Pathogènes des infections pulmonaires inaugurales chez enfants MGC

Pathogènes des infections pulmonaires inaugurales chez 141 enfants atteints de maladie granulomateuse chronique

La maladie granulomateuse chronique (MGC) est un déficit immunitaire primaire héréditaire rare caractérisé par un dysfonctionnement phagocytaire, conduisant à des infections bactériennes et fongiques potentiellement mortelles et à la formation de granulomes. Les infections pulmonaires représentent la manifestation la plus fréquente et sévère, affectant environ 80 % des patients, et demeurent une cause majeure de morbidité et de mortalité. L’identification des pathogènes responsables des infections pulmonaires inaugurales est cruciale pour guider l’antibiothérapie empirique et améliorer le pronostic. Cette étude a analysé 141 enfants atteints de MGC présentant une infection pulmonaire inaugurale sur une période de 10 ans dans un centre chinois, fournissant des données exhaustives sur la distribution des pathogènes, les méthodes de détection, les caractéristiques cliniques et les résultats thérapeutiques.

Caractéristiques des patients et présentation clinique

La cohorte comprenait 141 enfants diagnostiqués avec une MGC, d’âge médian de 2,6 ans (extrêmes : 3 mois à 14 ans), dont 113 garçons (80,1 %) et 28 filles (19,9 %). Une consanguinité était rapportée dans 17,7 % (25/141) des cas, et 24,8 % (35/141) avaient des antécédents familiaux de MGC. Tous présentaient une infection pulmonaire symptomatique, la fièvre étant le symptôme le plus fréquent (97,9 %, 138/141), suivie de la toux (73,8 %, 104/141), de l’hypoxémie (44,0 %, 62/141) et de la cyanose (30,5 %, 43/141). Notamment, 61,7 % (87/141) présentaient des manifestations extrapulmonaires, principalement une septicémie (24,1 %, 34/141), une lymphadénite (17,0 %, 24/141) et une atteinte gastro-intestinale (16,3 %, 23/141).

La tomodensitométrie (TDM) thoracique a révélé des anomalies chez tous les patients. Les principales lésions incluaient des nodules pulmonaires (63,8 %, 90/141), des condensations (54,6 %, 77/141), des masses (51,8 %, 73/141) et une adénopathie médiastinale/hilaire (43,3 %, 61/141). Les masses et les épanchements étaient plus fréquents dans le groupe avec pathogène identifié (56,5 % vs 42,9 %, P = 0,024 ; 12,0 % vs 2,0 %, P = 0,030), tandis que les condensations étaient moins fréquentes (48,9 % vs 65,3 %, P = 0,047).

Distribution des pathogènes et méthodes de détection

Des pathogènes ont été identifiés chez 65,2 % (92/141) des patients, avec 94,6 % (87/92) d’infections monomicrobiennes et 5,4 % (5/92) de co-infections. Les Aspergillus spp. dominaient (40,2 %, 37/92), suivis de Burkholderia (13,0 %, 12/92) et Mycobacterium (12,0 %, 11/92). Parmi les Aspergillus, A. fumigatus représentait 81,1 % (30/37), contre 10,8 % (4/37) pour A. nidulans et 8,1 % (3/37) pour A. niger. Les Mycobacterium incluaient sept cas de maladie liée au BCG et quatre cas de tuberculose pulmonaire, reflétant le contexte épidémiologique chinois.

Les autres pathogènes étaient Streptococcus pneumoniae (6,5 %, 6/92), Haemophilus influenzae (6,5 %, 6/92), Candida albicans (5,4 %, 5/92), Staphylococcus spp. (4,3 %, 4/92), Serratia marcescens (3,3 %, 3/92) et Nocardia (3,3 %, 3/92). La prédominance d’Aspergillus corrobore les données internationales, mais la faible prévalence de Staphylococcus et Serratia contraste avec les cohortes occidentales.

Les méthodes de détection incluaient :

  1. Culture du liquide de lavage broncho-alvéolaire (LBA) : 69,6 % (64/92) des pathogènes.
  2. Culture des crachats : 7,6 % (7/92).
  3. Culture de biopsie pulmonaire : 6,5 % (6/92).
  4. Séquençage métagénomique nouvelle génération (mNGS) du LBA : 16,3 % (15/92), utile pour les pathogènes fastidieux.

Caractéristiques cliniques et biologiques par pathogène

  • Aspergillus : Associé à une invasion pariétale (29,7 %, 11/37) et à des nodules (73,0 %, 27/37). A. nidulans causait une érosion osseuse dans 75 % (3/4) des cas.
  • Burkholderia : Toux plus fréquente (91,7 % vs 61,1 % ; P = 0,009), épanchements pleuraux (33,3 % vs 5,4 % ; P = 0,002) et CRP élevée (62,3 mg/L vs 22,5 mg/L ; P = 0,001). Géographiquement associé aux régions côtières humides (83,3 %).
  • Mycobacterium : Adénopathies médiastinales/hilaires prédominantes (81,8 % vs 32,4 % ; P <0,001).

Les paramètres biologiques communs incluaient une leucocytose (médiane : 13,9 × 10⁹/L), une neutrophilie (7,7 × 10⁹/L) et une élévation des IgE (148,5 UI/mL). Aucune différence significative n’a été observée dans les sous-populations lymphocytaires entre les groupes.

Résultats thérapeutiques et mortalité

Tous les patients ont reçu une antibiothérapie adaptée. Les antifongiques (voriconazole, amphotéricine B) étaient utilisés pour l’aspergillose, avec une durée d’hospitalisation plus courte dans le groupe avec pathogène identifié (27,5 vs 30,0 jours ; P = 0,024). La mortalité globale était de 3,5 % (5/141), principalement liée à Aspergillus (3 cas) et Burkholderia cepacia (1 cas).

Implications cliniques

  1. Diagnostic précoce : Combiner culture du LBA et mNGS.
  2. Variations régionales : Couvrir Burkholderia dans les zones humides et surveiller les complications liées au BCG.
  3. Imagerie : Lésions pariétales (aspergillose) vs adénopathies (mycobactéries).
  4. Prophylaxie : Antifongiques au long cours et suivi fonctionnel respiratoire (VEMS/CVF médian : 80,2 %).

Cette étude souligne l’importance du diagnostic microbiologique pour optimiser la prise en charge des infections pulmonaires chez les patients atteints de MGC.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002857

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