Relation entre la dépression et les facteurs de style de vie chez les adultes chinois à l’aide d’un modèle d’équation d’estimation généralisée multi-niveaux
La dépression constitue un problème de santé mentale prévalent en Chine, avec une prévalence au cours de la vie de 6,8 % et une prévalence sur 12 mois de 3,6 %. Cette étude visait à explorer la relation entre la dépression et divers facteurs de style de vie chez des adultes chinois âgés de 18 ans et plus. Une enquête transversale à grande échelle a été menée dans la province du Yunnan, au sud-ouest de la Chine, en 2010. Un échantillonnage en grappes à deux étapes a permis de sélectionner deux villes, puis des communautés et villages aléatoires au sein de celles-ci. Les participants éligibles étaient âgés de 18 ans ou plus, sans antécédents de maladie chronique sévère ou de fièvre élevée dans les 15 jours précédents. Après consentement écrit, les participants ont complété l’enquête dans des centres d’examen physique temporaires. L’étude a été approuvée par le Comité d’éthique de l’Institut des sciences médicales fondamentales de l’Académie chinoise des sciences médicales. Sur 8151 participants ayant signé le consentement, 7985 ont terminé l’enquête (taux de complétion : 97,96 %).
Évaluation de la dépression
La santé mentale a été évaluée via l’Entretien Diagnostique International Composite sous forme abrégée pour la dépression majeure (CIDI-SF). Les participants ont répondu à sept questions sur leurs sentiments durant l’année précédente. Ceux ayant répondu « oui » à cinq questions ou plus ont été classés comme dépressifs.
Analyse statistique
Les analyses ont été réalisées avec SAS Enterprise Guide 9.4. Les données continues sont décrites par la moyenne et l’écart-type, les données catégorielles par des effectifs et pourcentages (test du χ²). Un modèle d’équation d’estimation généralisée (GEE) multi-niveaux a été utilisé pour examiner la relation entre la dépression et les facteurs de style de vie, en contrôlant l’effet de cluster géographique et les facteurs sociodémographiques. Les rapports de cotes (RC) et intervalles de confiance à 95 % (IC 95 %) ont été calculés.
Prévalence de la dépression
Parmi les 7985 participants, 269 présentaient cinq symptômes dépressifs ou plus (prévalence : 3,37 %). La prévalence était plus faible chez les hommes (2,80 %) que chez les femmes (3,73 %). Par groupe d’âge, elle était maximale chez les jeunes (18–34 ans : 4,74 %), minimale chez les adultes d’âge moyen (35–59 ans : 1,98 %) et intermédiaire chez les seniors (60–80 ans : 2,96 %). Des différences ethniques étaient observées : Yi (1,87 %), Han (3,85 %), autres ethnies (5,57 %). Le statut professionnel, marital et le niveau d’éducation influençaient également la prévalence. Les ouvriers présentaient une prévalence plus faible (2,60 %) que les employés de bureau (4,65 %). Les participants mariés avaient une prévalence inférieure (2,32 %) à celle des célibataires (5,43 %) ou des veufs/divorcés (2,97 %). La prévalence augmentait avec le niveau d’éducation : 1,96 % (primaire) contre 4,64 % (universitaire).
Facteurs de style de vie et dépression
Plusieurs facteurs de style de vie étaient associés à la dépression. Les fumeurs actuels avaient une prévalence plus faible (2,96 %) que les non-fumeurs (3,48 %), tandis que les consommateurs d’alcool actuels présentaient une prévalence plus élevée (3,77 % vs 3,28 %). Un sommeil court (<6 heures/jour ; 5,09 % vs 3,12 %) et de mauvaise qualité (4,61 % vs 1,23 %) augmentaient le risque. Le stress (13,28 % vs 2,31 %) et les événements de vie majeurs (7,01 % vs 2,12 %) étaient fortement associés à la dépression. Un régime alimentaire spécial (4,18 % vs 2,16 %), des horaires de repas irréguliers (5,96 % vs 2,87 %) et un état de sous-santé (4,22 % vs 0,06 %) augmentaient le risque. Les participants sans assurance médicale avaient une prévalence plus élevée (6,74 % vs 2,95 %).
Résultats du modèle GEE multi-niveaux
Après ajustement, les adultes d’âge moyen présentaient un risque réduit (RC = 0,872 ; IC 95 % : 0,835–0,912) par rapport aux jeunes. Les participants obèses (RC = 1,162 ; 1,004–1,346), les femmes (RC = 1,188 ; 1,104–1,279), les célibataires (RC = 1,317 ; 1,246–1,391), les consommateurs d’alcool (RC = 1,099 ; 1,036–1,165), les personnes dormant <6 heures (RC = 1,141 ; 1,106–1,178) ou ayant un mauvais sommeil (RC = 1,388 ; 1,213–1,587) présentaient un risque accru. Le stress (RC = 1,533 ; 1,357–1,732), les événements de vie (RC = 1,196 ; 1,110–1,289), une alimentation malsaine (RC = 1,176 ; 1,069–1,294), des repas irréguliers (RC = 1,363 ; 1,105–1,681) et l’état de sous-santé (RC = 4,251 ; 4,030–4,484) étaient également associés à un risque supérieur.
Discussion
Les résultats confirment l’impact des facteurs de style de vie sur la dépression. L’obésité, le sommeil inadéquat, le stress, les événements de vie et l’état de sous-santé émergent comme des déterminants majeurs. L’absence de lien significatif avec le tabagisme ou l’exercice physique contraste avec certaines études internationales, suggérant des spécificités culturelles ou méthodologiques. La consommation d’alcool comme facteur de risque rejoint les données existantes sur ses effets neuropsychiatriques.
Limites
Le caractère transversal de l’étude et l’autorapport des symptômes limitent l’inférence causale. Des études longitudinales intégrant des mesures objectives sont nécessaires.
Conclusion
Cette étude souligne l’importance des interventions visant les facteurs modifiables du style de vie (alimentation, sommeil, gestion du stress) dans la prévention de la dépression en Chine. La promotion de politiques de santé intégrant ces dimensions pourrait réduire le fardeau de la santé mentale.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002350