Modifications des résultats postopératoires précoces et des complications observées dans un centre unique pendant la vague pandémique de COVID-19 en 2022 en Chine : une étude de cohorte ambispective monocentrique
La pandémie de COVID-19 a imposé des défis majeurs aux systèmes de santé mondiaux, en particulier dans la gestion périopératoire des patients chirurgicaux. L’émergence du variant Omicron, caractérisé par une transmissibilité élevée mais une virulence réduite, a entraîné une flambée rapide des infections en Chine fin 2022. Cette étude visait à explorer l’impact de cette vague de COVID-19 en 2022 sur la morbidité et la mortalité postopératoires chez les patients chirurgicaux, offrant des insights critiques pour la prise de décision périopératoire durant cette période.
Méthodes
L’étude, menée à l’hôpital Xijing de Xi’an (Chine), a analysé les données de patients opérés entre le 29 décembre et le 7 janvier sur cinq années consécutives (2018–2022). Cette cohorte ambispective inclut 3 350 patients (âge médian : 48,5 ans ; 52,5 % de femmes). Parmi eux, 28,7 % ont subi une chirurgie en urgence, et 16,5 % avaient des antécédents d’exposition au COVID-19, principalement dans la cohorte 2022. Le critère principal était l’incidence des complications postopératoires majeures (grade III–V de Clavien-Dindo), et les critères secondaires incluaient les complications pulmonaires, la durée d’hospitalisation, les admissions en réanimation et la mortalité hospitalière.
Résultats
Au niveau populationnel, une augmentation significative des complications majeures a été observée en 2022 par rapport aux années précédentes. L’incidence est passée de 5,9 % en 2018 à 22,0 % en 2022. Après ajustement pour l’âge, le sexe, l’IMC, la classification ASA et les caractéristiques chirurgicales, la cohorte 2022 présentait un risque accru de 14,9 % de complications majeures (rapport de cotes ajusté [aOR] : 8,19). Cette tendance persistait dans les analyses individuelles : les patients exposés au COVID-19 avaient un risque supérieur de 17,8 % (aOR : 7,89).
Les complications pulmonaires postopératoires ont également augmenté en 2022, avec une différence de risque ajustée de +13,3 % (aOR : 3,81). Parmi les 690 patients de la cohorte 2022, 80,1 % avaient des antécédents de COVID-19 (76,6 % confirmés par test, 23,4 % diagnostiqués cliniquement). Les symptômes prédominants étaient la fièvre (72,5 %) et la toux/expectorations (65,8 %). Le délai médian entre l’infection et la chirurgie était de 17 jours, 14,6 % des patients étant opérés dans les 10 jours suivant l’infection. Bien qu’une tendance à un risque accru de complications ait été notée dans ce sous-groupe, l’association n’était pas statistiquement significative.
La vaccination (90,1 % de la cohorte 2022 vaccinés) n’a montré qu’un effet atténué (dernière dose médiane : 304 jours). Une tendance à la réduction des complications majeures a été observée chez les patients triplement vaccinés.
Discussion
Les analyses de sensibilité (projections chronologiques et appariement par score de propension) ont confirmé la robustesse des résultats. L’incidence observée en 2022 dépassait de près du double les projections basées sur 2018–2020. Ces résultats soulignent l’importance d’une évaluation individualisée des risques et d’une approche multidisciplinaire pour les chirurgies non urgentes post-COVID-19, particulièrement pendant les vagues de variants hautement transmissibles.
Limites
Le design observationnel et la taille modeste de l’échantillon limitent la généralisation des conclusions. L’exclusion de la cohorte 2021 (dominée par les urgences en raison des confinements) évite les biais de sélection mais réduit les comparaisons interannuelles.
Conclusion
Cette étude met en évidence un risque accru de complications postopératoires graves associé à l’infection par le SARS-CoV-2 pendant la vague Omicron. Ces données plaident pour une stratégie périopératoire prudente et des recherches supplémentaires sur le timing optimal de la chirurgie post-COVID-19, notamment dans un contexte de variants émergents et de couverture vaccinale variable.
DOI : 10.1097/CM9.0000000000002724