Tendances des maladies gastro-intestinales et hépatiques en Chine : résultats de l’étude Global Burden of Disease 2019
Les maladies gastro-intestinales et hépatiques (MGIH) constituent un enjeu majeur de santé publique en Chine, reflétant les évolutions des conditions socio-économiques, des interventions sanitaires et des transitions démographiques au cours des trois dernières décennies. En utilisant les données de l’étude Global Burden of Disease (GBD) 2019, cette analyse évalue systématiquement les tendances des taux de mortalité standardisés selon l’âge (TASM), des années de vie ajustées sur l’incapacité (DALY), des années de vie perdues (YLL) et des années vécues avec une incapacité (YLD) pour les MGIH en Chine entre 1990 et 2019. Les résultats mettent en lumière la transition progressive d’un fardeau dominé par les causes infectieuses vers les maladies non transmissibles (MNT) et les cancers.
Sources des données et méthodologie
L’étude GBD 2019 intègre des données épidémiologiques provenant de multiples sources, notamment des enquêtes nationales de santé, des systèmes de surveillance des maladies et des dossiers hospitaliers. Pour la Chine, les données du système de surveillance des points de morbidité et du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies ont été analysées. La classification internationale des maladies (CIM-10) a permis de catégoriser les MGIH en trois groupes : maladies infectieuses (p. ex., diarrhées, hépatites aiguës), cancers gastro-intestinaux et hépatiques, et maladies digestives communes (p. ex., ulcères peptiques, cirrhoses).
Les taux standardisés selon l’âge ont été calculés en utilisant la population standard mondiale GBD pour tenir compte des changements démographiques. Les métriques clés incluent les TASM, les DALY (somme des YLL et YLD) et leurs intervalles d’incertitude à 95 %, estimés via des modèles de méta-régression bayésienne. Les résultats ont été stratifiés par sexe, groupes d’âge (moins de 10 ans, 14–49 ans et ≥55 ans) et périodes (1990–2010 et 2010–2019) pour identifier les disparités.
Principaux résultats sur les cancers gastro-intestinaux et hépatiques
Le cancer de l’estomac est resté la principale cause de mortalité liée aux MGIH en Chine de 1990 à 2019, malgré une diminution significative. Le TASM pour ce cancer a chuté de 30 % entre 2010 et 2019, atteignant 12,20 pour 100 000 habitants. Cependant, il conserve sa première place dans tous les groupes d’âge, notamment chez les ≥55 ans. L’infection à Helicobacter pylori, une consommation élevée de sel et le tabagisme sont des facteurs de risque persistants.
Les cancers du foie et de l’œsophage ont également reculé. Le TASM du cancer du foie a diminué de 60 % entre 1990 et 2010, grâce aux programmes de vaccination contre l’hépatite B et à la réduction de l’exposition aux aflatoxines. Pour le cancer de l’œsophage, le TASM a baissé de 30 % entre 2010 et 2019, probablement en raison d’améliorations alimentaires et de la diminution du tabagisme.
À l’inverse, les cancers colorectal (CCR) et pancréatique ont augmenté. Le TASM du CCR a progressé de 62 % chez les hommes entre 1990 et 2010, reflétant des changements de mode de vie (sédentarité, consommation d’aliments transformés) et le vieillissement. Le TASM du cancer pancréatique a augmenté de 69 % chez les hommes sur la même période, devenant la quatrième cause de mortalité par MGIH chez les femmes ≥55 ans en 2019.
Maladies infectieuses digestives : un fardeau en déclin
Les maladies infectieuses gastro-intestinales ont marqué un recul marqué. Les diarrhées, autrefois principale cause de mortalité infantile, ont vu leur TASM chuter de 90 % entre 1990 et 2010, atteignant 0,4 pour 100 000 en 2019. L’amélioration de l’assainissement, de l’accès à l’eau potable et la thérapie de réhydratation orale ont contribué à cette tendance.
Les hépatites A et B aiguës ont également diminué. Le TASM de l’hépatite A a chuté de 90 % entre 1990 et 2010, tandis que celui de l’hépatite B a reculé de 80 %, grâce aux campagnes nationales de vaccination lancées dans les années 1990. Les hépatites C et E, moins prévalentes, ont aussi décliné, avec une mortalité quasi nulle en 2019.
Maladies digestives communes : tendances contrastées
L’ulcère peptique est resté fréquent, mais son TASM a diminué de 50 % entre 1990 et 2010. Ses complications (hémorragies digestives) demeurent préoccupantes, surtout chez les enfants de moins de 10 ans. La cirrhose liée à l’hépatite B chronique et à l’alcool est restée une cause majeure de handicap, bien que les DALY standardisés aient reculé de 40 % entre 1990 et 2010.
La pancréatite et les maladies biliaires ont modérément diminué. Le TASM de la pancréatite a baissé de 30 % entre 1990 et 2010, grâce à une meilleure gestion des facteurs de risque (consommation d’alcool, obstruction biliaire).
Disparités selon l’âge et le sexe
Les hommes ont systématiquement présenté un fardeau plus élevé que les femmes. Par exemple, en 2019, le TASM du cancer du foie était deux fois plus élevé chez les hommes, en lien avec des taux plus élevés d’hépatite B et de consommation d’alcool. Le TASM du cancer de l’estomac a diminué de 13 % chez les hommes entre 2010 et 2019, contre 31 % chez les femmes, soulignant des différences d’exposition aux risques ou d’accès aux soins.
Les variations par âge révèlent des défis distincts. Chez les enfants de moins de 10 ans, les diarrhées et ulcères dominaient la mortalité, bien que leur classement se soit amélioré grâce aux interventions sanitaires. Les adultes de 14–49 ans subissent un fardeau élevé de cirrhose et de cancer du foie, en particulier les hommes porteurs de l’hépatite B. Chez les ≥55 ans, les cancers gastro-intestinaux prédominent, avec une menace croissante du cancer pancréatique.
Transition épidémiologique et implications pour la santé publique
La transition des maladies infectieuses vers les MNT et cancers souligne l’évolution épidémiologique de la Chine. Si les vaccins et l’assainissement ont réduit le fardeau infectieux, l’urbanisation, le vieillissement et les modes de vie ont favorisé l’émergence du CCR et du cancer pancréatique. Les cancers de l’estomac et du foie restent prioritaires en raison de leur prévalence, nécessitant un dépistage ciblé.
Les axes politiques critiques identifiés incluent :
- Prévention des cancers : Renforcer les programmes de dépistage du CCR et éradiquer Helicobacter pylori pour réduire le cancer gastrique.
- Vaccination et réduction des risques : Maintenir la vaccination contre l’hépatite B et limiter la consommation d’alcool pour combattre cirrhose et cancer hépatique.
- Stratégies gériatriques : Développer des approches adaptées aux cancers pancréatiques et autres pathologies liées au vieillissement.
Limites et perspectives futures
Les données GBD 2019 reposent sur des estimations modélisées, pouvant sous-estimer les variations régionales. Les détails étiologiques (sous-types viraux, profils moléculaires des cancers) manquent. Les études futures devraient intégrer des données provinciales et une épidémiologie moléculaire pour affiner les interventions.
Conclusion
L’analyse GBD 2019 révèle des progrès significatifs dans la réduction des MGIH infectieuses en Chine, tout en soulignant les défis émergents des cancers digestifs et des hépatopathies chroniques. Les décideurs doivent équilibrer les stratégies historiques contre les infections avec des approches innovantes pour les MNT, garantissant un accès équitable aux soins pour toutes les populations.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002975