Mortalité et années de vie perdues liées au cancer colorectal en Chine, 2005–2020

Mortalité et années de vie perdues liées au cancer colorectal en Chine, 2005–2020 : résultats du Système national de surveillance de la mortalité

Le cancer colorectal (CCR) représente un défi majeur de santé publique en Chine, étant la quatrième cause de décès par cancer. Une analyse exhaustive des tendances de mortalité et du fardeau de la mortalité prématurée liés au CCR entre 2005 et 2020, utilisant les données du Système national de surveillance de la mortalité (NMSS), révèle des insights critiques sur les disparités épidémiologiques, régionales et les facteurs sous-jacents. Cette étude souligne la nécessité d’interventions ciblées pour atténuer l’impact croissant du CCR.

Sources de données et cadre méthodologique

Les données proviennent du NMSS, géré par le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies (CDC), couvrant plus de 300 millions de personnes réparties sur 605 points de surveillance dans 31 divisions administratives provinciales (PLADs), représentant 24 % de la population chinoise. Les taux de sous-déclaration (URR) ont été estimés par des enquêtes de terrain (2006–2017) et extrapolés pour les années non couvertes (2005 et 2018) à l’aide de régressions par splines. Les taux de mortalité toutes causes ont été ajustés et harmonisés via des modèles log-linéaires et des régressions localisées.

La mortalité spécifique au CCR (codes CIM-10 : C18–C21.8) a été estimée en redistribuant les causes de décès non spécifiques. Les taux de mortalité standardisés selon l’âge (TMSA) ont été calculés en référence au recensement de 2010. Les années de vie perdues (AVP), mesurant la mortalité prématurée, ont été obtenues en multipliant les décès par l’espérance de vie standard à chaque âge.

Les tendances temporelles ont été évaluées via les taux de changement annuel (ARC) des AVP standardisées. Les contributions de la croissance démographique, du vieillissement et des changements de mortalité ont été décomposées selon la méthode démographique de Das Gupta.

Tendances nationales de la mortalité et du fardeau prématuré

Entre 2005 et 2020, les décès par CCR ont augmenté de 59,79 % (111 410 à 178 020). Cependant, le TMSA a diminué de 10,01 à 9,68 pour 100 000 habitants (-3,30 %), et le taux d’AVP standardisé a reculé de 10,20 %, reflétant une réduction des décès précoces.

Les hommes présentaient une mortalité systématiquement plus élevée que les femmes. En 2020, le TMSA masculin (11,78 pour 100 000) dépassait de 50 % celui des femmes (7,83). Les AVP standardisées étaient également supérieures chez les hommes (255,23 contre 173,21 pour 100 000).

Hétérogénéité provinciale de la mortalité

En 2020, les TMSA les plus élevés étaient observés au Fujian (15,50), au Zhejiang (14,07) et au Guangdong (13,05), contre 3,93 au Tibet. Treize provinces ont vu leur TMSA augmenter, avec une hausse maximale au Tibet (+56,30 %), tandis que le Hebei a enregistré la plus forte baisse (-37,90 %).

Les AVP variaient selon le niveau socioéconomique. À Shanghai, Pékin et Zhejiang, >70 % des AVP concernaient les ≥60 ans. Au Tibet, 40 % des AVP survenaient avant 40 ans, soulignant des facteurs régionaux complexes.

Profils de mortalité selon l’âge et le sexe

La mortalité augmentait avec l’âge, culminant chez les ≥80 ans (70,73 % des AVP nationales en 2020). Les hommes présentaient des taux supérieurs à tous les âges sauf chez les ≥80 ans.

Le fardeau prématuré a reculé chez les jeunes (ARC de -2,14 % pour les 0–29 ans) mais augmenté chez les ≥75 ans (+0,94 %), reflétant l’impact du vieillissement.

Facteurs explicatifs des changements de mortalité

Le vieillissement a contribué à 55,84 % de l’augmentation des décès, contre 8,48 % pour la croissance démographique. Les réductions de mortalité par âge ont atténué l’accroissement de 4,53 %. Les contributions provinciales variaient : le vieillissement expliquait >80 % des décès au Ningxia, Heilongjiang et Jilin, tandis que la croissance démographique prédominait à Pékin (44,24 %) et Shanghai (39,39 %).

Implications pour les politiques de prévention

Les recommandations incluent :

  1. Modifications comportementales : Promotion d’une alimentation riche en fibres et réduction de la viande rouge, de l’alcool et du tabac, notamment chez les hommes.
  2. Dépistage renforcé : Expansion des tests immunochimiques fécaux (FIT) et des coloscopies, avec un taux de participation actuel de 14 % en milieu urbain.
  3. Allocation ciblée des ressources : Priorisation des régions sous-équipées (Tibet, provinces de l’Ouest).
  4. Stratégies gériatriques : Adaptation des pratiques cliniques aux comorbidités des personnes âgées, responsables de >70 % des AVP.

Limites et perspectives

Les ajustements statistiques ont atténué les biais de sous-déclaration, mais les projections 2019–2020 pourraient sous-estimer les récentes évolutions. Des études intégrant les données d’incidence et de génomique sont nécessaires pour affiner les stratégies préventives.

En conclusion, cette étude met en lumière la nécessité d’interventions différenciées, adaptées aux disparités provinciales et démographiques, pour contrer l’impact croissant du CCR en Chine.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000001625

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