Sécurité d’un régime liquidien hyperglucidique 2 heures avant une cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique non urgente versus jeûne nocturne : essai contrôlé randomisé en simple insu et multicentrique
La cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique (CPRE) est une procédure largement utilisée pour le diagnostic et le traitement des affections pancréatobiliaires. Traditionnellement, les patients subissant une CPRE jeûnent la nuit précédente pour réduire le risque d’aspiration. Cependant, le jeûne prolongé peut provoquer des déséquilibres métaboliques, une déshydratation et retarder la récupération. Des études chirurgicales récentes suggèrent qu’une charge préopératoire en glucides améliore la récupération. Cette étude a évalué la sécurité et l’efficacité d’un régime liquidien hyperglucidique (RLH) administré 2 heures avant une CPRE non urgente, comparé au jeûne nocturne.
Conception de l’étude et participants
Cet essai prospectif randomisé a inclus 1330 patients âgés de 18 à 85 ans devant subir une CPRE non urgente dans 15 centres tertiaires en Chine. Les participants ont été randomisés en deux groupes : RLH (n = 665) recevant 400 mL de maltodextrine 2 heures avant la procédure, ou jeûne (n = 665) avec abstinence ≥6 heures. Les critères d’exclusion comprenaient les contre-indications à la CPRE, les coagulopathies et les antécédents de chirurgie digestive.
Procédures
La CPRE a été réalisée sous sédation profonde (propofol). Les critères d’évaluation principaux étaient la fatigue postopératoire (échelle de 14 points à 4 et 20 heures) et la douleur abdominale (échelle numérique de 10 points à 4 heures). Les critères secondaires incluaient la durée procédurale, le succès de la canulation, les complications et les paramètres métaboliques (glycémie, cétonurie).
Résultats
Le groupe RLH a présenté des scores de fatigue significativement inférieurs à 4 heures (4,1 ± 2,6 vs 4,8 ± 2,8 ; différence moyenne [DM] : 0,48 ; IC95% : 0,26–0,71) et 20 heures (2,4 ± 2,1 vs 3,4 ± 2,4 ; DM : 0,76 ; IC95% : 0,57–0,95). La douleur abdominale à 4 heures était également réduite (2,1 ± 1,7 vs 2,2 ± 1,7 ; DM : 0,21 ; IC95% : 0,05–0,37).
La récupération était accélérée dans le groupe RLH : reprise de l’alimentation orale (17,3 ± 10,5 h vs 18,4 ± 11,2 h), délai pour s’asseoir (6,9 ± 4,8 h vs 7,6 ± 4,8 h) et marcher (9,9 ± 5,5 h vs 10,9 ± 5,6 h). Le volume de liquide gastrique résiduel était supérieur avec le RLH (39,2 ± 45,4 mL vs 28,8 ± 28,5 mL), sans cas d’aspiration.
Le taux global de complications était comparable (7,9% vs 10,3%), mais le groupe RLH a présenté moins de cholangites (2,1% vs 4,0%). Aucune différence significative n’a été observée pour les pancréatites post-CPRE (5,5% vs 6,5%). L’analyse de sous-groupes a montré une réduction des complications chez les patients avec papille native (RC : 0,61 ; IC95% : 0,39–0,95).
Sur le plan métabolique, le RLH a maintenu une meilleure stabilité : cétonurie moins fréquente (7,7% vs 15,4%) et glycémie équivalente avant et après la procédure.
Discussion
L’administration de RLH 2 heures avant la CPRE réduit la fatigue, la douleur et les complications sans augmenter les risques d’aspiration. Ces bénéfices pourraient s’expliquer par une amélioration du métabolisme glucidique et une réduction du stress physiologique. La réduction des cholangites dans le groupe RLH suggère un effet protecteur sur le système biliaire, possiblement via une modulation de la réponse inflammatoire.
Limites
L’absence de groupe placebo et l’hétérogénéité des délais d’administration du RLH limitent l’interprétation des résultats. Le manque de mise en insu des patients pour les critères subjectifs (douleur, fatigue) constitue un biais potentiel.
Conclusion
Cette étude démontre que l’ingestion de 400 mL de RLH 2 heures avant une CPRE non urgente est sûre et améliore la récupération postopératoire, tout en réduisant les complications infectieuses. Ces résultats soutiennent l’intégration de la charge en glucides dans les protocoles de réhabilitation précoce pour la CPRE.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002820