Pratique de la reperfusion chez les patients atteints de STEMI en Chine

Pratique de la reperfusion chez les patients atteints d’infarctus du myocarde avec élévation du segment ST en Chine : résultats du projet Improving Care for Cardiovascular Disease in China–Acute Coronary Syndrome

Les maladies cardiaques ischémiques (MCI) restent l’une des principales causes de mortalité en Chine, l’infarctus du myocarde avec élévation du segment ST (STEMI) en étant la manifestation aiguë la plus sévère. La reperfusion précoce est un pilier de la prise en charge du STEMI, en particulier pour les patients admis dans les 12 heures suivant l’apparition des symptômes. Malgré son importance cruciale, la pratique de la reperfusion en Chine reste sous-optimale par rapport aux pays occidentaux. Cette étude, menée dans le cadre du projet Improving Care for Cardiovascular Disease in China–Acute Coronary Syndrome (CCC-ACS), fournit une analyse approfondie des pratiques de reperfusion chez les patients hospitalisés pour STEMI en Chine entre novembre 2014 et décembre 2019.

Le projet CCC-ACS, une initiative collaborative entre l’American Heart Association et la Société chinoise de cardiologie, a inclus 159 hôpitaux tertiaires répartis dans 30 provinces chinoises. Au total, 59 447 patients atteints de STEMI ont été inclus dans l’analyse après exclusion de ceux dont les données sur les thérapies de reperfusion étaient manquantes. L’étude visait à explorer les schémas de reperfusion, identifier les facteurs associés et évaluer l’impact des différentes stratégies de reperfusion sur les résultats hospitaliers.

La reperfusion a été administrée à 63,1 % des patients, l’intervention coronarienne percutanée (ICP) primaire étant la méthode la plus fréquente (55,4 %), suivie de la fibrinolyse (7,7 %). Le taux de reperfusion variait significativement selon les régions géographiques, allant de 48,0 % à 73,5 %. La Chine centrale affichait le taux de reperfusion le plus bas, avec plus de la moitié des patients ne recevant aucune reperfusion en temps opportun. Le taux global de reperfusion est passé de 60,0 % en 2014 à 69,7 % en 2019, principalement en raison d’une augmentation de l’ICP primaire dans les 12 heures suivant l’apparition des symptômes.

L’étude a révélé que les patients n’ayant pas bénéficié de reperfusion étaient généralement plus âgés, plus souvent des femmes et présentaient un fardeau de comorbidités plus élevé que ceux ayant reçu une reperfusion. Les patients ayant subi une ICP primaire étaient plus susceptibles d’être couverts par une assurance urbaine et avaient un fardeau de maladie plus faible, tandis que ceux ayant reçu une fibrinolyse étaient plus souvent transférés d’autres établissements et couverts par une assurance rurale.

Les caractéristiques procédurales de l’ICP primaire ont également été analysées. Parmi les 32 929 patients ayant subi une ICP primaire, 85,9 % ont reçu l’intervention dans les 12 heures suivant l’apparition des symptômes, tandis que 14,1 % l’ont reçue entre 12 et 24 heures. L’accès radial était l’approche prédominante (92,7 %), et l’aspiration du thrombus a été réalisée dans 24,6 % des cas. L’implantation de stents a été effectuée chez 90,0 % des patients, les stents à élution de médicament (DES) étant utilisés dans 98,8 % de ces cas. Cependant, des retards dans le délai porte-balloon ont été observés, avec seulement 72,8 % des patients du groupe ICP primaire <12 heures et 50,8 % du groupe ICP primaire 12 à 24 heures respectant le délai recommandé de ≤90 minutes.

Plusieurs facteurs associés à l’utilisation de la reperfusion ont été identifiés. L’âge avancé, le sexe féminin, l’assurance rurale, les antécédents de maladie coronarienne, l’insuffisance rénale, les maladies cérébrovasculaires, l’insuffisance cardiaque à l’admission, une pression artérielle systolique plus élevée et un délai symptômes-admission plus long étaient tous associés à une probabilité réduite de recevoir une reperfusion. Les facteurs hospitaliers, tels que le niveau de développement économique de la région, jouaient également un rôle significatif. Les hôpitaux situés dans des régions à développement économique moyen et élevé avaient des probabilités significativement plus élevées de fournir une reperfusion par rapport à ceux des régions à faible développement économique.

L’impact des différentes stratégies de reperfusion sur les événements cardiovasculaires indésirables majeurs (ECIM) en milieu hospitalier a été évalué. Par rapport à l’absence de reperfusion, toutes les stratégies de reperfusion étaient associées à un risque réduit d’ECIM dans l’analyse univariée. Après ajustement pour divers facteurs, l’ICP en temps opportun était significativement associée à une réduction du risque d’ECIM. Les rapports de risque ajustés (HR) étaient de 0,64 (intervalle de confiance [IC] à 95 % : 0,54–0,76) pour l’ICP primaire <12 heures, de 0,53 (IC à 95 % : 0,37–0,74) pour l’ICP primaire 12 à 24 heures et de 0,46 (IC à 95 % : 0,25–0,82) pour la stratégie pharmaco-invasive. La fibrinolyse seule n’a pas montré de réduction significative du risque d’ECIM (HR : 0,79 ; IC à 95 % : 0,54–1,15).

Les résultats de cette étude soulignent la nécessité d’initiatives nationales d’amélioration de la qualité pour augmenter le taux de reperfusion et réduire les disparités en Chine. Le faible taux global de reperfusion, les variations régionales significatives et la sous-utilisation des stratégies recommandées par les lignes directrices, en particulier l’approche pharmaco-invasive, appellent à des interventions ciblées. Les efforts devraient se concentrer sur l’amélioration de l’accès à une reperfusion en temps opportun, en particulier pour les patients âgés, les femmes, les patients ruraux et ceux présentant un fardeau élevé de comorbidités. De plus, des politiques visant à renforcer les infrastructures de santé et l’allocation des ressources dans les régions sous-développées sont cruciales pour réduire les disparités géographiques et économiques dans la pratique de la reperfusion.

En conclusion, cette étude fournit des informations précieuses sur l’état actuel de la reperfusion chez les patients atteints de STEMI en Chine. Les résultats soulignent l’importance de renforcer l’utilisation de la reperfusion précoce, en particulier l’ICP primaire et la stratégie pharmaco-invasive, et de mettre en œuvre des politiques ciblées pour améliorer la qualité globale des soins pour les patients atteints de STEMI à travers le pays.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002257

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