Mutations de résistance aux antirétroviraux chez les patients VIH au Henan

Mutations de résistance aux antirétroviraux chez les personnes vivant avec le VIH en situation d’échec thérapeutique dans la province du Henan, Chine

L’émergence de mutations de résistance aux antirétroviraux (MRA) chez le virus de l’immunodéficience humaine de type 1 (VIH-1) compromet l’efficacité des traitements antirétroviraux (TAR). Dans la province du Henan, en Chine – où des pratiques historiques de collecte sanguine illicite ont contribué à une transmission précoce du VIH –, la compréhension de la prévalence et des profils des MRA chez les patients en échec thérapeutique s’avère cruciale pour optimiser la prise en charge clinique et les stratégies de santé publique. Cette étude analyse les profils génétiques de souches de VIH-1 issues de 921 patients en échec virologique (charge virale >200 copies/mL) à Zhengzhou, Henan, entre juin 2018 et avril 2022, fournissant des insights détaillés sur les tendances de résistance, les associations démographiques et les variations liées aux sous-types viraux.

Conception de l’étude et méthodologie

Des échantillons plasmatiques ont été recueillis chez des patients en échec de TAR, défini par une charge virale confirmée supérieure à 200 copies/mL. L’ARN viral a été extrait, puis les régions partielles du gène pol (protéase et transcriptase inverse) et complètes du gène de l’intégrase (INT) ont été amplifiées et séquencées. Les MRA ont été identifiées via la base de données Stanford HIV-1 Drug Resistance Database, classant les mutations par impact sur la sensibilité aux médicaments (résistance élevée, intermédiaire, faible ou potentiellement faible). Les sous-types de VIH-1 ont été déterminés via REGA HIV-1 Subtyping Tool, validés par une analyse phylogénétique (logiciel MEGA X, méthode du maximum de vraisemblance).

Les données démographiques et cliniques (âge, sexe, voie de transmission, taux de CD4+ initiaux, charge virale) ont été analysées. Les comparaisons statistiques ont utilisé des tests t pour échantillons indépendants, tests de Wilcoxon, tests du chi-carré et régression logistique (SPSS version 25.0), avec un seuil de significativité à P <0,05.

Caractéristiques démographiques et cliniques

La cohorte comprenait 921 participants d’âge médian 43 ans (intervalle interquartile [IIQ] : 30–53). Les hommes représentaient 73,9 % (681/921). Les principales voies de transmission incluaient la plasmaphérèse (32,5 %, 299/921), les contacts hétérosexuels (30,2 %, 278/921) et les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) (22,6 %, 208/921). Le taux médian de CD4+ initial (disponible pour 894 patients) était de 81,5 cellules/µL (IIQ : 23,0–207,3), et la charge virale initiale (858 patients) moyenne de 18 698,5 copies/mL (plage : 202,0–39 771 796,0).

Distribution des sous-types de VIH-1

L’analyse phylogénétique a révélé une diversité de sous-types. Le sous-type B prédominait (59,5 %, 548/921), suivi de CRF01_AE (23,7 %, 218/921), CRF07_BC (10,0 %, 92/921) et CRF55_01B (5,3 %, 49/921). Les sous-types rares incluaient CRF08_BC (1,0 %), C (0,3 %) et des cas isolés de CRF68_01B et G. Cette distribution reflète les dynamiques historiques de transmission en Chine.

Prévalence et profils de la résistance aux médicaments

Parmi les 921 patients, 81,2 % (748/921) présentaient au moins une MRA. Les taux de résistance variaient par classe thérapeutique :

  • Inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse (INTI) : 71,1 % (655/921). La mutation M184V/I (62,5 %, 576/921), induisant une résistance au lamivudine (3TC) et à l’emtricitabine (FTC), était la plus fréquente.
  • Inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse (INNTI) : 78,3 % (721/921). La mutation K103N/R (31,9 %, 294/921), affectant l’efavirenz (EFV) et la névirapine (NVP), prédominait.
  • Inhibiteurs de protéase (IP) : 5,2 % (48/921). I54V (3,8 %, 35/921) était la plus commune, bien que la plupart des résistances aux IP soient de faible niveau.
  • Inhibiteurs de l’intégrase (INSTI) : 3,1 % (23/751 séquencés). E157Q (3,3 %, 25/751) était fréquente, avec des résistances élevées rares au dolutégravir (DTG) ou au bictégravir (BIC).

La résistance aux schémas de première ligne était répandue : 63,4 % pour le 3TC, 78,0 % pour la NVP et 66,1 % pour l’EFV. Malgré M184V/I, des combinaisons comme DTG + 3TC restaient efficaces grâce à la barrière génétique élevée du DTG. La résistance aux IP et INSTI demeurait faible, confirmant leur utilité en thérapie de rattrapage.

Facteurs associés à la résistance

Sexe et âge : Les hommes avaient des taux de MRA plus élevés que les femmes (83,2 % vs 72,5 %, P <0,05). Les patients de 20–59 ans présentaient des taux constants (81–85 %), contre 68–74 % chez les ≥60 ans ou <20 ans.

Durée du TAR : Une courte durée de traitement corrélation avec une résistance accrue (92,5 % pour <1 an vs 79,2 % pour ≥5 ans, P >0,05).

Type de schéma : Les régimes à base d’INNTI montraient la résistance la plus élevée (87,7 %, 582/664), suivis des IP (63,8 %, 125/196) et INSTI (71,0 %, 22/31).

Influence du sous-type : CRF55_01B (91,8 %, 45/49) et CRF01_AE (89,4 %, 195/218) avaient les taux de résistance les plus élevés, contre 71,7 % (66/92) pour CRF07_BC et 79,2 % (434/548) pour le sous-type B (P <0,05).

Échec virologique sans MRA détectable

Environ 18,8 % (173/921) des patients présentaient un échec virologique sans MRA détectable, probablement lié à une observance sous-optimale plutôt qu’à une résistance. Une observance intermittente pourrait expliquer la réplication virale sans sélection de mutations.

Implications en santé publique et cliniques

La prévalence élevée de MRA au Henan (81,2 %) dépasse les estimations nationales (52–57 %), reflétant une épidémiologie unique (transmission précoce par plasmaphérèse, exposition prolongée au TAR). La prédominance des résistances aux INNTI/INTI souligne la nécessité de schémas à barrière génétique élevée (ex. DTG), peu accessibles en Chine avant 2022.

L’amélioration de l’observance – via éducation des patients, simplification des schémas et accès aux nouveaux médicaments – est essentielle. Le génotypage de résistance doit guider les changements de traitement, surtout après échec de première ligne.

Limites et perspectives

La nature transversale de l’étude et l’utilisation de données historiques pourraient sous-estimer la résistance. Les échecs d’amplification (14,5 % pour pol ; 30,3 % pour INT) soulignent les défis techniques. Les études futures devraient corréler les taux médicamenteux avec les MRA et explorer les mécanismes de résistance liés aux sous-types.

Conclusion

Cette étude met en évidence un fardeau élevé de résistance au VIH-1 au Henan, particulièrement aux INTI et INNTI, influencé par la diversité des sous-types, l’historique thérapeutique et les défauts d’observance. Les résultats plaident en faveur d’un accès élargi aux INSTI et IP, d’un soutien renforcé à l’observance et d’un déploiement décentralisé des tests de résistance pour réduire les échecs thérapeutiques.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002881

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