Qualité du sommeil des aidants conjugaux associée aux symptômes neuropsychiatriques et aux capacités fonctionnelles des patients atteints de la maladie d’Alzheimer
La maladie d’Alzheimer (MA) est le trouble neurodégénératif le plus fréquent, représentant la majorité des cas de démence. Sa prévalence mondiale augmente, posant un défi croissant pour les personnes âgées et leurs familles. Sept patients sur dix atteints de MA reçoivent des soins informels à domicile, dépendant de membres de la famille cohabitants, en particulier des conjoints. Cependant, des différences culturelles existent dans les impacts de la maladie. Par exemple, les aidants chinois de patients déments présentent des scores plus élevés de dépression et de fardeau comparés aux aidants des sociétés occidentales. La MA affecte non seulement les patients, mais aussi leurs aidants, surtout les conjoints, qui passent plus de la moitié de leur temps avec eux. Avec la progression de la MA, les patients deviennent plus dépendants, augmentant le fardeau des aidants, caractérisé par des problèmes physiques, psychologiques, émotionnels, sociaux et financiers. Les troubles du sommeil sont fréquemment rapportés chez les aidants, avec des conséquences sur leur santé.
Environ un tiers des patients atteints de MA se plaignent de troubles du sommeil, tandis que deux tiers des aidants en souffrent. Cependant, peu d’études ont exploré les caractéristiques des troubles du sommeil chez les aidants conjugaux ou leur lien avec les symptômes neuropsychiatriques des patients. Cette étude examine ces aspects et explore si les capacités fonctionnelles et les symptômes psychiatriques des patients influencent la qualité du sommeil des aidants.
Méthodes
Nous avons recruté 98 patients diagnostiqués avec une MA probable et leurs aidants conjugaux, ainsi que 75 témoins non aidants appariés par âge, sexe et éducation. L’étude a été menée à la Clinique de la Mémoire du Premier Hôpital Affilié de l’Université du Zhejiang (Chine). Les participants ont complété des échelles neuropsychologiques (MMSE, HAMD, HAMA, NPI, ADL, PSQI). Les critères d’inclusion pour les patients incluaient un diagnostic conforme aux critères NINCDS-ADRDA, un déclin cognitif et fonctionnel sur plus de 2 ans, et l’exclusion d’autres démences. Les aidants devaient être le principal soutien depuis au moins 6 mois, sans antécédents de troubles du sommeil ou psychiatriques préexistants.
Résultats
Les aidants présentaient une qualité de sommeil significativement altérée (PSQI : 11,0 ± 2,1 vs 7,1 ± 2,7 chez les témoins ; p < 0,01), ainsi que des scores plus élevés d’anxiété (HAMA : 18,9 ± 3,2 vs 8,5 ± 3,9) et de dépression (HAMD : 16,1 ± 3,9 vs 6,5 ± 4,3). Les patients atteints de MA avaient également des scores PSQI plus élevés que leurs aidants (15,0 ± 4,1 vs 11,0 ± 2,1 ; p < 0,01). Une corrélation positive a été observée entre les scores NPI des patients et les scores PSQI (r = 0,95 ; p < 0,01), HAMA (r = 0,54) et HAMD (r = 0,47) des aidants. Les scores ADL des patients étaient également corrélés aux scores PSQI des aidants (r = 0,61 ; p < 0,01), indiquant qu’une détérioration fonctionnelle des patients aggrave le sommeil des aidants.
Discussion
Cette étude confirme que les aidants conjugaux présentent des troubles du sommeil plus sévères que les témoins, en lien avec les symptômes neuropsychiatriques et la perte d’autonomie des patients. Les réveils nocturnes fréquents chez les patients, associés à des troubles psychocomportementaux, perturbent le sommeil des aidants. Par ailleurs, la dépression et l’anxiété des aidants aggravent ces troubles, créant un cercle vicieux. Ces résultats concordent avec des études antérieures soulignant l’impact du fardeau psychosocial sur le sommeil. Cependant, notre approche ciblant spécifiquement les aidants conjugaux et les facteurs liés aux patients apporte une perspective novatrice.
Limites
L’échantillon limité à des couples hétérosexuels et la taille réduite restreignent la généralisation des résultats. Une absence de données longitudinales empêche d’évaluer l’évolution des troubles.
Conclusion
Les troubles du sommeil des aidants conjugaux sont étroitement liés à l’état neuropsychiatrique et fonctionnel des patients. Face à l’augmentation des cas de MA, des interventions ciblant à la fois les patients (amélioration des symptômes) et les aidants (soutien psychologique, gestion du sommeil) sont essentielles. Des programmes de soutien professionnel et des stratégies comportementales pourraient atténuer ce fardeau, améliorant la qualité de vie des deux parties.
Conflits d’intérêts
Aucun déclaré.
Financement
Cette étude a été soutenue par le Premier Hôpital Affilié de l’Université du Zhejiang.
Référence
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000273