Rôle du facteur de croissance fibroblastique 23 chez les patients atteints de maladie rénale chronique
Le facteur de croissance fibroblastique 23 (FGF23), une hormone dérivée des ostéocytes, joue un rôle central dans la régulation du métabolisme du phosphore et de la 1,25-dihydroxyvitamine D (1,25[OH]2D). Chez les patients atteints de maladie rénale chronique (MRC), le FGF23 est apparu comme un biomarqueur clé et une cible thérapeutique potentielle en raison de son implication dans les désordres du métabolisme minéral et de son association avec des pronostics défavorables. Cet article propose une synthèse approfondie du rôle du FGF23 dans la MRC, incluant ses fonctions physiologiques, ses mécanismes de régulation, ses implications cliniques et son potentiel thérapeutique.
Rôle physiologique du FGF23
Le FGF23 est une protéine de 251 acides aminés sécrétée par les ostéocytes sous sa forme intacte (iFGF23) après clivage d’une séquence signal de 24 acides aminés. L’iFGF23 peut ensuite être clivé en deux fragments : un fragment N-terminal et un fragment C-terminal (cFGF23). Bien que l’iFGF23 soit considéré comme la forme biologiquement active, le cFGF23 est présumé inactif. Le FGF23 régule principalement l’homéostasie phosphorée en augmentant l’excrétion rénale du phosphate et en inhibant la synthèse de 1,25(OH)2D. Ce mécanisme crée une boucle de rétroaction négative où l’élévation de la 1,25(OH)2D et l’apport alimentaire en phosphate stimulent l’expression du FGF23, lequel réduit ensuite la synthèse de 1,25(OH)2D et l’absorption du phosphate.
FGF23 dans la maladie rénale chronique
Dans la MRC, le FGF23 constitue le premier marqueur biochimique des perturbations du métabolisme minéral, précédant l’augmentation de l’hormone parathyroïdienne (PTH) et de la phosphorémie. Son taux sérique s’élève parallèlement à la diminution du débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe), en faisant un outil diagnostique précieux pour les stades précoces de MRC. Une méta-analyse regroupant 15 études prospectives a confirmé la corrélation positive entre les taux de FGF23 et la mortalité cardiovasculaire chez les patients atteints de MRC ou sous dialyse, soulignant sa valeur pronostique.
Fragments du FGF23 et signification clinique
Le clivage du FGF23 influence son implication clinique. Bien que l’iFGF23 soit bioactif, le cFGF23 s’avère un meilleur prédicteur de la progression de la MRC. Des études montrent que le cFGF23 est plus élevé chez les patients ayant un DFGe bas et que son augmentation est associée à un déclin accéléré de la fonction rénale. Cependant, des données contradictoires existent sur la relation entre iFGF23 et cFGF23 au cours de l’évolution de la maladie. Certaines observations suggèrent une hausse de l’iFGF23 lorsque le cFGF23 diminue, reflétant un clivage réduit de la forme intacte. Ces résultats soulignent la nécessité de recherches supplémentaires pour clarifier les rôles respectifs de ces fragments.
Mécanismes régulant le clivage du FGF23
Le clivage du FGF23 est modulé par la rétention de phosphate, la carence martiale et les taux d’érythropoïétine (EPO). La surcharge en phosphate stimule l’expression de la GalNAc-transférase 3 (GALNT3), favorisant l’O-glycosylation de l’iFGF23 et limitant sa dégradation par la furine. À l’inverse, la carence en fer et l’EPO activent le clivage du FGF23, augmentant le cFGF23. Les inhibiteurs de la prolyl hydroxylase dépendants de l’hypoxie (HIF-PHI) exacerbent également les taux de FGF23. La carence martiale, via HIF1α et l’EPO, induit une élévation autonome du FGF23 et de son clivage, ces effets étant modulés par la fonction rénale.
Implications thérapeutiques du FGF23
Le FGF23 représente une cible thérapeutique prometteuse dans la MRC. La correction de la carence en fer, facteur majeur d’élévation du FGF23, réduit ses taux sériques. Une supplémentation martiale orale s’est avérée plus efficace que la voie intraveineuse, et les chélateurs de phosphate à base de fer diminuent à la fois la phosphorémie et la carence martiale, atténuant ainsi le FGF23. De récentes études indiquent que le blocage de la signalisation du FGF23 pourrait prévenir l’anémie rénale dans la MRC, ouvrant de nouvelles perspectives thérapeutiques.
Données contradictoires et perspectives futures
Malgré les avancées, certaines incohérences persistent. L’activité biologique du cFGF23 reste mal comprise, et son implication dans la progression de la MRC nécessite des éclaircissements. Les recherches futures devraient explorer les mécanismes par lesquels le FGF23 aggrave la dysfonction rénale et identifier le fragment le plus pertinent pour le pronostic. L’impact des stratégies thérapeutiques ciblant le FGF23, comme les supplémentations martiales ou les chélateurs de phosphate, mérite également une évaluation plus approfondie.
Conclusion
Le FGF23 occupe une place centrale dans la physiopathologie de la MRC, servant à la fois de biomarqueur précoce et de prédicteur de complications. Sa régulation complexe, influencée par le phosphate, le fer et l’EPO, en fait une cible multifactorielle. Bien que son potentiel thérapeutique soit encourageant, des études supplémentaires sont nécessaires pour optimiser son utilisation clinique. Une meilleure compréhension de ses mécanismes d’action permettra d’améliorer la prise en charge des patients atteints de MRC.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001148