Poursuite, Réduction ou Arrêt du Tofacitinib chez les Patients Atteints de Polyarthrite Rhumatoïde avec Contrôle Prolongé de la Maladie : un Essai Contrôlé Randomisé Multicentrique et Ouvert
La polyarthrite rhumatoïde (PR) est une maladie auto-immune systémique chronique caractérisée par une synovite et une destruction progressive des os et du cartilage articulaires, entraînant un handicap et une altération de la qualité de vie. L’objectif principal du traitement de la PR est d’atteindre une rémission clinique ou au moins de maintenir une faible activité de la maladie (FAM) pour prévenir les destructions articulaires sévères. Le tofacitinib, un inhibiteur sélectif des Janus kinases (JAK) 1 et 3, est un antirhumatismal synthétique ciblé (tsDMARD) efficace chez les patients ne répondant pas aux traitements conventionnels (csDMARDs). Cependant, en raison de son coût élevé et de ses effets indésirables potentiels, l’intérêt d’une réduction posologique ou d’un arrêt chez les patients avec contrôle prolongé de la maladie a été exploré.
Cette étude multicentrique, ouverte et randomisée, menée dans six centres à Shanghai (Chine), a comparé le maintien, la réduction ou l’arrêt du tofacitinib chez 122 patients atteints de PR en rémission ou FAM durable (DAS28 ≤3,2 depuis ≥3 mois sous tofacitinib 5 mg 2x/jour). Les patients ont été randomisés en trois groupes : poursuite du traitement (5 mg 2x/jour), réduction (5 mg 1x/jour) ou arrêt. Les critères d’évaluation principaux incluaient la proportion de patients maintenus en FAM (DAS28-VS ≤3,2) à 6 mois.
À 6 mois, la proportion de patients avec DAS28-VS <3,2 était significativement plus faible dans le groupe arrêt (20,5 %) vs réduction (64,3 %) et poursuite (95,1 %). La durée moyenne sans rechute était de 5,8 mois (poursuite), 4,7 mois (réduction) et 2,4 mois (arrêt). Les analyses de régression multivariée ont identifié l'arrêt du traitement et un nombre d'articulations gonflées initial comme facteurs de risque de rechute. La bithérapie avec méthotrexate ou corticoïdes n'a pas influencé les rechutes.
Concernant la tolérance, le taux d’effets indésirables était faible dans tous les groupes (principalement hyperlipidémie et infections respiratoires), avec un seul événement grave (cholécystite et pneumonie) dans le groupe poursuite. Aucun cas de tuberculose, cancer ou événement cardiovasculaire majeur n’a été rapporté.
Cette étude démontre que l’arrêt du tofacitinib entraîne une perte rapide d’efficacité, tandis que sa réduction à 5 mg/jour permet de maintenir un contrôle satisfaisant chez la plupart des patients. Ces résultats soulignent l’importance d’une inhibition continue de la voie JAK-STAT dans la PR et soutiennent la faisabilité de la réduction posologique pour diminuer les coûts et les risques à long terme. Les limites incluent l’absence d’évaluation radiographique et la durée limitée du suivi.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000002561