Remplacement total de la cheville avec la prothèse INBONE-II : une étude de suivi à court et moyen terme en Chine
Introduction
L’arthrose de la cheville (OA) est une affection chronique qui peut résulter de diverses causes, notamment des traumatismes, des changements dégénératifs, des maladies rhumatismales, l’hémophilie, l’hémochromatose, la goutte, la nécrose avasculaire et des états post-infectieux. L’arthrite de cheville en phase terminale se manifeste souvent par une douleur sévère à la mise en charge, une dysfonction et une mobilité réduite. Les principaux traitements chirurgicaux pour l’arthrite de cheville en phase terminale sont l’arthrodèse de la cheville (AA) et le remplacement total de la cheville (TAR). Alors que l’AA soulage efficacement la douleur et restaure une fonction limitée, elle sacrifie la mobilité de l’articulation de la cheville et peut exacerber l’arthrite dans les articulations adjacentes. Le TAR, quant à lui, préserve la mobilité de l’articulation de la cheville, soulage la douleur et améliore la fonction, ce qui en fait un traitement de plus en plus courant pour l’OA de cheville en phase terminale.
La prothèse INBONE-II, une prothèse TAR de troisième génération à deux composants, a été introduite en Chine en 2016. Elle offre une meilleure stabilité biomécanique, en particulier dans le plan coronal, par rapport aux conceptions précédentes. Cette étude vise à évaluer les résultats cliniques, les constatations radiographiques, les complications et la survie prothétique du TAR utilisant la prothèse INBONE-II dans une population chinoise.
Méthodes
Cette étude rétrospective, monocentrique, a inclus 64 patients ayant subi un TAR primaire avec la prothèse INBONE-II par le même chirurgien de 2016 à 2019. Les critères d’inclusion étaient : (1) utilisation de la prothèse INBONE-II pour le TAR ; (2) âge ≥18 ans ; (3) consentement éclairé obtenu ; (4) aucun antécédent de chirurgie TAR ou AA ; et (5) temps de suivi postopératoire ≥2 ans. Les critères d’exclusion comprenaient une infection active ou antérieure du pied et de la cheville, une arthropathie neurogène, un syndrome d’hyperlaxité articulaire bénigne sévère, un alignement anormal des articulations du genou ou de la hanche, un diabète non contrôlé, des tumeurs, des maladies neurovasculaires périphériques et des dossiers médicaux incomplets.
Les données cliniques, les constatations radiographiques, le taux de survie et les complications ont été enregistrés et évalués en préopératoire et au dernier suivi. L’échelle hindfoot de l’American Orthopedic Foot and Ankle Society (AOFAS), l’échelle visuelle analogique (VAS) pour la douleur et le Short Form-36 (SF-36) ont été utilisés pour évaluer les résultats cliniques. Les mesures radiographiques comprenaient l’angle de surface antérieure du tibia (TAS), l’angle de surface latérale du tibia (TLS) et l’angle d’inclinaison du talus (TT).
Technique chirurgicale
La procédure chirurgicale consistait à placer le patient en position dorsale avec un garrot appliqué à la cuisse du membre opéré. Une incision antérieure était pratiquée pour exposer l’articulation de la cheville, et les ostéophytes et la synoviale hyperplasique étaient réséqués. La cheville était réduite à la position anatomiquement corrigée, et des broches K étaient utilisées pour une fixation temporaire. La prothèse INBONE-II était implantée à l’aide d’un gabarit de fixation externe, avec une fluoroscopie peropératoire assurant un alignement correct. Les composants tibial et talien étaient installés, et le composant en polyéthylène était inséré. Un allongement du tendon d’Achille était réalisé si nécessaire.
Résultats
L’étude a inclus 64 patients (33 hommes, 31 femmes) avec un âge moyen de 59,9 ans. La durée moyenne de suivi pour les résultats cliniques était de 37,9 mois, et pour les constatations radiographiques, elle était de 22,8 mois. Des améliorations significatives ont été observées dans le score AOFAS (de 47,1 à 83,6), le score VAS (de 5,0 à 1,0) et le score SF-36 (de 94,0 à 127,4). L’amplitude de dorsiflexion de la cheville est passée de 7,6° à 13,2°, et l’amplitude de flexion plantaire est passée de 15,1° à 22,2°. Les constatations radiographiques ont montré des améliorations significatives dans le TLS (de 80,4° à 87,4°) et le TT (de 4,7° à 1,3°), mais aucun changement significatif dans le TAS.
Complications
Dix complications (15,6%) ont été enregistrées, dont trois fractures de la malléole médiale, quatre problèmes de cicatrisation de la plaie, deux cas d’engourdissement des orteils et une infection de la plaie. Toutes les complications étaient de faible grade et ont été gérées de manière appropriée, sans complications graves ni échecs prothétiques. Le taux de survie de la prothèse était de 100%.
Satisfaction des patients
Globalement, 90,6% des patients étaient satisfaits de la chirurgie, avec 73,4% très satisfaits, 17,2% relativement satisfaits et 6,3% rapportant peu d’effet. Deux patients (3,1%) étaient insatisfaits en raison d’une douleur persistante à la cheville et d’un engourdissement des orteils.
Discussion
L’étude démontre que le TAR utilisant la prothèse INBONE-II améliore significativement la douleur, la fonction et l’alignement radiographique chez les patients atteints d’arthrite de cheville en phase terminale. Le faible taux de complications et le taux de survie élevé de la prothèse sont cohérents avec les études précédentes sur la prothèse INBONE-II. L’étude met également en évidence l’importance d’une technique chirurgicale minutieuse, en particulier chez les patients atteints d’ostéoporose et de diabète, pour minimiser les complications.
Les constatations radiographiques indiquent que la prothèse INBONE-II corrige efficacement les déformations du plan coronal, même chez les patients présentant un mauvais alignement préopératoire en varus ou en valgus. Ceci est cohérent avec la conception biomécanique de la prothèse INBONE-II, qui offre une stabilité accrue dans le plan coronal.
Limitations
L’étude présente certaines limites, notamment le temps de suivi relativement court et le manque de données radiographiques à long terme pour certains patients. De plus, l’étude n’a pas évalué l’impact de l’alignement antéropostérieur de la prothèse talienne par rapport au tibia sur les résultats cliniques, ce qui pourrait être un domaine de recherche future.
Conclusion
Le TAR utilisant la prothèse INBONE-II est une option de traitement viable pour l’arthrite de cheville en phase terminale, offrant des améliorations significatives de la douleur, de la fonction et de l’alignement radiographique. Le faible taux de complications et le taux de survie élevé de la prothèse en font un choix fiable pour les patients atteints d’OA de cheville en phase terminale. D’autres études avec des périodes de suivi plus longues sont nécessaires pour évaluer les résultats à long terme de cette prothèse.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002192