Sérique 25-Hydroxyvitamine D, Susceptibilité Génétique et Risque de Diabète de Type 2 Incident : Une Cohorte Prospective en Chine de l’Est
Le diabète sucré de type 2 (DT2) demeure un enjeu majeur de santé mondiale, la Chine supportant le fardeau le plus élevé. En 2021, plus de 140 millions de Chinois étaient atteints, avec une projection d’augmentation à 174 millions d’ici 2045. Les interventions sur le mode de vie, incluant la gestion pondérale et les modifications alimentaires, sont centrales dans la prévention. Cependant, le rôle de la vitamine D dans le risque de DT2 reste controversé. Si les études observationnelles associent souvent un faible taux sérique de 25-hydroxyvitamine D (25[OH]D) à une dysfonction β-cellulaire et une insulinorésistance, les essais randomisés contrôlés (ERC) et les analyses de randomisation mendélienne (RM) n’ont pas établi de causalité. De plus, l’interaction entre prédisposition génétique et facteurs environnementaux comme la vitamine D dans le DT2 reste mal explorée. Cette étude de cohorte prospective visait à clarifier la relation entre les taux de 25(OH)D, le risque génétique et l’incidence du DT2 en Chine de l’Est, fournissant des insights spécifiques à cette population.
Conception de l’Étude et Population
La cohorte SPECT-China a inclus 3 397 adultes ≥18 ans de Shanghai et Shaoxing. Après exclusion des cas de diabète préexistant, des données incomplètes ou des perdus de vue, 1 862 participants ont été analysés. Un sous-groupe de 1 290 individus a été génotypé pour évaluer le risque génétique. Le suivi de cinq ans (2014–2019) a permis d’évaluer l’incidence du DT2.
Mesures et Définitions
Dosage de la 25(OH)D : La 25(OH)D sérique a été mesurée par chimiluminescence (Siemens ADVIA Centaur XP), avec des valeurs de 19,03 à 109,00 nmol/L. Les participants ont été stratifiés en quartiles selon les concentrations basales.
Diagnostic du DT2 : Le DT2 incident a été défini selon les critères de l’American Diabetes Association : glycémie à jeun (FPG) ≥7,0 mmol/L, hémoglobine glyquée (HbA1c) ≥6,5 % ou diagnostic auto-déclaré confirmé par dossier médical.
Score de Risque Génétique (GRS) : Un GRS pondéré a été calculé à partir de 28 polymorphismes nucléotidiques (SNPs) associés au DT2 dans les populations est-asiatiques.
Covariables : Démographie, mode de vie (tabagisme, alcool, activité physique), antécédents médicaux (hypertension, diabète familial) et marqueurs métaboliques (lipides, IMC) ont été ajustés dans les modèles multivariés.
Résultats Clés
Caractéristiques Basales et Statut en Vitamine D
L’âge moyen était de 52,8 ans, avec 42,1 % d’hommes. La 25(OH)D sérique montrait une variation saisonnière significative, avec des concentrations plus élevées en été (30,5 % dans le quartile supérieur) qu’en hiver (69,5 % dans le quartile inférieur). Les participants plus âgés et les hommes étaient surreprésentés dans les quartiles supérieurs. Une corrélation inverse a été observée entre la 25(OH)D et l’insulinorésistance (HOMA-IR) ou la fonction β-cellulaire (HOMA-β), mais pas avec la FPG.
Association Entre la 25(OH)D et le DT2 Incident
Sur cinq ans, 132 participants (7,09 %) ont développé un DT2, dont 52,3 % avec prédiabète basal. Aucune association significative n’a été observée entre les quartiles de 25(OH)D et le risque de DT2 après ajustement multivarié (P de tendance = 0,426). Comparé au quartile inférieur, les rapports de cotes (IC 95 %) étaient :
- Q2 : 1,29 (0,74–2,25)
- Q3 : 1,35 (0,77–2,36)
- Q4 : 1,27 (0,72–2,24)
L’analyse par splines cubiques restreintes a confirmé l’absence de relation dose-réponse. Les analyses stratifiées par âge, sexe ou IMC n’ont révélé aucune sous-population à risque spécifique.
Vitamine D et Marqueurs Glycémiques
Malgré l’absence d’association avec le DT2, la 25(OH)D a montré des relations paradoxales :
- Corrélation positive avec l’HbA1c à l’inclusion (β = 1,752, P = 0,001) et au suivi (β = 1,385, P = 0,003).
- Corrélation négative avec le HOMA-β basal (β = −0,982, P = 0,021).
- Aucun lien avec le HOMA-IR ou la FPG.
Ces résultats suggèrent qu’une élévation compensatoire de la 25(OH)D pourrait refléter un stress métabolique sans influencer directement le risque diabétique.
Susceptibilité Génétique et Interactions
Le GRS a stratifié efficacement les participants en risque faible, intermédiaire et élevé. Les individus à faible GRS avaient un risque de DT2 réduit de 58 % versus haut GRS (RC = 0,42, IC 95 % : 0,25–0,71). Aucune interaction entre la 25(OH)D et le GRS n’a été détectée (P = 0,100). Chez les participants à faible GRS, le quartile supérieur de 25(OH)D montrait le risque le plus bas (RC = 0,17, IC 95 % : 0,05–0,62), mais la petite taille de l’échantillon limite l’interprétation.
Discussion
Cette étude contredit l’hypothèse d’un rôle de la carence en vitamine D dans le DT2 chez les adultes est-chinois. L’absence d’association persiste malgré le risque génétique, suggérant que la supplémentation en vitamine D n’est pas bénéfique pour la prévention du diabète dans cette population.
Contexte des Données Existantes
Les études observationnelles en Europe et aux États-Unis rapportent souvent des associations inverses entre la 25(OH)D et le DT2, mais ces résultats sont population-spécifiques. Par exemple, la UK Biobank a associé une 25(OH)D élevée à un risque réduit de 49 %, tandis que des études suisses et mexicaines n’ont montré aucun lien. Les disparités ethniques dans le métabolisme de la vitamine D, l’exposition solaire, l’alimentation et le fond génétique expliquent probablement ces divergences.
Mécanismes Potentiels
Les récepteurs de la vitamine D (VDR) dans les β-cellules pancréatiques et le tissu adipeux modulent théoriquement la sécrétion et la sensibilité à l’insuline. Cependant, ces résultats suggèrent une résistance à la vitamine D, où l’élévation compensatoire de la 25(OH)D ne corrige pas la dysfonction métabolique. Le vieillissement, l’inflammation chronique ou des facteurs génétiques pourraient altérer la signalisation VDR, rendant la vitamine D biologiquement inactive.
Forces et Limites
La conception prospective, l’ajustement rigoureux et l’inclusion de données génétiques renforcent la validité. Cependant, le suivi de cinq ans pourrait être trop court pour détecter des associations à long terme, et des facteurs non mesurés (apport alimentaire en vitamine D, exposition UV) pourraient biaiser les résultats.
Conclusion
Chez les adultes est-chinois, les taux de 25(OH)D ne sont pas associés au DT2 incident, indépendamment de la prédisposition génétique. Les stratégies de prévention devraient privilégier les interventions validées (perte de poids, activité physique) plutôt que la supplémentation en vitamine D. Des recherches futures doivent élucider les mécanismes de résistance à la vitamine D et leurs implications métaboliques.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002794