Ostéotomie postérieure modifiée en coin avec fusion intersomatique pour le traitement de la cyphose thoracolombaire associée à des lésions d’Andersson dans la spondylarthrite ankylosante : une étude de suivi de 5 ans
La spondylarthrite ankylosante (SA) est une maladie inflammatoire chronique affectant principalement la colonne vertébrale, entraînant une rigidité progressive et une ostéoporose. Les lésions d’Andersson (LA), également appelées spondylodiscite, lésions vertébrales destructrices ou pseudarthrose vertébrale, constituent une complication sévère de la SA. Ces lésions provoquent des douleurs mécaniques, une déformation cyphotique et des déficits neurologiques, nécessitant une intervention chirurgicale. Cette étude évalue la sécurité, l’efficacité et la faisabilité d’une ostéotomie postérieure modifiée en coin avec fusion intersomatique pour traiter la cyphose thoracolombaire avec LA chez des patients atteints de SA.
Introduction
Les patients atteints de SA présentent un risque accru de fractures vertébrales dues à la rigidité progressive et à l’ostéoporose, survenant même après des traumatismes mineurs. La persistance de mouvements et les stimuli inflammatoires répétés au niveau du site fracturaire peuvent conduire à une pseudarthrose ou LA. La prévalence des LA dans la SA varie de 1,5 % à 28 %. Le diagnostic précoce est difficile en raison de symptômes similaires aux douleurs axiales de la SA, nécessitant une confirmation par tomodensitométrie (TDM) et imagerie par résonance magnétique (IRM). Une prise en charge tardive aggrave la déformation cyphotique et les déficits neurologiques, rendant les traitements conservateurs inappropriés. La correction chirurgicale reste l’option privilégiée pour restaurer l’équilibre sagittal.
Méthodes
Cette étude rétrospective inclut 23 patients (18 hommes, 5 femmes) d’âge moyen 44,8 ans (25–69 ans) opérés entre juin 2008 et janvier 2013. Tous présentaient une cyphose thoracolombaire avec LA et un suivi moyen de 61,4 mois (45–80 mois). Les paramètres sagittaux (cyphose thoracique [TK], cyphose thoracolombaire [TLK], lordose lombaire [LL], axe vertical sagittal [SVA]) ont été évalués par radiographie latérale en charge. La fusion osseuse a été analysée selon la classification de Bridwell. Les résultats cliniques ont utilisé l’échelle visuelle analogique (EVA) pour la douleur et le questionnaire ASQoL (Ankylosing Spondylitis Quality of Life). Les déficits neurologiques ont été classés selon l’échelle ASIA.
Technique chirurgicale
Le patient est positionné en décubitus ventral sur un cadre rachidien ajustable. Des vis pédiculaires sont insérées 2 à 3 niveaux au-dessus et en dessous de la lésion sous contrôle radiographique. L’ostéotomie postérieure modifiée inclut la résection du disque intervertébral atteint, du cartilage endplaque et d’un segment du corps vertébral postérieur. La fermeture de l’ostéotomie est réalisée par extension progressive du cadre rachidien avec compression des vis pédiculaires. La cavité antérieure est remplie par greffe osseuse autologue ou artificielle via une approche transforaminale, suivie d’une greffe postérolatérale. Les potentiels évoqués somatosensitifs et moteurs sont surveillés peropératoires. Les patients sont mobilisés après une semaine avec port d’un corset durant 3 mois.
Résultats
La durée opératoire moyenne était de 205,4 minutes (115–375 min) avec une perte sanguine moyenne de 488,5 mL (215–880 mL). Trois cas de brèche durale avec fuite de LCR ont été traités par greffe fasciale et drainage lombaire. Aucune complication neurologique, infectieuse ou mécanique n’a été observée.
Résultats cliniques
Amélioration significative des scores EVA (de 7,52 ± 1,31 à 1,70 ± 0,70 ; p < 0,001) et ASQoL (de 13,87 ± 1,89 à 7,22 ± 1,24 ; p < 0,001). Tous les déficits neurologiques se sont améliorés : 1 patient ASIA B → C ; 2 ASIA C → D ; 6 ASIA D → E.
Résultats radiologiques
Amélioration significative des paramètres sagittaux :
- TLK : 40,03 ± 17,61° → 13,86 ± 6,65° postopératoire → 28,45 ± 6,63° au dernier suivi (p < 0,001)
- TK : 52,30 ± 17,62° → 27,76 ± 6,50° → 28,45 ± 6,63° (p < 0,001)
- LL : -29,56 ± 9,73° → -20,58 ± 9,71° → -20,73 ± 10,27° (p < 0,001)
- SVA : 11,82 ± 4,55 cm → 5,12 ± 2,42 cm → 5,03 ± 2,29 cm (p < 0,001) Aucune perte de correction significative n’a été observée entre le postopératoire et le suivi final.
Discussion
Les LA se classent en trois types selon leur étiologie. La jonction thoracolombaire, zone de contraintes mécaniques accrues, est le site prédominant. Les techniques conventionnelles (ostéotomie de Smith-Petersen ou PSO) exposent à des risques de non-union et de complications neurovasculaires. L’ostéotomie modifiée décrite ici permet une résection plus large des éléments postérieurs, une correction cyphotique supérieure et une fusion solide grâce à un ancrage optimal sur l’os spongieux. Le comblement antérieur réduit les contraintes sur l’ostéosynthèse.
Comparée à la PSO traditionnelle, cette technique montre une réduction significative du saignement peropératoire (488,5 mL vs 1200–2000 mL) et de la durée opératoire. La fusion osseuse a été obtenue en 4,3 mois en moyenne sans complication mécanique, confirmant les données antérieures.
Conclusion
L’ostéotomie postérieure modifiée en coin avec fusion intersomatique constitue une option sûre et efficace pour corriger la cyphose thoracolombaire avec LA chez les patients SA. Cette technique permet une correction sagittale optimale, une fusion osseuse solide et un soulagement durable des douleurs, avec des risques opératoires réduits. L’analyse des caractéristiques lésionnelles reste essentielle pour guider le choix chirurgical.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000594