Sécurité de la Chirurgie Précoce chez les Patients Gériatriques avec Fracture de la Hanche Sous Clopidogrel : Une Étude Cas-Témoins Rétrospective de 120 Patients en Chine
Les fractures de la hanche gériatriques représentent un défi sanitaire majeur en raison de leur incidence élevée et des taux associés de morbidité et de mortalité. Avec le vieillissement des populations, l’incidence des fractures de la hanche devrait augmenter, avec des projections estimant environ 6,26 millions de cas annuels d’ici 2050. Une intervention chirurgicale précoce est largement recommandée pour améliorer le pronostic de ces patients. Cependant, une proportion importante de patients gériatriques sous clopidogrel pour des comorbidités cardiovasculaires ou cérébrovasculaires présente un dilemme chirurgical en raison du risque accru de saignement périopératoire. En Chine, la pratique traditionnelle consiste à retarder la chirurgie de 5 à 7 jours après l’arrêt du clopidogrel, bien que ce délai soit associé à une hausse des complications et de la mortalité. Cette étude visait à évaluer la sécurité d’une chirurgie précoce (moins de 5 jours après l’arrêt du clopidogrel).
Méthodes
Cette étude rétrospective monocentrique, menée à l’hôpital Jishuitan de Pékin entre novembre 2016 et avril 2018, a inclus des patients âgés de ≥65 ans avec une fracture de la hanche aiguë opérée. Les critères d’exclusion comprenaient les fractures pathologiques, les troubles de la coagulation, ou l’utilisation d’autres anticoagulants. Deux groupes appariés (1:1) ont été formés : un groupe clopidogrel (60 patients ayant arrêté le traitement <5 jours avant la chirurgie) et un groupe témoin (60 patients sans traitement antiplaquettaire). Les principaux critères d’évaluation étaient la perte sanguine périopératoire, les besoins transfusionnels, les complications et la mortalité.
Résultats
Les caractéristiques initiales étaient comparables entre les groupes (âge médian : 80,0 vs 81,0 ans). Le groupe clopidogrel présentait une prévalence plus élevée de cardiopathies (61,7 % vs 18,3 %) et d’accidents vasculaires cérébraux (45,0 % vs 15,0 %). Le délai médian entre la blessure et la chirurgie était similaire (68,5 vs 68,0 heures), avec 88,3 % des patients opérés dans les 48 heures après admission dans le groupe clopidogrel.
La perte sanguine périopératoire médiane était comparable (745 mL vs 772 mL ; P = 0,866). Le taux transfusionnel peropératoire était plus élevé dans le groupe clopidogrel (36,7 % vs 20,0 % ; P < 0,050), mais sans différence significative globale (43,3 % vs 33,3 % ; P > 0,050). Aucune différence significative n’a été observée dans les complications (infarctus cérébral, syndrome coronarien aigu, thrombose veineuse profonde) ou la mortalité hospitalière/à 30 jours. La mortalité à un an était similaire (6 décès dans chaque groupe).
Discussion
Cette étude suggère que la chirurgie précoce (≤5 jours après l’arrêt du clopidogrel) est sûre pour les patients gériatriques à faible risque thrombotique, sans majoration significative des saignements ou de la mortalité. Le taux transfusionnel peropératoire plus élevé pourrait refléter une prudence chirurgicale, mais n’a pas impacté les résultats cliniques. La prévalence élevée de résistance au clopidogrel (30–50 %) et la gestion périopératoire multidisciplinaire pourraient expliquer ces résultats.
Conclusion
Retarder la chirurgie pour respecter un délai d’arrêt prolongé du clopidogrel semble inutile chez les patients à faible risque thrombotique. Une intervention précoce pourrait réduire les complications liées aux délais opératoires dans cette population vulnérable. Des études prospectives multicentriques sont nécessaires pour valider ces résultats.
Référence
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001668