Modifications fonctionnelles du muscle ptérygoïdien latéral chez les patients atteints de troubles temporomandibulaires : une étude pilote de texture par imagerie par résonance magnétique
Les troubles temporomandibulaires (TTM) constituent un syndrome clinique courant caractérisé par des douleurs au niveau de l’articulation temporomandibulaire (ATM) ou des tissus associés. Affectant près d’un tiers de la population adulte, leur prise en charge représente un enjeu économique majeur, avec des coûts annuels atteignant 4 milliards de dollars. Bien que multifactorielle, leur étiologie reste mal élucidée. Le déplacement discal de l’ATM, souvent associé à des modifications pathologiques du muscle ptérygoïdien latéral (MPL), en est une cause fréquente. Cependant, ces altérations fonctionnelles du MPL restent subtiles et indétectables par les techniques d’imagerie conventionnelles.
Cette étude visait à évaluer les modifications fonctionnelles du MPL chez des patients atteints de TTM via l’analyse de texture d’images par résonance magnétique (IRM). Les caractéristiques de texture, reflet des propriétés tissulaires intrinsèques, ont été analysées à l’aide de la matrice de co-occurrence des niveaux de gris (GLCM) sur des séquences axiales en pondération T2 (T2WI). Les paramètres étudiés incluaient le moment angulaire du second ordre (ASM), le contraste, la corrélation, le moment inverse de différence (IDM) et l’entropie.
Vingt-neuf patients présentant des TTM ont été inclus et répartis en trois groupes selon le type de déplacement discal : absence de déplacement (DWoD), déplacement avec réduction (DDWR) et déplacement sans réduction (DDWoR). Les examens IRM, réalisés sur un scanner 3,0T, comprenaient des séquences axiales T2WI et sagittales obliques en densité protonique (PDWI), en positions bouche fermée et ouverte. Les paramètres d’acquisition pour les T2WI étaient : TR = 3600 ms, TE = 92,5 ms, FOV = 21 × 21 cm, matrice = 320 × 288, NEX = 2, épaisseur de coupe = 3 mm, intervalle = 4 mm. Pour les PDWI : TR = 2423 ms, TE = 30 ms, FOV = 14 × 14 cm, matrice = 288 × 192, NEX = 2, épaisseur = 2 mm, intervalle = 1 mm.
L’analyse de texture a porté sur le ventre supérieur du MPL à l’aide du logiciel ImageJ (plugin GLCM), avec un pas de 1 pixel et une direction à 0°. La région d’intérêt (ROI) était définie sur la coupe présentant la surface maximale du MPL, en évitant les structures adjacentes. Chaque ROI a été mesurée trois fois, et la moyenne des paramètres a été utilisée.
Les résultats ont révélé des différences significatives pour le contraste et l’entropie texturaux entre les groupes. Le contraste était significativement plus bas dans le groupe DDWoR (46,30 [35,03–94,48]) que dans le groupe DWoD (123,85 [105,06–143,23] ; statistique = 23,05 ; p < 0,001). L’entropie présentait également des variations : 7,62 ± 0,33 (DWoD), 6,76 ± 0,35 (DDWR) et 6,46 ± 0,39 (DDWoR) (F = 60,352 ; pDWoD-DDWR < 0,001, pDWoD-DDWoR < 0,001, pDDWR-DDWoR = 0,014). La courbe ROC a montré une excellente précision diagnostique de l’entropie pour distinguer DWoD de DDWR (AUC = 0,96) et de DDWoR (AUC = 0,98). Le contraste permettait également de discriminer DWoD de DDWoR (AUC = 0,88).
Ces résultats suggèrent que le contraste et l’entropie texturaux pourraient servir de biomarqueurs d’imagerie pour évaluer l’altération fonctionnelle du MPL dans les TTM. Cette approche innovante permet de détecter des modifications subtiles invisibles en IRM conventionnelle, éclairant ainsi les mécanismes physiopathologiques des déplacements discaux et optimisant les stratégies thérapeutiques.
Les limites de l’étude incluent l’exploration restreinte des paramètres GLCM (pas et directions supplémentaires) et des méthodes alternatives d’analyse de texture (matrices de longueur de plage, motifs binaires locaux). De plus, l’analyse s’est concentrée sur les séquences T2WI, laissant ouverte l’investigation d’autres séquences (T1WI, DWI).
En conclusion, cette étude démontre le potentiel de l’analyse texturale IRM pour identifier précocement les dysfonctions du MPL dans les TTM. La validation sur des cohortes élargies et l’intégration de techniques complémentaires pourraient renforcer la pertinence clinique de cette méthode.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000000658