dans ce groupe est passé de 38 000 à 47 000, soulignant l’effet combiné de la croissance démographique et des progrès limités en prévention.
Disparités selon l’âge et le genre
Les garçons ont systématiquement présenté des taux de mortalité plus élevés que les filles. En 2019, le TMSA masculin était environ double de celui des femmes (10,12 vs 5,92 pour 100 000). Les jeunes enfants (5–9 ans) avaient le risque le plus élevé, avec des ratios de 1,56 (garçons) et 1,81 (filles) comparé aux 10–14 ans. Le risque diminuait avec l’âge, sauf chez les 20–24 ans des régions à SDI élevé, notamment les hommes, en raison des risques professionnels et comportementaux.
Une modélisation âge-période-cohorte (APC) a révélé des améliorations générationnelles. La mortalité a diminué de 2,78 % par an pour les hommes et 2,58 % pour les femmes. Les adolescents nés en 2010 avaient un risque de décès par TNINT 58 % inférieur à ceux nés en 1970, reflétant les avancées en santé publique.
Causes principales de décès par SDI et démographie
La noyade était la première cause de décès par TNINT mondialement (30,7 % chez les hommes, 23,3 % chez les femmes). Cependant, les causes variaient selon le SDI :
- SDI faible ou faible-intermédiaire : Noyade, contact animalier et forces mécaniques dominaient. Les décès liés aux animaux représentaient 9,9–20,1 % dans les régions à faible SDI.
- SDI élevé ou intermédiaire-élevé : Ingestion de corps étrangers et intoxications prévalaient (6,3–13,7 % et 3,2–11,5 %), liées aux environnements urbains et chimiques.
Les différences de genre étaient marquées. Les hommes étaient plus exposés à la noyade, aux chutes et aux blessures mécaniques, tandis que les femmes souffraient davantage de brûlures et d’incidents animaliers. Par exemple, les brûlures causaient 24,2 % des décès chez les femmes de 20–24 ans dans les pays à faible SDI.
Déterminants socioéconomiques et inégalités
Le SDI montrait une corrélation inverse avec la mortalité. Une augmentation de 0,1 unité de SDI réduisait le TMSA de 29 % mondialement. Les enfants de 5–9 ans étaient les plus sensibles à cette amélioration (réduction de 37 %). L’Europe et l’Asie centrale ont vu les déclins les plus rapides, contrairement à l’Afrique subsaharienne.
Les indices d’inégalité (SII, RII, CI) ont révélé des disparités persistantes. L’inégalité absolue (SII) a diminué de 7,77 à 3,61 pour 100 000 entre 1990 et 2019, mais l’inégalité relative est restée stable. En 2019, les femmes des pays à faible SDI avaient un risque de mortalité 2,46 fois supérieur à celles des pays à SDI élevé.
Implications politiques et perspectives
Des interventions contextuelles sont nécessaires. Dans les régions à faible SDI, la prévention de la noyade, des blessures animales et l’amélioration des urgences sont prioritaires. Les régions à SDI élevé doivent renforcer la prévention des intoxications. Intégrer la lutte contre les TNINT dans les Objectifs de développement durable (ODD) accélérera les progrès en ciblant la pauvreté, l’éducation et l’accès aux soins.
Le financement ciblé des PRFI est crucial pour renforcer les systèmes de surveillance et les interventions fondées sur des preuves. Des collaborations multilatérales (vaccination anti-rabique, éducation communautaire) et des approches sexospécifiques (sécurité professionnelle, atténuation des risques domestiques) sont essentielles.
Limites et analyses de sensibilité
Les limites incluent des sous-déclarations dans les PRFI. Les analyses de sensibilité avec d’autres indices (Indice de développement humain) ont confirmé la robustesse des résultats. Les inégalités infra-nationales reflétaient les tendances mondiales.
Conclusion
Malgré les progrès globaux, les populations défavorisées restent vulnérables. Combler les inégalités systémiques via des politiques intégrées, une allocation des ressources et des partenariats multisectoriels est indispensable. Un focus sur la noyade, les blessures animales, les brûlures et les intoxications – adapté aux niveaux de SDI – garantira une réduction équitable de la mortalité.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002315