Tendances mondiales de la mortalité par cancer du poumon et modifications du mode de vie : analyse préliminaire

Tendances mondiales de la mortalité par cancer du poumon et modifications du mode de vie : analyse préliminaire

Introduction
Les maladies non transmissibles (MNT) représentent un fardeau sanitaire mondial majeur, responsables de 71 % des 57 millions de décès annuels. Parmi les MNT, les maladies cardiovasculaires, les cancers, les pathologies respiratoires chroniques et le diabète sont les plus prévalents. Ces maladies sont largement évitables via des politiques publiques ciblant des facteurs de risque communs : tabagisme, consommation nocive d’alcool, régimes alimentaires déséquilibrés, sédentarité et pollution atmosphérique. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a élaboré le Plan d’action mondial contre les MNT 2013–2020 et le 13ᵉ Programme général de travail 2019–2023, alignés sur l’Objectif de développement durable (ODD) 3.4 des Nations Unies, visant à réduire d’un tiers d’ici 2030 la mortalité prématurée liée aux MNT.

Le cancer du poumon, néoplasme le plus létal mondialement, compte pour 19,4 % des décès par cancer. Malgré les progrès thérapeutiques, son pronostic reste sombre, notamment lors d’un diagnostic tardif. Cette étude analyse l’impact des modifications du mode de vie préconisées par l’OMS sur les tendances de mortalité par cancer du poumon.

Méthodes
Les données proviennent des statistiques de l’OMS, basées sur les rapports unifiés de mortalité et des causes de décès des États membres. Les tendances de mortalité entre 2000 et 2018 ont été analysées via les taux standardisés selon l’âge (pour 100 000 habitants), par sexe et âge. Seuls les pays disposant de registres de décès complets et de qualité ont été inclus.

Les modifications du mode de vie ont été évaluées selon les interventions « meilleur rapport coût-efficacité » de l’OMS : contrôle du tabac, réduction de l’alcool, promotion d’une alimentation saine et activité physique. Le niveau de mise en œuvre de ces mesures a été quantifié par pays.

Résultats
Le taux de mortalité standardisé pour le cancer du poumon était de 25,4 pour 100 000 en 2000. En 2016, une baisse de 10 % a été observée dans 49 pays, avec un déclin de 13 % dans les pays à revenu élevé (PRE) et de 3 % dans les pays à revenu intermédiaire (PRI). Parmi ces 49 pays, 42 ont vu leur mortalité diminuer, 1 est resté stable et 6 ont enregistré une hausse.

Le déclin de la mortalité était fortement associé aux campagnes antitabac de l’OMS menées depuis 15 à 20 ans. Le contrôle intégral du tabac s’est révélé la mesure la plus efficace. Dans les pays en baisse, 91 % ont réduit la prévalence tabagique masculine et 82 % la prévalence féminine. Les mesures nationales pour l’activité physique étaient mieux implantées dans ces pays, bien que la différence ne soit pas significative (t = 1,79, p > 0,05). Les autres interventions (régime alimentaire, alcool) ont montré des associations plus faibles.

Les pays avec les plus fortes baisses incluent le Guatemala (−46 %), le Mexique (−36 %), la République tchèque (−32 %) et les États-Unis (−32 %), où la prévalence tabagique a significativement reculé et les campagnes d’éducation sur l’activité physique ont été pleinement déployées. À l’inverse, la Grenade, le Brunei Darussalam, Maurice et la Moldavie ont vu leur mortalité augmenter, avec une prévalence tabagique stable ou croissante et des campagnes d’activité physique incomplètes.

Discussion
L’étude souligne le rôle central du contrôle du tabac dans la réduction de la mortalité par cancer du poumon. Le déclin observé reflète directement la baisse du tabagisme, principal facteur de risque. Bien que les programmes antitabac soient efficaces, des efforts accrus s’imposent dans les pays où le tabagisme progresse.

L’activité physique semble associée à une mortalité réduite, bien que le lien nécessite plus de recherches. L’OMS recommande 150 minutes d’activité modérée par semaine. Les campagnes de sensibilisation ont montré un impact positif, mais leur mise en œuvre inégale limite les conclusions.

L’alimentation et l’alcool ont eu un impact moindre dans cette analyse. Si certains régimes riches en fruits/légumes pourraient être protecteurs, aucune association significative n’a été identifiée. La pollution atmosphérique, bien que facteur de risque connu, n’a pas montré de différences significatives entre les pays, probablement en raison de données insuffisantes ou de facteurs confondants.

Conclusion
La cessation tabagique demeure la stratégie la plus efficace pour réduire la mortalité par cancer du poumon. Les progrès des dernières décennies soulignent l’importance de maintenir les politiques antitabac, tout en renforçant les mesures pour l’activité physique et la qualité de l’air. Bien que l’impact de l’alimentation et de l’alcool soit moins marqué, leur intégration dans les politiques de santé publique reste essentielle.

Le renforcement des engagements envers les interventions « meilleur rapport coût-efficacité » de l’OMS permettra aux nations de progresser vers l’ODD 3.4, visant une réduction d’un tiers de la mortalité prématurée par MNT d’ici 2030.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000000918

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