Relation dose-réponse entre l’activité physique et la stéatose hépatique non alcoolique : une étude de cohorte prospective
La stéatose hépatique non alcoolique (SHNA) est l’une des maladies hépatiques chroniques les plus répandues mondialement, engendrant un fardeau économique substantiel et dont la prévalence devrait augmenter dans le futur. Le dépistage massif par échographie chez les individus asymptomatiques n’étant pas rentable, des tests non invasifs comme l’indice de stéatose hépatique (FLI) et l’indice de stéatose hépatique (HSI) sont utilisés pour identifier la SHNA dans les études épidémiologiques.
L’activité physique (AP) est une modification du mode de vie clé pour traiter la SHNA, mais les preuves étiologiques provenant d’études de cohorte restent limitées. Cette étude prospective, menée à Taïwan (Chine), a évalué l’association entre l’AP de loisir et le risque de SHNA défini par le FLI et le HSI.
Méthodes
Les participants (n = 668 806) ont été recrutés parmi des individus suivis par l’institution MJ Health Management entre 1996 et 2010. Les critères d’exclusion incluaient une consommation d’alcool excessive, des antécédents hépatiques ou une SHNA basale. Les données démographiques, socioéconomiques et médicales ont été collectées via des questionnaires. L’AP a été quantifiée en équivalents métaboliques (MET) par heure/semaine, classée en cinq catégories : très faible (<3,75 MET-h), faible (3,75–7,49), modérée (7,50–16,49), élevée (16,50–25,49) et très élevée (≥25,50).
Le FLI (basé sur les triglycérides, l’IMC, la GGT et le tour de taille) et le HSI (basé sur l’ALT, l’AST, l’IMC et le diabète) ont identifié la SHNA, avec des seuils à 30 et 36, respectivement. Des modèles de Cox à covariables dépendantes du temps ont estimé les associations, ajustés pour l’âge, le sexe, l’éducation, l’alimentation, les comorbidités, etc.
Résultats
Dans la cohorte FLI (n = 121 607), l’incidence cumulative de SHNA était de 13,03 % sur un suivi médian de 3,50 ans. Après ajustement, les rapports de risque (HR) pour la SHNA diminuaient progressivement avec l’augmentation de l’AP :
- AP faible : HR = 0,91 (IC 95 % : 0,88–0,95)
- AP modérée : HR = 0,88 (0,84–0,91)
- AP élevée : HR = 0,79 (0,74–0,84)
- AP très élevée : HR = 0,71 (0,66–0,77)
Une augmentation de 5 MET-h/semaine réduisait le risque de 4 % (p < 0,001). La relation dose-réponse était similaire pour le HSI (réduction de 3 % par 5 MET-h/semaine).
Les sous-analyses chez les patients atteints du syndrome métabolique (SM) ont montré que les AP modérée à élevée réduisaient significativement le risque de SHNA (p d’interaction > 0,05).
Discussion
Cette étude met en évidence une association inverse dose-dépendante entre l’AP et le risque de SHNA, cohérente avec les données internationales. Par exemple, une étude coréenne a rapporté une réduction de 12 % du risque avec >5 séances d’exercice/semaine. Une méta-analyse a suggéré qu’une augmentation de 500 MET-min/semaine réduisait le risque de 18 %, un effet plus marqué probablement dû à des durées de suivi plus longues.
En conclusion, chaque augmentation de 5 MET-h/semaine (équivalente à 120 minutes d’activité légère ou 36 minutes d’activité vigoureuse) réduit le risque de SHNA de 3 à 4 %. Ces résultats plaident pour l’intégration de l’AP dans les stratégies de prévention, en particulier chez les patients à risque métabolique.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002532