Niveaux d’ADN du VIH-1 dans les cellules mononucléées du sang périphérique des patients atteints de lymphome non hodgkinien lié au VIH

Niveaux d’ADN du VIH-1 dans les cellules mononucléées du sang périphérique des patients atteints de lymphome non hodgkinien lié au VIH

Les patients infectés par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) présentent un risque accru de développer un lymphome non hodgkinien (LNH), même sous traitement antirétroviral (ART). Cette susceptibilité est attribuée à une activation immunitaire chronique et à une exposition accrue aux oncovirus. Les mécanismes exacts du LNH lié au VIH (LNH-VIH) restent flous. Une hypothèse suggère que le VIH contribue directement à l’oncogenèse via des voies supplémentaires. Malgré l’ART, l’ADN du VIH persiste dans les cellules infectées, formant un réservoir latent. Le rôle de ce réservoir dans la pathogenèse du LNH-VIH n’est pas élucidé. Cette étude vise à explorer la relation entre les niveaux d’ADN du VIH-1 dans les cellules mononucléées du sang périphérique (PBMC), les cytokines inflammatoires plasmatiques et leur impact sur le développement et le pronostic du LNH-VIH.

Méthodes
L’étude, menée au Centre clinique de santé publique de Shanghai (1er mai 2016 – 30 novembre 2020), a inclus des patients divisés en quatre groupes selon leur statut ART et diagnostic de LNH :

  1. Patients naïfs d’ART avec LNH-VIH (TN-NHL).
  2. Patients naïfs d’ART sans LNH (TN-HIV).
  3. Patients sous ART avec LNH-VIH (TE-NHL), sous traitement ≥1 an, avec ARN-VIH indétectable (<40 copies/mL).
  4. Patients sous ART sans LNH (TE-HIV).

Les données cliniques incomplètes ou les échantillons manquants ont été exclus. Les approbations éthiques et consentements éclairés ont été obtenus.

Les paramètres mesurés incluaient les taux de lymphocytes CD4+ et CD8+ (cytométrie en flux), l’ARN-VIH plasmatique (PCR quantitative) et l’ADN du VIH-1 dans les PBMC (kit de détection fluorescent en temps réel, sensibilité : 10–5×10⁶ copies/10⁶ PBMC). Dix cytokines inflammatoires (IL-1b, IFN-a2, IFN-g, IL-8, IL-10, IL-12 p70, IL-17a, IL-18, IL-23, IL-33) ont été dosées par cytométrie multi-analyte.

Les analyses statistiques (SPSS 24.0) ont utilisé des tests t, Mann-Whitney, chi² ou exact de Fisher pour les comparaisons. Les corrélations (Spearman) et régressions linéaires ont relié l’ADN du VIH-1 aux cytokines. La survie a été analysée par Kaplan-Meier (test du log-rank). Un p <0,05 était significatif.

Résultats
Parmi 68 patients naïfs d’ART (39 TN-NHL, 29 TN-HIV), aucune différence significative n’a été observée en âge, sexe, taux de CD4+, CD8+ ou ARN-VIH. Chez 48 patients sous ART (21 TE-NHL, 27 TE-HIV), la durée d’ART était plus longue (p=0,009) et les CD8+ plus élevés (p=0,013) dans le groupe TE-HIV. Les principaux types histologiques de LNH-VIH étaient le lymphome B diffus à grandes cellules (DLBCL, 61,5 % TN-NHL ; 66,7 % TE-NHL) et le lymphome de Burkitt (BL).

Les taux médians d’ADN du VIH-1 étaient :

  • TN-NHL : 791,15 copies/10⁶ PBMC.
  • TN-HIV : 1132,65 copies/10⁶ PBMC.
  • TE-NHL : 228,18 copies/10⁶ PBMC.
  • TE-HIV : 353,49 copies/10⁶ PBMC.

Les patients sous ART avaient des taux d’ADN du VIH-1 inférieurs aux naïfs (p<0,001). Cependant, chez les patients sous ART, les TE-NHL présentaient des taux plus bas que les TE-HIV (p<0,001).

Les taux d’IL-18 étaient plus élevés chez les TE-NHL vs TE-HIV (p=0,014), avec une corrélation négative entre l’ADN du VIH-1 et l’IL-18 (r=-0,417, p=0,009). L’analyse de survie (46 patients traités) a montré qu’un taux bas d’IFN-g pré-chimiothérapie était associé à une meilleure survie (p=0,004).

Discussion
Chez les patients sous ART avec suppression virologique, des taux plus bas d’ADN du VIH-1 dans les PBMC pourraient favoriser le développement du LNH, suggérant un déséquilibre entre la latence virale et la régulation immunitaire. L’IL-18, marqueur d’activation immunitaire, semble impliquée dans l’oncogenèse. L’IFN-g pré-thérapeutique émerge comme marqueur pronostique.

Limites
La petite taille d’échantillon, l’absence de données longitudinales sur les cytokines et l’analyse univariée limitent la portée des résultats.

Conclusion
Cette étude souligne le rôle potentiel de l’ADN du VIH-1 et de l’activation immunitaire dans le LNH-VIH. La réduction de l’ADN viral sous ART pourrait paradoxalement favoriser la lymphomagenèse via des mécanismes inflammatoires. L’IL-18 et l’IFN-g offrent des pistes pour le diagnostic et le pronostic.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002897

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