Tendances de la mortalité liée aux maladies hépatiques dues à l’hépatite B en Chine entre 1990 et 2019 : résultats de l’étude Global Burden of Disease
Introduction
L’infection par le virus de l’hépatite B (VHB) demeure un défi mondial majeur, provoquant des maladies hépatiques aiguës et chroniques telles que la cirrhose, le carcinome hépatocellulaire (CHC) et l’hépatite aiguë. Malgré une prévalence mondiale en déclin, la Chine supporte toujours le plus lourd fardeau de morbidité et mortalité liées au VHB. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) vise à éliminer le VHB comme menace pour la santé publique d’ici 2030, ciblant une réduction de 65 % de la mortalité par rapport aux niveaux de 2015. Cette étude analyse les tendances de la mortalité liée au VHB en Chine entre 1990 et 2019 à l’aide des données de l’étude Global Burden of Disease (GBD) 2019, offrant des insights sur les progrès et les défis persistants.
Méthodes
Les données sur les décès annuels et les taux de mortalité standardisés selon l’âge (TMSA) pour les maladies hépatiques liées au VHB ont été extraites de la base GBD 2019. Les principaux résultats incluaient la mortalité totale et ses trois sous-catégories : hépatite B aiguë, cirrhose/autres maladies hépatiques chroniques (MHC), et cancer du foie. Les analyses ont porté sur les variations en pourcentage des décès et les variations annuelles estimées en pourcentage (EAPC) des TMSA. Les tendances par âge et la contribution proportionnelle des groupes d’âge (<35, 35–49, 50–69, ≥70 ans) ont également été évaluées. Des modèles de régression ont calculé les EAPC, avec des intervalles de confiance à 95 % (IC).
Résultats
Tendances globales
Entre 1990 et 2019, la Chine a réduit de 29,13 % les décès totaux liés au VHB, passant de 229 000 à 162 000 décès annuels. Le TMSA a chuté de 4,92 % par an (IC 95 % : 4,45–5,39). Les hommes représentaient 133 000 décès (TMSA : 13,75/100 000) contre 29 000 chez les femmes (TMSA : 2,86/100 000) en 2019.
Mortalité par sous-type
- Hépatite B aiguë : Les décès ont chuté de 74,83 % (11 000 à 3 000), avec un EAPC de −7,63 % (IC : −8,25 à −7,00).
- Cirrhose/MHC : Réduction de 34,71 % (65 000 à 42 000 décès), EAPC de −4,15 % (IC : −4,66 à −3,65).
- Cancer du foie : Malgré une baisse de 23,34 % (153 000 à 117 000 décès), il reste la principale cause de mortalité (72,18 % des décès en 2019), avec un EAPC de −5,17 % (IC : −6,00 à −4,33).
Répartition par âge
- <50 ans : La proportion de décès a diminué pour tous les sous-types. Pour le cancer, les décès <50 ans sont passés de 33,99 % (1990) à 11,10 % (2019).
- ≥70 ans : Cette tranche représentait 29,86 % des décès en 2019 (contre 12,35 % en 1990). Les décès par cancer dans ce groupe ont explosé de 7 000 à 39 000.
Défis récents (2015–2019)
Les décès par cancer ont augmenté de 7,05 % entre 2015 et 2019, inversant la tendance précédente et soulignant les lacunes dans la gestion de la progression vers le CHC.
Discussion
Progrès dans la lutte contre le VHB
La réduction de la mortalité reflète des décennies de vaccination universelle (introduite en 1992, couverture >99 % en 2019) et d’accès aux antiviraux (ténofovir, entécavir) remboursés depuis 2017. Ces mesures ont probablement réduit la charge virale et freiné les MHC.
Défis persistants
- Vieillissement : L’augmentation des décès chez les ≥70 ans reflète les conséquences tardives des infections pré-vaccinales.
- Résurgence du cancer : Liée aux diagnostics tardifs et à l’accès limité au dépistage du CHC en zones rurales.
- Disparités de genre : Le ratio hommes-femmes pour le TMSA du cancer était de 4,8:1 en 2019, influencé par l’alcool et un recours tardif aux soins chez les hommes.
Implications politiques
Pour atteindre les objectifs de l’OMS :
- Étendre l’accès aux antiviraux, notamment en zones rurales.
- Renforcer le dépistage précoce (échographie, alpha-fœtoprotéine) chez les groupes à risque.
- Cibler les personnes âgées via des programmes adaptés.
Conclusion
La Chine a significativement réduit la mortalité liée au VHB grâce à la vaccination et aux traitements. Cependant, le vieillissement de la population infectée et la résurgence du cancer exigent des efforts accrus en diagnostic précoce, équité d’accès aux soins et surveillance renforcée. L’élimination du VHB d’ici 2030 nécessitera des investissements durables dans les infrastructures de santé publique.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002331