Quantification du volume des plaques athérosclérotiques dans les artères coronaires par angiographie par tomodensitométrie chez des sujets diabétiques et non diabétiques

Quantification du volume des plaques athérosclérotiques dans les artères coronaires par angiographie par tomodensitométrie chez des sujets diabétiques et non diabétiques

Le diabète sucré (DS) est un facteur de risque cardiovasculaire bien établi, avec un risque d’événements cardiaques deux à trois fois plus élevé chez les individus diabétiques comparés aux non-diabétiques. Malgré cette association, les caractéristiques détaillées des plaques athérosclérotiques coronaires chez les patients diabétiques, notamment leur composition et leur quantification volumétrique, restent peu documentées. Cette étude exploite les avancées de l’angiographie par tomodensitométrie (CCTA) pour évaluer de manière exhaustive la prévalence, le volume et les sous-types de plaques coronaires dans une large cohorte de patients diabétiques et non diabétiques.

Conception de l’étude et population

L’étude a inclus 6 676 patients consécutifs orientés vers une CCTA entre octobre 2016 et novembre 2017. Après exclusion des patients avec données cliniques incomplètes (n=212), images coronaires non diagnostiques (n=45) ou syndrome coronarien aigu (n=38), la cohorte finale comprenait 6 381 patients. Parmi eux, 931 (14,59 %) répondaient aux critères de diagnostic du DS selon l’American Diabetes Association, tandis que 5 450 (85,41 %) formaient le groupe témoin. Les caractéristiques basales montraient une prévalence plus élevée de facteurs de risque cardiovasculaires traditionnels chez les diabétiques : hypertension (58,97 % vs 48,42 %), dyslipidémie (62,30 % vs 38,04 %), tabagisme (37,92 % vs 31,61 %) et indice de masse corporelle (IMC) plus élevé (26,31 vs 25,45 kg/m²). L’âge et le sexe différaient également, les diabétiques étant plus âgés (57,5 vs 55,0 ans) et plus souvent masculins (59,72 % vs 51,28 %).

Protocole d’imagerie et analyse des plaques

Tous les participants ont bénéficié d’un scanner non injecté pour évaluer le score calcique coronarien (CAC), suivi d’une CCTA prospective synchronisée à l’électrocardiogramme (ECG). Les paramètres d’acquisition incluaient une largeur de détecteur de 0,6 mm, un temps de rotation de 280 ms et un champ de reconstruction de 200 à 250 mm. Un injecteur biphasique a administré le produit de contraste. L’analyse des plaques a été réalisée sur une station de travail dédiée (ADW4.6, GE Healthcare) par deux radiologues.

Les plaques ont été classées et quantifiées selon les seuils d’unités Hounsfield (UH) :

  • Plaques calcifiées : >130 UH, définies comme des régions d’au moins trois pixels contigus.
  • Plaques non calcifiées : subdivisées en plaques lipidiques (faible UH) et plaques fibreuses (UH intermédiaires).
    Le volume total des plaques correspondait à la somme de tous les sous-types. L’arbre coronarien a été segmenté selon la classification modifiée de l’American Heart Association.

Prévalence et volume des plaques coronaires

Des plaques coronaires ont été identifiées chez 35,25 % de la cohorte (2 249/6 381). Les diabétiques présentaient une prévalence significativement plus élevée que les non-diabétiques (48,34 % vs 33,01 %, χ²=81,84, P<0,001), toutes sous-catégories confondues :

  • Plaques lipidiques : 47,37 % (DM) vs 32,22 % (non-DM).
  • Plaques fibreuses : 48,23 % vs 33,00 %.
  • Plaques calcifiées : 37,92 % vs 24,97 %.

Une régression logistique multivariée a confirmé le DS comme prédicteur indépendant de présence de plaques (OR ajusté=1,465, IC 95 % : 1,258–1,706, P<0,001), après ajustement pour l’âge, le sexe, l’hypertension, la dyslipidémie et le tabagisme.

L’analyse volumétrique a révélé des différences marquées entre les groupes. Les volumes médians des plaques étaient supérieurs chez les diabétiques :

  • Lipidiques : intervalle interquartile (IIQ)=25,2 mm³ (DM) vs 6,3 mm³ (non-DM), P<0,001.
  • Fibreuses : IIQ=171,7 mm³ vs 73,0 mm³, P<0,001.
  • Calcifiées : IIQ=5,3 mm³ vs 0,1 mm³, P<0,001.
    Le volume total des plaques était également plus élevé chez les diabétiques (IIQ=222,2 mm³ vs 91,8 mm³, P<0,001).

Implications cliniques et hypothèses physiopathologiques

Ces résultats soulignent le fardeau athérosclérotique accéléré chez les diabétiques, caractérisé par une prévalence et un volume plus importants de plaques, notamment non calcifiées (lipidiques et fibreuses). Ces plaques, considérées comme plus vulnérables, pourraient expliquer le risque accru de syndromes coronariens aigus dans cette population.

L’étude corrobore des données antérieures suggérant que le DS favorise une athérosclérose diffuse, en particulier dans les segments artériels distaux. Le volume accru de plaques calcifiées pourrait refléter un stade avancé de la maladie, où l’inflammation chronique et la dysrégulation métabolique induisent la calcification.

Limites et perspectives

Les limites incluent le design transversal excluant les inférences causales, l’absence de tests d’hyperglycémie provoquée chez les non-diabétiques, et le manque de données sur la durée du DS ou le contrôle glycémique.

Les études futures devraient intégrer des évaluations longitudinales et des biomarqueurs de variabilité glycémique pour clarifier les liens entre dysfonction métabolique et morphologie des plaques.

Conclusion

Cette étude à grande échelle démontre que les patients diabétiques présentent un fardeau athérosclérotique coronarien significativement plus important, incluant des sous-types de plaques à risque élevé. La CCTA s’impose comme un outil non invasif essentiel pour stratifier le risque et guider les interventions thérapeutiques dans cette population.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000000733

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