Relation entre les taux sériques de vitamine D et les complications microvasculaires diabétiques chez les patients atteints de diabète sucré de type 2
Le diabète sucré (DM) est un trouble métabolique chronique caractérisé par une hyperglycémie entraînant des complications à long terme touchant plusieurs organes. Parmi celles-ci, les complications microvasculaires telles que la rétinopathie diabétique (DR), la néphropathie diabétique (DN) et la neuropathie périphérique diabétique (DPN) sont particulièrement prévalentes chez les patients atteints de diabète de type 2 (T2DM). Ces complications altèrent significativement la qualité de vie et sont associées à une morbidité et une mortalité accrues. La vitamine D, un secostéroïde liposoluble, est impliquée dans divers processus physiologiques au-delà de son rôle classique dans le métabolisme du calcium et du phosphore. Elle influencerait l’inflammation, la réponse immunitaire, la résistance à l’insuline et la sécrétion insulinique. Des études récentes suggèrent un lien potentiel entre une carence en vitamine D et les complications microvasculaires diabétiques. Cependant, la plupart des recherches antérieures se sont concentrées sur des complications individuelles plutôt que sur l’ensemble des complications microvasculaires. Cette étude visait à explorer l’association entre les taux sériques de vitamine D et la prévalence/gravité de la DR, DN et DPN chez les patients T2DM.
Conception de l’étude et méthodologie
Cette étude transversale a inclus 815 patients T2DM hospitalisés dans le service d’endocrinologie-métabolisme d’un hôpital tertiaire à Shanghai (Chine) entre avril 2015 et novembre 2019. Le diagnostic de T2DM reposait sur les critères de l’American Diabetes Association (2012). Les patients atteints de diabète de type 1, de complications aiguës, de dysfonctions hépatiques/rénales, de pathologies parathyroïdiennes, de maladies cardiovasculaires/cérébrovasculaires sévères, de cancers, ou sous traitement affectant le métabolisme de la vitamine D ont été exclus.
Les données cliniques et biologiques comprenaient : âge, durée du diabète, indice de masse corporelle (IMC), pression artérielle, glycémie à jeun, hémoglobine glyquée (HbA1c), profils lipidiques, créatinine sérique, cystatine C et taux de 25-hydroxyvitamine D (25(OH)D). Le statut en vitamine D a été classé comme : carence (<10 ng/mL), insuffisance (10–20 ng/mL) ou suffisance (≥20 ng/mL).
Les complications microvasculaires ont été évaluées comme suit :
- DPN : présence d’au moins deux symptômes sensitifs, anomalies réflexes ou résultats anormaux aux tests de conduction nerveuse.
- DN : albuminurie moyenne ≥30 mg/24 h, classée en normo- (<30 mg/24 h), micro- (30–300 mg/24 h) ou macroalbuminurie (≥300 mg/24 h).
- DR : diagnostiquée par fondoscopie (rétinopathie non proliférative ou proliférative).
Résultats
Caractéristiques des patients
L’âge moyen était de 59,64 ans, avec une durée moyenne de diabète de 11,27 ans. Les patients avec complications microvasculaires (surtout DPN et DN) présentaient une durée de diabète, pression artérielle systolique, IMC, HbA1c, urée et cystatine C plus élevés que ceux sans complications. Les taux de 25(OH)D étaient significativement plus bas chez les patients avec DPN (14,61 ng/mL) ou DN (13,78 ng/mL) que chez ceux sans complications (16,23 ng/mL). Aucune différence significative n’a été observée pour la DR.
Association entre vitamine D et complications
La prévalence de DPN et DN augmentait avec la baisse des taux de vitamine D : 46,63 % (DPN) et 38,20 % (DN) dans le groupe carence, contre 31,80 % et 15,39 % dans le groupe suffisance. Aucun lien significatif n’a été trouvé avec la DR.
En analyse multivariée, la 25(OH)D était un facteur protecteur indépendant pour la DPN (odds ratio [OR] : 0,968, p = 0,004) et la DN (OR : 0,962, p = 0,006). Les autres facteurs de risque incluaient l’âge, l’HbA1c et la durée du diabète pour la DPN ; l’IMC, l’urée et la pression artérielle pour la DN.
Comorbidité DPN-DN et vitamine D
Les patients avec DPN et DN combinées présentaient les taux de 25(OH)D les plus bas. Dans le groupe carence, 20,22 % avaient les deux complications, une prévalence quatre fois supérieure au groupe suffisance. La prévalence de macroalbuminurie passait de 1,54 % (suffisance) à 15,73 % (carence).
Discussion
Cette étude révèle que la carence en vitamine D est indépendamment associée à un risque accru de DPN et DN, mais pas de DR, chez les patients T2DM. Les mécanismes potentiels incluent le rôle de la vitamine D dans la régulation du facteur de croissance nerveuse (DPN) et la réduction de l’albuminurie (DN). L’absence de lien avec la DR pourrait s’expliquer par des taux globalement bas de vitamine D dans la cohorte.
Limites
La nature transversale de l’étude ne permet pas d’établir de causalité. Des études prospectives et des essais contrôlés sont nécessaires pour évaluer l’impact d’une supplémentation en vitamine D.
Conclusion
Maintenir des taux suffisants de vitamine D pourrait réduire le risque et la gravité des complications microvasculaires diabétiques, particulièrement la DPN et la DN. Des recherches futures devraient explorer les bénéfices thérapeutiques potentiels de la supplémentation en vitamine D.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001364