Profil d’expression des ARN circulaires dans le tissu adipeux épicardique lors de l’insuffisance cardiaque
Les ARN circulaires (circARN) constituent une classe émergente d’ARN non codants caractérisés par leur structure en boucle fermée covalente, les distinguant des ARN linéaires. Ces molécules suscitent un intérêt croissant en raison de leurs rôles dans la régulation génique et leur implication dans divers processus physiologiques et pathologiques. Bien que des études récentes aient exploré les profils d’expression des circARN dans différents tissus, leurs patrons d’expression dans le tissu adipeux épicardique (TAE) humain restent mal définis. Cette étude visait à comparer les profils d’expression des circARN dans le TAE entre des patients atteints d’insuffisance cardiaque (IC) et des témoins, éclairant ainsi leurs rôles potentiels dans la pathogenèse de l’IC.
Le TAE, un tissu adipeux viscéral entourant le cœur, joue un rôle crucial dans la santé cardiovasculaire. Il sécrète diverses molécules bioactives (adipokines, cytokines, microvésicules porteuses de protéines, lipides et ARN) exerçant des effets vasocrines et paracrines sur le myocarde. Compte tenu de la corrélation établie entre le TAE et l’IC, indépendamment du statut métabolique ou de la présence d’une coronaropathie, l’élucidation des mécanismes moléculaires sous-jacents est essentielle. Notre étude cherche à combiner cette lacune en analysant les circARN dans le TAE de patients coronariens avec ou sans IC.
Dix patients coronariens bénéficiant d’un pontage aorto-coronarien ont été inclus (groupe IC : n=5 ; groupe témoin : n=5). L’IC a été définie par un taux de peptide natriurétique cérébral (BNP) >500 ng/L et des anomalies échocardiographiques (diamètre télédiastolique du ventricule gauche augmenté, fraction d’éjection réduite). Le séquençage des ARN a été réalisé sur des échantillons de TAE après déplétion ribosomique, suivi d’une validation par qRT-PCR.
Le séquençage a identifié 2 278 circARN dans le TAE. Leur longueur médiane était inférieure à 2 000 nucléotides, avec une moyenne de trois exons par circARN. Seuls 9,3 % des circARN étaient mono-exoniques, contre 2,8 % comportant au moins dix exons (exemple : hsa_circ_0087255, 21 exons). La majorité (90,0 %) présentait une faible expression (<10 lectures), tandis que 0,5 % montraient une expression élevée (>50 lectures), correspondant à des gènes tels que GSE1, RHOBTB3 ou HIPK3.
L’analyse de regroupement hiérarchique a révélé des différences significatives entre les groupes IC et témoins : 1 240 circARN étaient différentiellement exprimés (561 surexprimés et 679 sous-exprimés dans l’IC). Parmi eux, 141 circARN présentaient un changement d’expression supérieur à 2 fois (P < 0,05), notamment hsa_circ_0005565 (surexprimé 27,4 fois dans l'IC), validé par qRT-PCR (P = 0,008). Ce circARN émerge comme un biomarqueur candidat de l’IC.
Les analyses fonctionnelles (ontologie génique et voies KEGG) ont associé ces circARN à la régulation métabolique, la résistance à l’insuline, l’inflammation et la fibrose – mécanismes clés de l’IC. Onze circARN hautement exprimés dans le TAE (ex. hsa_circ_0000722, hsa_circ_0007444) ont été identifiés, liés à la prolifération cellulaire et à la réponse inflammatoire.
Ces résultats s’inscrivent dans un corpus croissant sur les circARN en cardiologie. Bien que leur expression ait été décrite dans divers tissus cardiovasculaires (myocytes, cellules endothéliales), leur profil dans le TAE humain restait inexploré. Or, le TAE, dont l’épaisseur corrèle avec la masse ventriculaire gauche et la fibrose, agit via des médiateurs inflammatoires et métaboliques favorisant l’IC. En modulant l’homéostasie cardiaque, les circARN du TAE pourraient représenter de nouvelles cibles thérapeutiques.
En conclusion, cette étude offre la première cartographie des circARN du TAE humain dans l’IC, identifiant des acteurs moléculaires impliqués dans les voies métaboliques et inflammatoires. Ces découvertes ouvrent des perspectives pour le diagnostic et le traitement de l’IC, tout en soulignant le rôle central du TAE en pathologie cardiovasculaire.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001056