Prévalence et facteurs de risque de la dermatite atopique chez les adultes chinois : une étude transversale nationale basée sur la population
La dermatite atopique (DA), également appelée eczéma atopique, eczéma endogène ou neurodermatite, est une maladie cutanée inflammatoire chronique touchant tous les groupes d’âge, y compris les enfants, les adolescents et les adultes. Elle se caractérise par des démangeaisons sévères et est souvent associée à d’autres affections atopiques telles que la rhinite allergique, l’asthme et la conjonctivite allergique. La DA impacte significativement la qualité de vie des patients, ce qui en fait un enjeu majeur de santé publique. Bien que la prévalence de la DA chez les enfants chinois soit documentée, les études à grande échelle chez les adultes restent rares. Cette étude vise à combler cette lacune en investiguant la prévalence et les facteurs de risque de la DA dans la population adulte chinoise.
Méthodes
L’étude s’est déroulée de juillet à décembre 2017 dans 35 villes réparties sur 31 provinces en Chine. Un échantillon pré-estimé à 35 000 participants a été ajusté selon la répartition géographique du recensement national de 2010. La méthode d’échantillonnage en grappes a été utilisée, avec sélection aléatoire de deux à trois communautés par ville pour des examens dermatologiques et des questionnaires. Les résidents adultes sans maladies graves ou troubles cognitifs, linguistiques ou mentaux ont été inclus. Les investigateurs, dermatologues formés issus de l’Hôpital populaire de l’Université de Pékin et d’hôpitaux universitaires locaux, ont réalisé les diagnostics cliniques.
La DA a été diagnostiquée sur la base de manifestations cliniques (présence d’eczéma, neurodermatite ou DA). La prévalence sur 12 mois correspondait à la présence de symptômes dans l’année précédente, tandis que la prévalence ponctuelle était évaluée lors de l’examen. Le statut tabagique a été classé en fumeurs actuels, anciens fumeurs et non-fumeurs. La sévérité de la DA a été mesurée via l’indice SCORAD. Les prévalences standardisées selon l’âge et le sexe ont été calculées en référence à la population chinoise de 2010.
Les données ont été analysées avec SPSS 22.0. Les variables quantitatives sont exprimées en moyennes (écarts-types) et les variables qualitatives en nombres (pourcentages). Les différences entre groupes ont été testées par le test t de Student ou le chi². Des modèles de régression logistique ajustés sur l’âge et le sexe ont identifié les facteurs de risque, avec des odds ratios (OR) bruts et ajustés calculés (seuil de significativité : p < 0,05).
Résultats
Sur 44 875 questionnaires distribués, 36 700 (taux de réponse : 90,41 %) ont été retenus. L’échantillon comprenait 15 853 hommes (43,20 %) et 20 847 femmes (56,80 %), âgés de 18 à 99 ans (moyenne : 35,58 ± 15,65 ans).
La prévalence sur 12 mois de la DA était de 6,00 % (IC95% : 5,76–6,24), standardisée à 6,13 %. Les femmes présentaient une prévalence plus élevée que les hommes (6,38 % vs 5,50 % ; p < 0,001). Les prévalences urbaine (6,31 %) et rurale (2,58 %) différaient significativement (p < 0,001). La prévalence ponctuelle était de 2,17 % (IC95% : 2,02–2,32), sans différence entre sexes.
Les sites lésionnels les plus fréquents étaient les mains (24,28 %), les jambes (21,51 %) et le cou (21,38 %). Selon le SCORAD, 73,33 % des cas étaient légers, 24,78 % modérés et 1,89 % sévères. Parmi les patients, 66,08 % ont déclaré un début de DA après 18 ans. Des allergies alimentaires et médicamenteuses ont été rapportées chez 10,54 % et 9,99 % des patients, respectivement. Une hyperréactivité aux piqûres d’insectes (20,48 %), une rhinite allergique (20,71 %) et des antécédents familiaux d’atopie (31,29 % en première génération) ont également été observés.
Les facteurs de risque significatifs incluaient le sexe féminin, l’âge ≥60 ans, la résidence urbaine, le tabagisme, les comorbidités atopiques et les antécédents familiaux (OR ajustés : 1,15 à 4,67). Parmi les patients, 65,67 % ont consulté un dermatologue et 40,42 % ont eu recours à l’automédication. Les traitements topiques (corticostéroïdes : 64,85 %) étaient majoritaires, tandis que 12,53 % utilisaient la médecine traditionnelle chinoise (MTC).
Discussion
Cette étude révèle une prévalence substantielle de la DA chez les adultes chinois, avec un poids important lié aux facteurs de risque modifiables (tabagisme, environnement urbain) et non modifiables (atopie familiale). La proportion élevée de DA à début tardif et l’utilisation fréquente de MTC soulignent les spécificités épidémiologiques et thérapeutiques dans cette population.
Les limites incluent le design transversal (absence de lien causal), la répartition déséquilibrée de l’échantillon et le nombre restreint de comorbidités étudiées. Des études longitudinales futures devraient affiner ces résultats.
Conclusion
Cette étude nationale fournit des données essentielles sur la DA chez les adultes chinois, soulignant la nécessité de stratégies préventives et thérapeutiques adaptées, notamment en milieu urbain. L’intégration de la MTC dans les parcours de soins mérite une attention particulière.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002560