Repenser la gouvernance mondiale de la santé : Vers un « Pacte mondial » pour réduire le fardeau des maladies respiratoires
Les maladies respiratoires constituent l’un des défis sanitaires mondiaux les plus pressants du XXIe siècle, avec des implications profondes sur la mortalité, l’incapacité et la stabilité économique. Le fardeau de ces maladies pèse de manière disproportionnée sur les pays à revenu faible et intermédiaire, où les ressources de santé sont limitées et les facteurs de risque omniprésents. Cet article synthétise les dimensions multifactorielles des maladies respiratoires, leurs déterminants et la nécessité urgente d’une action mondiale coordonnée pour en atténuer l’impact.
Charge mondiale des maladies respiratoires
Les maladies respiratoires affectent collectivement plus d’1 milliard de personnes dans le monde, les affections chroniques touchant à elles seules 454,6 millions d’individus en 2019, soit une augmentation de 39,8 % depuis 1990. Ces maladies ont entraîné 3,97 millions de décès en 2019, marquant une hausse de 28,5 % sur trois décennies, et ont contribué à 103,5 millions d’années de vie ajustées sur l’incapacité (AVAI), en augmentation de 20,8 % depuis 1990. La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et l’asthme sont les affections respiratoires chroniques les plus répandues, touchant respectivement 2,6 % et 3,4 % de la population mondiale. La tuberculose (TB) demeure la maladie respiratoire infectieuse la plus mortelle après la COVID-19, infectant plus de 10 millions de personnes et causant 1,4 million de décès annuels. Le cancer du poumon, responsable de 1,8 million de morts chaque année, est la principale cause de mortalité liée au cancer.
La pandémie de COVID-19 a souligné la vulnérabilité des systèmes de santé face aux infections respiratoires, avec plus de 6 millions de décès, principalement dus à des défaillances respiratoires aiguës. En 2019, trois des dix principales causes de décès dans le monde étaient des maladies respiratoires, totalisant plus de 8 millions de victimes. La Chine subit également un fardeau significatif : les accidents vasculaires cérébraux, les cardiopathies ischémiques, le cancer du poumon, la BPCO et la maladie d’Alzheimer représentent les taux de mortalité les plus élevés, avec une prévalence de la BPCO ayant augmenté de 67 % chez les adultes âgés de ≥40 ans entre 2007 et 2015. L’asthme affecte 4,2 % des adultes chinois, soit plus de 60 millions de cas.
Facteurs de risque et déterminants environnementaux
Les maladies respiratoires résultent d’interactions complexes entre facteurs comportementaux, environnementaux et professionnels. Le tabagisme, la fumée secondaire et la pollution atmosphérique (ambiante et domestique) en sont les principaux contributeurs. En 2012, la pollution de l’air ambiant a causé 2,8 millions de décès dus aux maladies non transmissibles (MNT), tandis que la pollution domestique due aux combustibles solides a entraîné 3,7 millions de décès. Environ 29 % des décès mondiaux liés à la BPCO sont associés à la pollution domestique, 11 % aux risques professionnels et 8 % à la pollution ambiante. Le tabagisme et un indice de masse corporelle (IMC) élevé sont des facteurs de risque majeurs pour l’asthme, tandis que les particules fines, l’ozone et les expositions professionnelles exacerbent la BPCO.
Le changement climatique amplifie les risques liés aux maladies respiratoires. L’augmentation des températures, les événements météorologiques extrêmes et les saisons polliniques modifiées aggravent les symptômes des patients asthmatiques ou atteints de BPCO. Par exemple, les vagues de chaleur accroissent les taux d’hospitalisation et de mortalité chez les populations vulnérables. La pandémie de COVID-19 a illustré la rapidité avec laquelle les infections respiratoires peuvent se transformer en crises mondiales, soulignant le besoin de préparation et de gouvernance adaptative.
Stratégies d’atténuation des impacts environnementaux
Le consensus scientifique affirme qu’il n’existe pas de seuil sûr d’exposition aux particules fines. Des actions urgentes sont nécessaires pour réduire les émissions de carbone et la pollution atmosphérique via des politiques alignées sur les engagements internationaux, tels que l’Accord de Paris. La transition vers des énergies propres, l’amélioration de la ventilation intérieure et le renforcement des normes de sécurité au travail sont des étapes cruciales. L’Appel de Pékin à l’action pour la promotion de la santé pulmonaire (2019) propose des solutions pratiques, incluant le contrôle du tabagisme, la surveillance de la qualité de l’air et des approches intégrées de soins de santé.
Élever les maladies respiratoires dans l’agenda mondial de la santé
La quatrième réunion de haut niveau des Nations Unies (ONU) sur les MNT en 2025 offre une opportunité de prioriser les maladies respiratoires dans les Objectifs de développement durable (ODD). Les gouvernements doivent intégrer la santé respiratoire dans leurs plans nationaux, en garantissant l’accès à des diagnostics, vaccins et traitements abordables. Le renforcement des systèmes de surveillance est également essentiel. Des données fiables sur la prévalence, les facteurs de risque et les résultats cliniques sont indispensables pour évaluer les progrès et affiner les interventions. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) préconise des indicateurs standardisés pour suivre les efforts nationaux.
Renforcer la collaboration et la recherche mondiales
L’OMS, s’appuyant sur son mandat constitutionnel, doit piloter une stratégie mondiale de contrôle des maladies respiratoires. Cette stratégie doit s’aligner sur les « meilleurs choix » de l’OMS pour les MNT, incluant des mesures rentables comme la taxation du tabac, les régulations sur la qualité de l’air et les campagnes de sensibilisation. Des partenariats avec des agences onusiennes, des entreprises pharmaceutiques et des ONG sont essentiels pour mobiliser ressources et expertises.
Les priorités de recherche doivent combler les lacunes en soins primaires, en détection précoce et en systèmes de santé résilients au climat. Les questions clés incluent :
- Comment les technologies mobiles peuvent-elles améliorer le diagnostic précoce de la BPCO et de l’asthme dans les milieux à ressources limitées ?
- Quelles politiques garantissent un accès équitable aux médicaments à faible coût pour les affections respiratoires chroniques ?
- Quels sont les effets à long terme du changement climatique sur la santé respiratoire, et comment optimiser les stratégies d’atténuation ?
Des approches innovantes, comme les plateformes de santé numérique et les programmes communautaires de dépistage, pourraient révolutionner l’accès aux soins. Par exemple, l’enquête nationale chinoise de 2015 a révélé que 13,7 % des adultes ≥40 ans souffraient de BPCO, soulignant la nécessité de dépistages ciblés.
Conclusion
Les maladies respiratoires imposent un fardeau croissant sur la santé mondiale, alimenté par des facteurs de risque modifiables et des inégalités systémiques. La pandémie de COVID-19 a révélé des failles dans la gouvernance sanitaire mais a aussi catalysé une dynamique de réforme. Un « pacte mondial » pour réduire ce fardeau doit englober la durabilité environnementale, l’accès équitable aux soins et des investissements robustes dans la recherche. En alignant les politiques nationales sur les cadres internationaux, en priorisant les décisions fondées sur des données probantes et en favorisant la collaboration multisectorielle, la communauté mondiale peut atténuer la montée de la morbidité et de la mortalité respiratoires.
doi: 10.1097/cm9.0000000000002298